Transat répond à PKP et réitère son appui à Air Canada

Pierre Karl Péladeau, président et chef de la direction de Québecor
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Pierre Karl Péladeau, président et chef de la direction de Québecor

Dans sa réponse à la manifestation d’intérêt de Pierre Karl Péladeau, Transat rappelle que le patron de Québecor ou un de ses partenaires d’affaires n’a toujours pas fait d’offre et qu’ils auraient eu l’occasion de le faire. Concluant à l’absence d’une offre alternative, le voyagiste réitère la recommandation de son conseil d’administration de voter en faveur de la proposition d’Air Canada.

Estimant que la proposition d’Air Canada visant l’achat de Transat A.T. était contraire à l’intérêt public, Pierre Karl Péladeau a exhorté lundi les actionnaires à voter contre. Le président et chef de la direction de Québecor, qui précise détenir 600 000 actions ou 1,6 % de Transat, a ajouté avoir réuni autour de lui « de solides partenaires établis et de renommée internationale » qui « ont travaillé à l’élaboration d’une offre d’achat potentielle ». Une offre qui viendrait, à un « prix juste et équitable », si le mariage Air Canada-Transat échouait.

Sans plus de détails, l’homme d’affaires, qui agit ici à titre personnel, s’est contenté de répondre au cours d’un entretien au Devoir que les conseillers financiers de Transat avaient statué que l’offre à 13 $ était juste et raisonnable. « On peut donc penser que 13 $ ou plus, c’est juste et raisonnable », a-t-il lancé.

Dans sa réponse publiée mardi, Transat A.T. parle de cette période de six mois qui a mené à l’arrangement avec Air Canada. « Transat n’a reçu aucune offre de la part de M. Péladeau ou de ses partenaires d’affaires pour l’acquisition de Transat, et ce, malgré l’annonce du 30 avril 2019 selon laquelle Transat était en discussions préliminaires avec plus d’une partie intéressée à l’acquérir. » Le voyagiste ajoute : « Depuis la signature de la convention d’arrangement avec Air Canada le 27 juin, M. Péladeau, ou toute autre partie intéressée, aurait pu faire parvenir à Transat une offre, ainsi que la convention d’arrangement le permet spécifiquement […] Transat n’a pas reçu une telle offre à ce jour. »

Air Canada a été plus loin dans sa réplique diffusée en soirée lundi, affirmant que M. Péladeau « a lui-même tenté de structurer une offre sans succès ».

Vérification diligente

Le patron de Québecor sert l’argument de l’accès aux livres. « L’éventuelle proposition requiert, notamment, des travaux de vérification diligente et un accès à de l’information non publique au sujet » de Transat, écrit-il. Mais pour le voyagiste, le processus prévu dans la convention d’arrangement « permet à l’offrant, à l’égard de toute offre qualifiée, d’effectuer une vérification diligente nécessaire. »

M. Péladeau n’en démord pas. Il soutient que l’exclusivité accordée par le conseil d’administration à la mi-mai « a mené à la signature d’ententes définitives incluant des mécanismes de protection en faveur d’Air Canada qui rendent difficiles un tel accès par un tiers » l’empêchant de pouvoir faire une offre ferme.

Transat n’a reçu aucune offre de la part de M. Péladeau ou de ses partenaires d’affaires pour l’acquisition de [l’entreprise]

Au Devoir, il s’est interrogé sur la rapidité avec laquelle le conseil d’administration de Transat a accordé cette exclusivité sur une offre à 13 $ l’action, qui est passée quelques semaines plus tard à 18 $. « C’est 38 % de plus ! Ils auraient dû prendre l’offre, ne pas accorder d’exclusivité et solliciter d’autres organisations, d’autres groupes. Je connais plusieurs actionnaires pour qui cette façon de faire suscite des interrogations. »

Letko Brosseau

M. Péladeau a invité les trois principaux actionnaires de Transat à voter contre la proposition, conditionnelle à l’obtention des deux tiers des actions visées. Il pointe, ici, en direction du gestionnaire de fonds Letko Brosseau, qui retient une participation de 19,3 % du Fonds de solidarité FTQ (11,6 %) et de la Caisse de dépôt (près de 6 %). Dans son communiqué, Air Canada rappelle que Letko Brosseau a conclu une convention de blocage et de soutien à sa proposition, en contrepartie d’une hausse de 13 à 18 $ l’action du prix offert.

« Je n’ai pas lu cette convention. Peut-être contient-elle des échappatoires » se demande Pierre Karl Péladeau.

Mais en soirée, le gestionnaire de placement est venu réaffirmer son appui. « Conformément à la convention de soutien et de vote conclue avec Air Canada, Letko Brosseau a le plaisir de confirmer que toutes les actions de Transat pour lesquelles elle a le droit de vote ont été votées en faveur de l’arrangement », a-t-il écrit.

Le MEDAC votera contre la transaction

Le Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires recommande de voter contre la proposition, la majorité des raisons motivant cette recommandation relevant de facteurs externes à l’arrangement lui-même. « La vente de Transat à Air Canada entraînerait la disparition du siège d’une société ouverte ici. Nous le déplorons, en vertu de plusieurs principes qui sont les nôtres depuis toujours, notamment la proximité entre les investisseurs et les sociétés dans lesquelles ils mettent leur épargne, l’effet positif d’une concurrence saine et vigoureuse et la mainmise démocratique des investisseurs sur l’environnement juridique encadrant les activités de l’entreprise », a précisé le MEDAC dans son communiqué.