Aérospatiale: les aides ponctuelles posent problème, selon les Machinistes

Une chaîne de montage à Mirabel. À l’approche des élections fédérales, les Machinistes ont publié lundi un rapport proposant une quinzaine de recommandations.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Une chaîne de montage à Mirabel. À l’approche des élections fédérales, les Machinistes ont publié lundi un rapport proposant une quinzaine de recommandations.

L’industrie aérospatiale a grandement besoin d’une stratégie pancanadienne pour solidifier ses assises, estime le Syndicat des machinistes, en ajoutant qu’un tel programme permettrait d’arrêter les aides ponctuelles, qui nuisent à la santé du secteur et à sa réputation.

À l’approche des élections fédérales, les Machinistes ont publié lundi un rapport proposant une quinzaine de recommandations, axées entre autres sur une meilleure planification entre ministères pour pallier le « manque de coordination » actuel dans le financement de la formation, sur la création d’une filière québécoise de récupération d’avions et de leurs composantes et sur un meilleur encadrement des cas de délocalisation.

Les appuis « à la pièce » qui caractérisent un volet de la relation entre les gouvernements et l’industrie font partie du problème, selon le coordonnateur québécois du Syndicat des machinistes, David Chartrand.

« Quand on donne du financement à l’industrie, bien souvent, c’est parce qu’il y a un problème, au lieu de mettre des choses en place en amont, a dit M. Chartrand en conférence de presse. Un exemple : une entreprise a des problèmes financiers ou de mise en marché, il y a un prêt qui lui est donné, et la population commence à crier. Les gens se demandent pourquoi on donne tant d’argent à l’industrie, sans savoir quelles sont les retombées économiques, les emplois créés, etc. Ce n’est pas une façon intelligente de faire avancer une industrie. »

Les préoccupations des Machinistes, qui se recoupent sur certains points avec celles de l’industrie dans un récent rapport piloté par l’ex-premier ministre Jean Charest, se veulent un message pour sensibiliser les politiciens au rôle économique que joue l’aérospatiale au Québec et au Canada. Le syndicat mène actuellement une série de rencontres avec les partis fédéraux en vue de la campagne qui s’amorcera bientôt.

Besoins importants

Selon les chiffres de 2018, l’industrie aérospatiale compte près de 59 000 employés au Québec, 42 093 dans le volet manufacturier, 15 569 dans l’aviation et 1063 dans l’aéroportuaire. À lui seul, le secteur manufacturier québécois représente 57 % des emplois manufacturiers au Canada.

La rareté de main-d’oeuvre qui touche différents secteurs de l’économie pose toutefois problème : selon une estimation faite l’an dernier par la grappe Aéro Montréal et divers établissements d’enseignement, l’aérospatiale québécoise devra pourvoir 37 000 postes d’ici 2028. La directrice générale du Comité sectoriel de main-d’oeuvre en aérospatiale du Québec (CAMAQ) a indiqué au Devoir au printemps que la campagne publicitaire visant les jeunes en 2018 avait entraîné une hausse de 50 % de l’achalandage des journées portes ouvertes, mais qu’il faudrait attendre pour voir l’effet net sur les inscriptions.

À ce chapitre, les Machinistes proposent de « s’attaquer à la problématique du recrutement » de main-d’oeuvre en « exerçant une politique de mise en valeur des secteurs économiques et des métiers porteurs d’avenir ».

Le CAMAQ a salué les recommandations du rapport, sa directrice générale, Nathalie Paré, affirmant lundi qu’il faudra « une concertation accrue, des investissements et une promotion constante » pour « faciliter l’accès et la création de formations qui répondront aux besoins de main-d’oeuvre ».

Par ailleurs, la « profondeur et la diversité » du secteur aérospatial québécois sont des outils parfaits pour que le Québec puisse créer une filière de déconstruction d’avions. À l’heure actuelle, le Canada ne compte aucun site capable de démanteler un aéronef. Les États-Unis en comptent deux. Il faudra d’abord procéder à une étude de faisabilité portant notamment sur le potentiel économique, approcher des partenaires et trouver un emplacement géographique approprié, selon les Machinistes, qui pressent aussi Québec de consacrer plus de ressources financières à la transition énergétique par l’entremise des réseaux de recherche.