Analyse: la récession du président américain

La rationalité économique de Donald Trump passe difficilement le test.
Photo: Brendan Smialowski Agence France-Presse La rationalité économique de Donald Trump passe difficilement le test.

Cette logique économique qui isole le président américain va le hanter d’ici la présidentielle. D’autant que 2020 pourrait être l’année du retour des États-Unis en récession avec, possiblement, le reste du monde.

La rationalité économique de Donald Trump passe difficilement le test. Le Fonds monétaire international l’a une nouvelle fois martelé mercredi sur un blogue, les avertissements venant de l’économiste en chef et de chercheurs de l’institution. Se référant à la multiplication des tweets du président commandant à la Réserve fédérale une baisse musclée du taux directeur, ils écrivent qu’« il ne faut pas accorder trop d’importance à l’opinion selon laquelle l’assouplissement de la politique monétaire peut affaiblir suffisamment la monnaie d’un pays pour permettre une amélioration durable de la balance commerciale par la voie d’un basculement des dépenses. La politique monétaire à elle seule est probablement incapable d’induire les dévaluations importantes et persistantes nécessaires pour aboutir à ce résultat », a repris l’agence Reuters. Ces analystes d’ajouter que le dollar américain était, tout au plus, modérément surévalué en 2018.

Quant aux sanctions, « des tarifs douaniers bilatéraux plus élevés ont peu de chances d’arriver à réduire les déséquilibres commerciaux, parce que, pour l’essentiel, ils détournent les échanges vers d’autres pays ».

La Réserve fédérale doit également se débattre avec la logique économique particulière de l’occupant de la Maison-Blanche. Dans les minutes de la réunion du dernier Comité monétaire publiées mercredi, il est largement question d’un déchirement entre le ralentissement économique, américain et mondial, alimenté par les tensions commerciales et la faiblesse de l’inflation avec, pour inquiétude palpable, les risques pour la stabilité financière d’une course au rendement alimentée par la faiblesse persistante du loyer de l’argent. Et contrairement au souhait formulé par le président américain de voir la Fed annoncer le début d’un long cycle agressif de baisses des taux, il y a eu consensus au sein de l’institution pour ne pas donner d’indication de tendance. D’envoyer le message qu’elle voulait conserver toutes ses options vu l’incertitude, qu’elle demeurait ainsi centrée sur les informations économiques.

Quant au mot « récession », il fait sa réapparition dans les scénarios et les discours, sauf dans les tweets de M. Trump. Selon la National Association for Business Economics, 72 % des répondants à un sondage anticipent une récession en 2021, la moitié l’an prochain. Le président n’y croit pas même s’il reconnaît que la Maison-Blanche travaille à un scénario de récession et qu’on cogite sur des mesures destinées à stimuler l’économie. « Nous y pensons », a concédé le président. Ce qui n’est pas sans ramener à l’avant-scène les conclusions du FMI publiées dans les Perspectives de l’économie mondiale en avril dernier voulant que l’imposition de tarifs punitifs ne change rien aux déficits commerciaux bilatéraux. Et que les dernières baisses d’impôt et augmentations de dépenses massives de Washington, dans une économie fonctionnant déjà à son plein potentiel, ne font qu’aggraver les choses.

Le Congressional Budget Office, un organisme non partisan du Congrès, le concluait mercredi : la hausse des barrières tarifaires est venue ralentir l’économie américaine et réduire le revenu des ménages. L’impact baissier sur le PIB réel devrait être de 0,3 point de pourcentage l’an prochain, de 0,4 point sur le revenu disponible moyen. Quant au déficit budgétaire, il se dirige vers les 960 milliards cette année pour dépasser les 1000 milliards au cours du prochain exercice financier. Soit pour frôler les 5 % du PIB contre une moyenne de 2,9 % avant 2019. Et ce, en supposant l’absence de nouveaux stimuli.

Il y a donc cette autre logique, celle soutenant que la période de croissance à crédit privé ayant mené à la crise de 2008 a été remplacée par celle de l’endettement public américain.

«Je suis l’Élu»

Donald Trump a accordé mercredi de longues minutes à la presse, au cours desquelles le président américain n’a pas marché sur des œufs en s’autoproclamant « l’Élu » dans la guerre commerciale avec la Chine. « Ce n’est pas ma guerre commerciale. C’est une guerre commerciale qui aurait dû être menée il y a longtemps déjà par d’autres présidents », a déclaré, dans les jardins de la Maison-Blanche, le dirigeant républicain. « Quelqu’un devait le faire. » Et d’un coup, l’ancien magnat de l’immobilier, vêtu de son traditionnel costume sombre, cravate rouge, lève la tête vers le ciel, les mains ouvertes, et lance : « Je suis l’Élu. » Le président américain avait relayé un peu plus tôt sur Twitter les propos d’un commentateur de radio conservateur qui aurait affirmé à son égard : « Et les Juifs en Israël l’adorent comme si c’était le roi d’Israël. » « The Chosen One », en version originale, est le surnom de l’une des personnalités américaines les plus célèbres, le joueur de basket-ball LeBron James, détracteur notoire de l’actuel président des États-Unis. Agence France-Presse