Banque du Canada: la porte reste ouverte à une baisse des taux

La banque centrale canadienne n’a surpris personne dans les marchés en laissant son taux directeur inchangé à 1,75%.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne La banque centrale canadienne n’a surpris personne dans les marchés en laissant son taux directeur inchangé à 1,75%.

Prenant acte de la relative bonne tenue de l’économie du pays, la Banque du Canada a laissé, mercredi, ses taux d’intérêt inchangés, mais non sans avouer avoir été encore une fois désagréablement surprise par l’ampleur des dommages infligés par la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine et non sans laisser la porte ouverte à une éventuelle baisse de taux.

La banque centrale canadienne n’a surpris personne dans les marchés en laissant son taux directeur inchangé à 1,75 %. Ce que tout le monde cherchait dans son bref communiqué, c’était plutôt les signes d’éventuelles baisses futures du loyer de l’argent, à l’instar de plusieurs de ses homologues étrangères, à commencer par sa voisine, la Réserve fédérale américaine (Fed).

Moins de deux mois après avoir été forcée, par l’escalade de la guerre commerciale, de réviser à la baisse ses prévisions économiques, l’institution a brossé un tableau nuancé où chaque bonne nouvelle était contrebalancée par une tendance plus préoccupante, et vice-versa.

Par exemple, si le conflit commercial entre les géants américain et chinois « pèse plus lourdement » sur la croissance mondiale que ce que la banque prévoyait encore en juillet, l’économie américaine « s’est modérée, mais demeure solide ». Au Canada, la croissance s’est avérée plus forte qu’on s’y attendait au deuxième trimestre, a-t-elle constaté, mais « une partie de cette vigueur devrait être temporaire » et être suivie par un ralentissement pendant la deuxième moitié de l’année. Le renforcement plus rapide que prévu du secteur du logement risque d’accroître, quant à lui, le problème d’endettement des ménages, alors que l’augmentation des salaires laisse étonnamment les consommateurs de glace et que l’incertitude accrue autour des enjeux commerciaux contracte fortement les investissements des entreprises.

 
1,75 %
C’est le taux directeur de la Banque du Canada, inchangé mercredi.

« En somme, a conclu la banque centrale dans son communiqué, l’économie du Canada tourne près de son potentiel et l’inflation est à la cible. Cependant, l’escalade des conflits commerciaux et l’incertitude qui en découle pèsent sur les économies mondiales et canadiennes. Dans ce contexte, le degré de détente monétaire en place demeure approprié », mais il faudra continuer de suivre les événements de près en portant « une attention particulière à l’évolution de la situation mondiale et à son incidence sur les perspectives » au Canada.

Baisse des taux?

La prochaine fixation des taux d’intérêt de la Banque du Canada est prévue dans presque deux mois, soit le 30 octobre, et doit s’accompagner d’une mise à jour de ses prévisions économiques.

Comme elle l’a souligné elle-même dans son communiqué, sa décision de mercredi a été prise alors que de nombreuses autres banques centrales se sont remises à assouplir leurs politiques monétaires pour donner un peu d’oxygène à leurs économies. C’est le cas notamment de la Fed, qui a procédé, le mois dernier, à une première réduction de son taux directeur en 11 ans d’un quart de point de pourcentage, pour le ramener entre 2 % et 2,25 %. Cette baisse de taux pourrait bien ne pas être la seule cette année, selon plusieurs analystes.

Ces derniers ne savaient pas trop quoi conclure, mercredi, des nouveaux propos de la Banque du Canada, sinon que tout cela dépendra beaucoup de l’évolution de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine.

« Comme on n’est pas optimistes sur ce front, on s’attend à une baisse de taux à la fin d’octobre », a expliqué dans une brève analyse l’économiste en chef de la Banque de Montréal, Douglas Porter. Ses confrères de la Banque Nationale, Krishen Rangasamy et Paul-André Pinsonnault, prévoient, au contraire, que le conflit commercial tournera bien, grâce à quoi « la Banque du Canada n’aura pas besoin de modifier sa politique ». Entre les deux, Avery Shenfeld, de la Banque CIBC, penche pour une première baisse de taux en décembre et Josh Nye, de la Banque Royale, parie sur le mois de janvier.

À suivre.