Le Québec affiche le plus bas taux de chômage au Canada

Depuis le début de l’année, il s’est créé un peu plus de 66 000 emplois au Québec, dont les deux tiers à temps plein et plus de la moitié occupés par des femmes.
Photo: Getty Images Depuis le début de l’année, il s’est créé un peu plus de 66 000 emplois au Québec, dont les deux tiers à temps plein et plus de la moitié occupés par des femmes.

Le Québec affiche le plus bas taux de chômage au Canada pour la première fois depuis au moins une quarantaine d’années.

Près de 20 000 nouveaux emplois (+ 0,5 %) ont été créés le mois dernier au Québec, a rapporté vendredi Statistique Canada. Ce gain a contribué à faire passer le taux de chômage de 4,9 % à 4,7 %, soit non seulement son niveau le plus bas depuis qu’on a commencé à compiler des données comparables en 1976, mais aussi le niveau le plus bas de toutes les provinces canadiennes.

Déjà, parmi les meilleurs à ce chapitre depuis plusieurs mois avec, notamment, un taux de chômage moyen de 5 % depuis le début de l’année, le Québec n’était encore devancé, au mois de juillet, que par la Colombie-Britannique jusqu’à ce la proportion de travailleurs actifs sans emploi y remonte de 4,4 % à 5 % sous l’effet d’une hausse du nombre de personnes à la recherche de travail. Outre cette dernière, le Québec est désormais suivi, dans l’ordre, par la Saskatchewan (5,1 %), l’Ontario (5,6 %) et le Manitoba (5,6 %) ; les provinces maritimes, comme le Nouveau-Brunswick (8,6 %) et la Nouvelle-Écosse (7,9 %), ainsi que les provinces aux prises avec les faibles prix du pétrole, comme l’Alberta (7,2 %) et Terre-Neuve (13,1 %), arrivant plus loin derrière.

Dans l’ensemble, la création d’emplois a dépassé les attentes au Canada en août, affichant enfin un gain net de 81 000 emplois après trois mois relativement décevants. Le taux de chômage au Canada s’est néanmoins maintenu à 5,7 % en raison, là aussi, d’une augmentation équivalente du nombre de personnes en quête d’emploi.

Deux facteurs

Depuis le début de l’année, il s’est créé un peu plus de 66 000 emplois au Québec, dont les deux tiers à temps plein (+44 000), plus de la moitié occupés par des femmes (+38 000) et une bonne proportion dans le secteur des services (+42 000), dont les services professionnels, scientifiques et techniques (+22 000), le transport et l’entreposage (+15 000) et les soins de santé et l’assistance sociale (+15 000), a rapporté vendredi l’Institut de la statistique du Québec. Cela s’est accompagné d’une augmentation moyenne des salaires horaires de 4,3 %, qui a semblé s’accélérer ces derniers temps, avec des hausses sur 12 mois de 4,2 % en mai, 5 % en juin, 6,2 % en juillet, et de 5,1 % le mois dernier.

L’extraordinaire vigueur du marché de l’emploi au Québec tient à deux facteurs, a expliqué en entretien téléphonique au Devoir Benoit P. Durocher, économiste principal au Mouvement Desjardins. Elle vient d’abord d’une croissance économique qui semble défier la morosité et l’incertitude ambiantes découlant des tensions commerciales internationales et de leurs répercussions sur les exportations et les investissements des entreprises. Elle tient aussi à la rareté de la main-d’oeuvre qui se traduit par une chasse aux travailleurs.

Pour combien de temps ?

Est-ce que cela durera longtemps ? C’est difficile à dire, répond Benoit P. Durocher. Sur le plan économique, « le Québec ne vit pas dans un aquarium et sera fatalement affecté par le contexte mondial. » D’un autre côté, la vigueur du marché de l’emploi et les hausses de salaire sont susceptibles de stimuler la consommation et le marché immobilier.

Quant à la rareté de main-d’oeuvre, la théorie dit qu’elle finira par plomber la croissance économique, mais l’histoire d’autres sociétés aux prises avec le même problème nous a enseigné que cela ne se traduit pas nécessairement par une augmentation du chômage, dit l’économiste. « Les entreprises essaient, autant que possible, de garder les travailleurs qu’elles ont. »

Chose certaine, poursuit-il, ces bons chiffres sur l’emploi au mois d’août semblent conforter la Banque du Canada qui a laissé entendre, cette semaine, que l’économie canadienne n’avait peut-être pas besoin d’une baisse des taux d’intérêt comme les autres pour passer à travers les turbulences économiques internationales. Du moins pas pour le moment.