Lundi noir pour le peso et la Bourse en Argentine

Submergée par deux crises monétaires en 2018 ayant fait perdre 50% de sa valeur à sa monnaie, l’Argentine a appelé le Fonds monétaire international à la rescousse.
Photo: Ronaldo Schemidt Agence France-Presse Submergée par deux crises monétaires en 2018 ayant fait perdre 50% de sa valeur à sa monnaie, l’Argentine a appelé le Fonds monétaire international à la rescousse.

Le peso et la Bourse ont plongé lundi en Argentine, au lendemain du revers du président libéral sortant, Mauricio Macri, aux élections primaires, considérées comme une répétition générale de la présidentielle d’octobre, où il briguera un nouveau mandat à la tête d’un pays englué dans la récession.

La monnaie locale s’échangeait lundi à la clôture du marché à 57,30 pesos pour un dollar contre 46,55 pesos vendredi soir, se dépréciant de 18,8 %. Certains bureaux de change préféraient même arrêter de négocier des dollars.

Et la Bourse de la troisième économie d’Amérique latine s’effondrait de 38 %, après avoir chuté de plus de 10 % à l’ouverture. Vendredi soir pourtant, l’indice Merval était en progression de 8 %, dans une ambiance d’optimisme avant les résultats électoraux de dimanche.

L’évolution des marchés

« Une rupture dans les décisions politiques [du prochain gouvernement argentin] est désormais le scénario le plus probable », résumait lundi une note de la banque JP Morgan pour expliquer l’inquiétude des marchés.

Le président Macri s’est entretenu lundi matin avec le président de la Banque centrale, Guido Sandleris, et a préféré décaler le Conseil des ministres à lundi après-midi pour suivre l’évolution des marchés.

« Le président devrait être en train de délivrer un message d’apaisement. Les marchés mettent en garde contre le fait que le gouvernement se trouve dans une situation où il ne peut pas apporter de réponse » à la crise économique, a déclaré à Radio 10 le candidat de centre gauche Alberto Fernandez, grand vainqueur des primaires de dimanche soir.

Le soutien de secteurs clés

M. Fernandez et sa colistière Cristina Kirchner, l’ancienne présidente du pays inculpée dans plusieurs affaires de corruption, ont obtenu 47 % des suffrages, contre 32 % pour le tandem composé de Mauricio Macri et du dirigeant péroniste Miguel Angel Pichetto. Si un tel résultat se reproduisait lors de la présidentielle du 27 octobre, M. Fernandez, 60 ans, serait proclamé vainqueur dès le premier tour.

38%
C’est le taux d’effondrement de la Bourse de la troisième économie d’Amérique latine, après avoir dégringolé de plus de 10% à l’ouverture.

Il est clair « que le gouvernement a perdu le soutien de secteurs clés de la société, a estimé l’analyste politique Carlos Fara. Pour ceux qui attendaient un changement en Argentine, le contrat symbolique est rompu », a-t-il ajouté. « Le vote a montré une insatisfaction profonde vis-à-vis de la situation économique, une angoisse au sein de la société qui sent que le gouvernement est déconnecté de la réalité et n’est pas à la hauteur pour affronter les problèmes. »

Dans ce pays en récession depuis l’an dernier, l’inflation reste très élevée sur les 12 derniers mois, à 40 %, alors que le taux de chômage atteint 10,1 %.

Submergée par deux crises monétaires en 2018 ayant fait perdre 50 % de sa valeur à sa monnaie, l’Argentine a appelé le Fonds monétaire international (FMI) à la rescousse pour obtenir un prêt de plus de 57 milliards de dollars. Dans ses dernières prévisions de croissance mondiale publiées au printemps, le FMI avait indiqué tabler sur une contraction du PIB argentin de 1,2 % en 2019, tout en attendant une reprise au second semestre. Pour 2020, il prévoit une croissance de 2,2 %.

« Contenir les marchés, c’est la grande inconnue du jour. S’il n’y a pas un accord entre Fernandez et Macri, il va être très difficile de construire la confiance », a jugé un autre analyste, Rosendo Fraga.

Créé en 2009, le système de primaires générales pour tous les partis politiques, le même jour et lors d’un scrutin national, est une particularité argentine. Dans ce pays de 34 millions d’électeurs où le vote est obligatoire (le taux de participation s’est élevé à 75  %), il s’agissait plutôt d’un sondage grandeur nature avant les élections générales d’octobre, les partis politiques ayant choisi cette année, pour des raisons de stratégie électorale, d’investir à l’avance leurs candidats comme la loi le leur permet.