Croissance économique: le Québec se démarque du Canada

Selon l’information de l’Institut de la statistique du Québec, la poussée de mai témoigne d’une hausse généralisée, dont 1,1% dans le secteur de la construction.
Photo: Andrew Vaughan La Presse canadienne Selon l’information de l’Institut de la statistique du Québec, la poussée de mai témoigne d’une hausse généralisée, dont 1,1% dans le secteur de la construction.

Le découplage des économies du Québec et du Canada se poursuit, avec un écart de croissance entre les PIB respectifs allant en se creusant. Le PIB du Québec s’est inscrit en hausse de 0,5 % en mai, accélérant la progression de 0,3 % mesurée le mois précédent et inscrivant un huitième gain mensuel d’affilée. Il s’agit de « la plus longue séquence du genre depuis que l’information existe (1997) », a écrit Marc Pinsonneault, économiste principal à la Banque Nationale.

Aussi, cette croissance en mai peut se comparer à celle de 0,2 % du PIB canadien au cours du même mois. Au cours de cette période de huit mois où son PIB a crû au rythme annuel de 3,5 %, l’économie québécoise a clairement pris l’ascendant sur le reste du Canada, dont le PIB est en hausse de 1,5 %, ajoute l’économiste.

Selon l’information de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), la poussée de mai se veut quasi généralisée entre les secteurs d’activités. Elle témoigne d’une hausse de 0,8 % dans la production de biens, avec une contribution similaire dans la fabrication, plus forte (+1,1 %) dans la construction. Pour leur part, les industries productrices de services ont affiché une croissance de 0,4 % en mai.

Cible de 2,2 %

Au cumul au cours des cinq premiers mois de 2019, le PIB du Québec est de 2,8 % plus élevé que celui de la même période en 2018, ajoute l’ISQ. Ce qui induit une révision à la hausse des prévisions pour 2019. « La poussée de croissance récente est donc alimentée de nombreuses racines. En conséquence, nous révisons en hausse notre prévision de croissance économique du Québec », la cible de la Banque Nationale pour 2019 passant de 1,8 % à 2,2 %.

Ce découplage économique entre le Québec et le reste du Canada avait été officialisé en avril dernier dans la révision à la baisse des prévisions de croissance de la Banque du Canada. L’institution revoyait ses cibles pour tenir compte des tensions commerciales, de l’ajustement du secteur immobilier au resserrement des règles hypothécaires, de l’industrie pétrolière… et du premier budget du gouvernement ontarien de Doug Ford. La banque centrale disait n’attendre, pour 2019, qu’une progression de seulement 1,2 % du PIB. Elle prévoyait une expansion de 1,7 % pas plus tard qu’en janvier et de 2,1 % en octobre.

Dépenses publiques

Le gouverneur de la Banque, Stephen Poloz, relevait un élément commun à toutes les économies dans la guerre commerciale que livrent les États-Unis à ses partenaires : ces conflits commerciaux « retardent les décisions d’investissement des entreprises et ralentissent les échanges ». Quant aux obstacles propres à l’économie canadienne, la banque retenait quatre facteurs principaux pesant sur la croissance. Le premier est lié à l’incertitude entourant la ratification du nouvel Accord Canada–États-Unis–Mexique. S’ajoute l’adaptation inachevée des marchés immobiliers de Toronto et de Vancouver aux nouvelles règles réduisant l’accès à la propriété. Et les difficultés persistantes du secteur pétrolier, aux prises avec des prix mondiaux déprimés et « des contraintes de transport persistantes ».

Stephen Poloz énumérait, enfin, la compression des dépenses publiques dans le budget du gouvernement Ford. En dépit des « initiatives prises à l’échelon fédéral ainsi qu’au Québec et en Colombie-Britannique […] la baisse de dépenses publiques prévue en Ontario [suffira] amplement pour contrebalancer toutes ces initiatives », écrivait l’institution.

Québec distinct

L’édition 2019 du Panorama des finances publiques du Québec, publiée en mai par la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke, en faisait son thème central. Le cahier de recherche, cosigné par Michael-Robert Angers et Luc Godbout, concluait que l’austérité budgétaire a fait place à un réengagement de Québec dans les missions de l’État et ce plus que partout ailleurs au Canada.

Cette progression des dépenses s’inscrit dans un contexte d’un retour à l’équilibre budgétaire, les livres comptabilisant un excédent aux comptes publics (avant les versements au Fonds des générations) depuis 2014-2015. « Le Québec affiche l’excédent le plus important parmi les provinces canadiennes au 31 mars 2018 », ajoutait la Chaire, avec un solde incluant les versements au Fonds des générations positifs en 2017-2018, à 0,5 % du PIB.

Ce retour à la santé financière s’appuie fortement sur un accroissement des revenus du Québec, qui, en proportion du PIB, revenaient en 2017-2018 à leur niveau de 1998-1999. Et l’on pouvait observer que le poids des revenus autonomes du gouvernement du Québec par rapport au PIB est, en 2017-2018, le plus élevé parmi les provinces.

Sur le plan conjoncturel, le Québec continue également de se démarquer tant sur le front de la création d’emplois que de la progression des salaires. De 4,2 % en mai, l’augmentation du salaire horaire moyen en 12 mois était passée à 5 % le mois suivant et s’élevait à 6,2 % en juillet au Québec. Par comparaison au Canada le rythme des augmentations est passé de 2,8 % sur 12 mois en mai, à 3,8 % en juin, puis à 4,5 % le mois dernier, une première en plus de dix ans, écrivait-on.