Les actionnaires de Transat disent oui à Air Canada

Transat a insisté cette semaine sur le bien-fondé de la transaction et a mentionné que l’arrangement est le «résultat d’un processus rigoureux et diligent».
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Transat a insisté cette semaine sur le bien-fondé de la transaction et a mentionné que l’arrangement est le «résultat d’un processus rigoureux et diligent».

Appuyée par la quasi-totalité des actionnaires de Transat, l’offre d’achat de 720 millions mise de l’avant par Air Canada prend maintenant le chemin d’Ottawa, où il sera soumis à l’examen du Transports Canada et du Bureau de la concurrence qui devront à leur tour se prononcer sur la transaction.

Réunis en assemblée spéciale dans un hôtel de Montréal, les actionnaires ont réservé un appui de 95 % à la proposition d’Air Canada, dont la promesse de maintenir le siège social de Transat et ses marques sera surveillée de près dans l’éventualité d’un feu vert des autorités.

D’entrée de jeu, le président de Transat, Jean-Marc Eustache, a présenté la transaction comme une « nouvelle plateforme de développement », son entreprise évoluant dans un marché mondial particulièrement compétitif, où la concurrence lui donnait de plus en plus de fil à retordre. Accepter l’offre d’Air Canada était la chose « logique ». Advenant le feu vert des autorités, la transaction pourrait être finalisée au début de 2020.

L’idéal, ç’aurait été que l’entreprise continue. Mais elle ne pouvait pas continuer seule.

L’appel d’Air Canada est venu en octobre 2018, ce qui a déclenché des discussions aboutissant à une offre de 13 $ au début de l’été. Celle-ci a été majorée à 18 $ il y a deux semaines, afin de récolter l’appui du plus gros actionnaire, la firme de placement Letko Brosseau (19,3 %).

Continuer seule ou pas

« L’idéal, ç’aurait été que l’entreprise continue. Mais elle ne pouvait pas continuer seule », a dit M. Eustache lors d’une conférence de presse. Non seulement la concurrence à l’échelle mondiale est-elle féroce, mais il y a « tous les phénomènes extérieurs qui arrivent sans arrêt », a-t-il ajouté. « S’il arrive une récession demain matin, ça veut dire quoi pour Transat ? Transat est dans le loisir. Le loisir, c’est l’argent discrétionnaire des gens. Les gens décident d’aller en voyage ou pas en voyage, pour leur plaisir. Qu’est-ce qui se passe à ce moment-là ? »

Invité à dire ce qu’il adviendrait du personnel de Transat, qui compte environ 5000 employés, M. Eustache, qui fait partie des fondateurs, s’est fait rassurant. « Je ne pense pas qu’il va y avoir des pertes d’emplois. Je pense qu’au contraire il va y avoir de la création d’emplois. Air Canada fera ce qu’il a à faire, je ne suis pas dans leurs souliers. Mais je ne suis pas inquiet. » Air Canada compte 10 000 employés au Québec.

L’intégration des listes d’ancienneté chez les pilotes, par exemple, pourrait-elle poser problème comme ce fut le cas quand Air Canada a acquis Canadian Airlines ? « C’est une bonne question », a dit M. Eustache, qui a cependant fait remarquer que les pilotes de Transat ont appuyé la transaction. « Je suppose qu’ils ont parlé à […] l’Association des pilotes d’Air Canada. »

Air Canada a affirmé qu’il s’agit du « meilleur résultat possible » et qu’il procure une « plus grande sécurité d’emploi aux salariés des deux sociétés grâce à des perspectives de croissance accrues ».

Le président du comité spécial mis sur pied par le conseil d’administration pour étudier les offres, Jean-Yves Leblanc, s’est dit « très confiant » à l’idée que les autorités réglementaires approuveront à leur tour l’union des compagnies, qui détiennent ensemble 60 % du marché canadien au chapitre des vols vers l’Europe.

Le Bureau de la concurrence peut avoir « les bras assez longs », estime Mehran Ebrahimi, directeur du Groupe d’étude en management des entreprises de l’aéronautique à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM. Entre autres, le Bureau examinera les trajets et voudra voir où se trouve Transat à l’intérieur de la structure organisationnelle. Ceci dit, Air Canada a sûrement fait ses devoirs, selon lui.

L’incidence du regroupement sur le prix des billets et le choix des transporteurs fait partie des préoccupations exprimées depuis que Transat a fait état de ses discussions avec Air Canada. À l’heure actuelle, a dit M. Eustache, cinq compagnies desservent la liaison Montréal-Paris. « Le consommateur va avoir de nombreux choix. Et Transat va être encore là. Je ne pense pas que Transat est appelé à disparaître. »

Souhaits du Fonds FTQ et la Caisse

Au terme de l’assemblée, le deuxième plus important actionnaire, le Fonds FTQ, a voté en faveur de la proposition. L’intention d’Air Canada de maintenir le siège social et les marques « est un pas dans la bonne direction, mais doit se traduire en gestes concrets et durables », a indiqué le Fonds, détenteur de 11,6 % des actions.

« Bien qu’imparfaite, la transaction pourrait permettre l’inclusion de Transat dans une plus grande entreprise, lui permettant de mieux affronter une compétition mondiale grandissante », a écrit le Fonds FTQ. « Il appartient ainsi à Air Canada de saisir cette occasion pour augmenter les emplois et les retombées économiques pour le Québec. »

La Caisse de dépôt et placement (6 % des actions au 31 décembre 2018) a aussi voté en faveur, mais souhaite « davantage de visibilité sur la vision et les engagements d’Air Canada vis-à-vis des opérations de Transat », a écrit sa première vice-présidente aux affaires juridiques, Kim Thomassin, dans une lettre au transporteur. « Nous souhaitons comprendre comment Air Canada compte donner un rôle clé à Transat et à ses employés et ainsi assurer le maintien d’une expertise de pointe dans ce secteur au Québec. »