Récession probable en Allemagne, possible aux États-Unis

Selon le journal «Der Spiegel», la chancelière, Angela Merkel, et le ministre des Finances, Olaf Scholz, sont prêts à renoncer à l’équilibre budgétaire si le pays entre en récession.
Photo: Odd Andersen Agence France-Presse Selon le journal «Der Spiegel», la chancelière, Angela Merkel, et le ministre des Finances, Olaf Scholz, sont prêts à renoncer à l’équilibre budgétaire si le pays entre en récession.

L’économie allemande pourrait entrer en récession au troisième trimestre, a prévenu lundi la banque centrale nationale, alors que le débat sur des mesures gouvernementales de soutien à l’économie enfle à Berlin.

« L’économie pourrait à nouveau se contracter » cet été après un recul de 0,1 % du PIB allemand au deuxième trimestre, a indiqué dans son rapport mensuel la Bundesbank. Une récession est définie sur le plan technique par deux trimestres d’affilée de recul du produit intérieur brut (PIB). L’Allemagne, dont l’économie repose surtout sur les exportations dans le secteur industriel, est fortement pénalisée par la guerre commerciale entre deux de ses principaux clients, les États-Unis et la Chine.

Un débat ravivé

Cette dégradation économique ravive depuis plusieurs jours à Berlin le débat politique sur la nécessité d’abandonner le dogme allemand de l’équilibre budgétaire, en recourant à la dette pour soutenir la conjoncture ou, à tout le moins, compenser les effets négatifs de la récession qui se profile. L’Allemagne peut, sur le papier, se le permettre après cinq années consécutives de comptes budgétaires excédentaires et des taux d’intérêt pour les emprunts à long terme extrêmement attractifs pour l’État fédéral.

Officiellement, le gouvernement continue d’affirmer qu’il n’est pas question de remettre en cause la politique menée depuis plusieurs années et prévue jusqu’à au moins 2021 d’un budget fédéral au moins à l’équilibre, sans recours à de l’endettement supplémentaire. Mais, selon l’hebdomadaire Der Spiegel paru ce week-end, qui cite des sources proches du dossier, la chancelière conservatrice, Angela Merkel, et son ministre des Finances social-démocrate, Olaf Scholz, sont en fait prêts à y renoncer si le pays entre en récession.

46%
D’après un sondage, c’est la proportion des économistes américains interrogés qui s’attendent à au moins une nouvelle baisse des taux par la banque centrale d’ici la fin de l’année.

Du reste, M. Scholz a paru ce week-end préparer les esprits à un recours à l’endettement en cas de crise sévère, dès lors que l’Allemagne resterait dans le cadre européen avec une dette globale ne dépassant pas la limite fixée de 60 % du PIB. « Il est parfois important, lorsque, par exemple, les choses changent du tout au tout, qu’on ait suffisamment de force pour réagir », a-t-il dit lors d’une journée portes ouvertes à son ministère. « Si nous avons en Allemagne un endettement qui est inférieur à 60 % de notre PIB, il s’agit alors de la force dont nous avons besoin en cas de crise pour y faire face avec toute la vigueur nécessaire », a ajouté le ministre, soulignant à titre d’exemple que l’Allemagne avait été en mesure de dégager 50 milliards d’euros pour répondre à la crise financière de 2008-2009.

Plusieurs responsables sociaux-démocrates souhaitent, en particulier, que l’Allemagne puise dans ses réserves pour financer un plan de lutte contre le réchauffement climatique ou des travaux d’infrastructures. Les conservateurs d’Angela Merkel s’y sont refusés jusqu’ici, un abandon du dogme du budget équilibré paraissant peu probable dans l’immédiat, alors que se profilent des élections régionales importantes en septembre et octobre et qu’une partie importante de l’opinion y reste très attachée.

En 2020 ou 2021 aux États-Unis

Dans la foulée, une majorité d’économistes prédisent une récession aux États-Unis dans les deux ans, même s’ils estiment qu’elle sera retardée grâce aux actions de la Réserve fédérale américaine (Fed), selon un sondage publié lundi. Sur les 226 économistes interrogés par la National Association for Business Economists (NABE) 38 % pronostiquent une entrée de la première économie mondiale en récession en 2020, 34 % en 2021 et 14 % plus tard. En revanche, ils ne sont que 2 % à prédire le début de la récession en 2019, contre 10 % lors du précédent sondage réalisé en février.

« Les personnes interrogées estiment que l’expansion sera prolongée par le changement de politique monétaire » de la Fed, qui a abaissé les taux d’intérêt pour la première fois en 11 ans fin juillet, a estimé la présidente de la NABE, Constance Hunter, qui est également économiste en chef chez KPMG. Selon ce sondage, 46 % des économistes interrogés s’attendent à au moins une nouvelle baisse des taux par la banque centrale d’ici la fin de l’année, tandis que 32 % pensent que le loyer de l’argent de la Fed terminera 2019 à son niveau actuel.

La Fed a réduit, le 31 juillet, les taux directeurs d’un quart de point pour les fixer dans la fourchette de 2 % à 2,25 %.