Le Québec a un grand potentiel en matière de batteries lithium-ion 

Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon
Photo: Valerian Mazataud Le Devoir Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon

Le Québec a tous les ingrédients et la bonne recette pour alimenter le marché en batteries lithium-ion ; il ne lui manque que la cuisine, qu’il doit mettre en place rapidement s’il ne veut pas voir quelqu’un d’autre s’empiffrer en profitant de ses matières premières.

C’est là en gros le message lancé à l’occasion du dévoilement, jeudi à Montréal, d’une étude de la firme KPMG qui démontre que la progression fulgurante du marché des véhicules électriques représente une occasion d’affaires unique pour le Québec.

L’analyse de KPMG, réalisée pour le compte de Propulsion Québec, conclut que le nombre de véhicules électriques vendus en 2030 sera entre 17 et 26 fois plus important qu’aujourd’hui. Quant à la demande, en tenant compte de l’ensemble des usines existantes et projetées, les besoins mondiaux seront supérieurs à la production mondiale de batteries, et ce, jusqu’à trois fois la capacité de production, d’après la fourchette des prévisions.

Au niveau des mines, on n’a pas le choix : il faut contrôler le minerai. On ne veut pas que le produit s’en aille à l’extérieur. Moi, je veux qu’on le convertisse ici. Jusqu’où doit-on aller ? Ça va dépendre de l’appétit du privé de nous suivre.

Parallèlement, une importante industrie du recyclage de batteries lithium-ion verra le jour non seulement pour protéger l’environnement, mais aussi pour créer une source de matériaux réutilisables pour la fabrication de nouvelles batteries, et le Québec doit en jeter les bases sur son territoire, a affirmé la présidente et directrice générale de Propulsion Québec, Sarah Houde.

« Le recyclage des batteries n’est pas seulement une occasion économique de taille, c’est aussi un enjeu environnemental de taille qui menace souvent la crédibilité des véhicules électriques », a-t-elle fait valoir, ajoutant que des technologies prometteuses sont déjà en développement ici même, au Québec. Le recyclage « permet de disposer d’un véritable gisement alternatif de minéraux sans assumer les importants coûts d’extraction, et nous pourrons ensuite les revaloriser, notamment dans la fabrication de nouvelles batteries », a-t-elle rappelé.

Stratégie attendue bientôt

Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, présent au lancement de l’étude, a annoncé qu’une stratégie québécoise de développement de la filière de batteries lithium-ion est en préparation chez Investissement Québec et sera lancée dès cet automne.

Pour le moment, le Québec amorce à peine l’exploitation de mines de lithium. Un plan de développement doit viser, selon KPMG, le raffinement du minerai sur place pour l’amener à la qualité requise pour son utilisation dans la fabrication de batteries. Il en va de même pour plusieurs autres composantes de ces batteries, notamment le graphite, le cobalt, le nickel et le fer.

Le ministre Fitzgibbon a été très clair quant à son intention de convertir la matière première ici même. « Au niveau des mines, on n’a pas le choix : il faut contrôler le minerai. On ne veut pas que le produit s’en aille à l’extérieur. Moi, je veux qu’on le convertisse ici. Jusqu’où doit-on aller ? Ça va dépendre de l’appétit du privé de nous suivre. Il faut investir dans cette deuxième phase. Je pense que le gouvernement va devoir jouer un rôle très important là-dedans, et on parle à des partenaires étrangers qui souhaitent convertir [le minerai]. »

L’étape suivante consisterait à créer une usine qui fabriquerait des batteries, un projet extrêmement coûteux, mais certainement intéressant à terme pour le secteur privé. « Si on veut se rendre jusqu’à la fabrication de modules de batteries, ce sont des projets pharaoniques en matière de capitaux. C’est sûr que le gouvernement du Québec ne sera pas l’actionnaire principal de ça, mais je pense qu’on peut être le catalyseur », a dit M. Fitzgibbon.

Pierre Fitzgibbon affirme que le gouvernement est prêt à participer en amont et en aval aux projets et à agir comme catalyseur et partenaire de projets. Bien que le marché ne soit pas encore aussi robuste que ce qu’il devrait devenir, il est convaincu que le secteur privé sera très intéressé par une installation au Québec pour profiter à la fois de ses ressources, mais aussi de son expertise en matière d’électricité et de recherche et développement.