Powell promet que la Fed agira pour préserver la croissance

Jerome Powell a prévenu que la politique monétaire n’avait «pas de mode d’emploi» tout prêt et que la guerre commerciale constituait «un nouveau défi» pour la Fed.
Photo: Manuel Balce Ceneta Associated Press Jerome Powell a prévenu que la politique monétaire n’avait «pas de mode d’emploi» tout prêt et que la guerre commerciale constituait «un nouveau défi» pour la Fed.

Le président de la Banque centrale américaine, Jerome Powell, a promis vendredi d’agir pour soutenir l’expansion de l’économie des États-Unis, mais a prévenu que la Fed n’avait pas de mode d’emploi tout prêt pour faire face aux tensions commerciales, qui se sont exacerbées vendredi. Ce ne fut pas suffisant pour Donald Trump, qui s’est demandé si Jerome Powell n’était pas un « pire ennemi » que le dirigeant chinois.

Si les perspectives économiques américaines restent favorables, M. Powell a décrit, dans un discours à Jackson Hole (Wyoming), une aggravation de la situation internationale en partie due « aux incertitudes commerciales ». M. Powell a noté que les tensions commerciales semblaient « jouer un rôle dans le ralentissement mondial et la faiblesse du secteur manufacturier et des investissements des entreprises aux États-Unis ».

Mais, dans ce contexte, il a prévenu que la politique monétaire n’avait « pas de mode d’emploi » tout prêt et que la guerre commerciale constituait « un nouveau défi » pour la Fed. « Nous pouvons toutefois […] nous concentrer sur la manière dont les questions commerciales affectent les perspectives et ajuster notre politique », a ajouté le numéro un de la Fed lors de sa traditionnelle conférence de Kansas City dans la station de montagne du Wyoming.

Les marchés tablent sur l’annonce d’une baisse des taux d’intérêt lors de la prochaine réunion monétaire du 18 septembre, après celle d’un quart de point de pourcentage décidée fin juillet, décrite par M. Powell comme « un ajustement de milieu de cycle ».

Le président Donald Trump, pour sa part, a immédiatement repris ses attaques contre la Fed et Jerome Powell, qu’il a pourtant choisi pour la diriger. L’hôte de la Maison-Blanche s’est demandé dans un tweet si le patron de la Fed n’était pas « un pire ennemi » que le président chinois Jinping Xi. Il s’est aussi indigné « d’un dollar fort et d’une Fed faible », estimant que des taux d’intérêt trop hauts (actuellement en dessous de 2,25 %) renforcent indûment le billet vert. Un dollar fort handicape les États-Unis en pleine guerre commerciale.

Sur le front international, M. Powell a dressé une longue liste d’obstacles économiques, citant « les nouveaux signes de ralentissement en Allemagne et en Chine », mais aussi « les circonstances géopolitiques » comme « la possibilité grandissante d’un Brexit dur » ou encore les tensions à Hong Hong et la crise politique en Italie. Il a également pris note de la volatilité des marchés boursiers et de la chute des rendements sur les bons « dans le monde entier ».

Le problème de l’inflation

Le patron de la Fed a aussi montré l’engagement de la Banque centrale à soutenir l’inflation, dont le niveau trop bas « est le vrai problème de l’époque ». « L’inflation est restée inférieure à 2 % en moyenne ces 25 dernières années, et cette baisse des prix a été le principal souci de la dernière décennie », a-t-il expliqué alors que la Fed juge qu’une cible de 2 % d’inflation est saine pour l’économie. L’inflation annuelle est tombée à 1,4 % en juin aux États-Unis, selon l’indice PCE, baromètre favori de la Fed.

La plupart des économistes estiment qu’une nouvelle modeste baisse des taux en septembre est désormais acquise. Pour Ian Shepherdson, économiste en chef chez Pantheon Macroeconomics, la mention que la situation économique internationale s’est davantage détériorée « semble constituer un indice très fort que la Fed va être plus accommodante en septembre ». « Rien ne suggère, dans ce discours, que la Fed va faire une pause [sur les baisses de taux] en septembre. Les faucons ont donné de la voix récemment, mais ils sont minoritaires », ajoute-t-il, faisant référence à la division du Comité monétaire de la Banque centrale, dont deux membres avaient voté contre la baisse de taux en juillet.

Pour Mark Zandi, de Moody’s Analytics, M. Powell « a donné aux investisseurs ce qu’ils voulaient ».