Environnement: des milliards d'investissements contraires à l’Accord de Paris

Les sables bitumineux sont régulièrement montrés du doigt par le groupe Carbon Tracker.
Photo: Jeff McIntosh Archives Associated Press Les sables bitumineux sont régulièrement montrés du doigt par le groupe Carbon Tracker.

Depuis 2018, les projets d’investissements autorisés par les sociétés pétrolières et gazières qui sont contraires aux objectifs de l’Accord de Paris totalisent 50 milliards $US, selon le groupe britannique Carbon Tracker.

L’organisme de recherche, qui a fait l’analyse de la nature des projets et de leur valeur, estime que les plans de ces entreprises un peu partout dans le monde menacent par le fait même les rendements auxquels pourraient s’attendre les investisseurs.

Dans un rapport publié vendredi, Carbon Tracker a écrit que « la seule façon de s’aligner sur les objectifs de Paris consiste à ne pas aller de l’avant avec des projets qui se situent en périphérie » des objectifs, lesquels visent à limiter à moins de 2 ?C le réchauffement de la planète en ciblant même une hausse maximale de 1,5 ?C. Les projets doivent même « être réduits lorsque c’est nécessaire ».

« L’éternelle quête de croissance dans un monde où les ressources planétaires sont limitées mène soit à l’échec des objectifs climatiques, soit à l’exposition des investisseurs à des actifs échoués — qui perdent de la valeur lorsque la dynamique industrielle change —, ou les deux », a ajouté le groupe.

Sables bitumineux

Parmi les exemples figure un projet d’ExxonMobil et de la pétrolière Impériale dans les sables bitumineux nommé Aspen. Évalué à 2,6 milliards, il est le premier grand projet de cette région à voir le jour depuis cinq ans.

En marge des enjeux écologiques, a fait remarquer Carbon Tracker, il faudrait un baril à plus de 80 $US pour qu’Aspen produise un rendement de 15 %. L’Impériale a décidé en mars derniers de « ralentir » le développement du projet, mentionnant au passage les « conséquences imprévues » engendrées par la décision du gouvernement Notley de « manipuler les prix », de même que d’autres « enjeux de compétitivité » de l’industrie.

À l’heure actuelle, le cours du Brent, référence des marchés mondiaux, se situe autour de 61,50 $US, comparativement à 56,60 $US pour le West Texas Intermediate et environ à 44 $US pour le brut canadien.

Le rapport braque aussi les projecteurs sur le projet de gaz naturel liquéfié en Colombie-Britannique piloté par Shell. Les partenaires de l’entreprise sont notamment Petronas, PetroChina Kitimat LNG Partnership et Mitsubishi. La liste énumère par ailleurs des projets de combustibles fossiles en Australie (eaux profondes), en Russie (projets traditionnels), aux États-Unis (gaz de schiste), au Brésil (eaux profondes) et en Chine (eaux profondes).

Ce n’est pas la première fois que Carbon Tracker montre les sables bitumineux du doigt. En 2014, le groupe avait estimé que si jamais les gouvernements posaient des gestes significatifs pour combattre les changements climatiques, ce secteur serait particulièrement perdant, tout comme ses investisseurs.