Achat de Transat: Air Canada se rapproche du but

Air Canada sort l’artillerie lourde et met maintenant 720 millions sur la table.
Photo: Santirf Air Canada sort l’artillerie lourde et met maintenant 720 millions sur la table.

Il reste encore une dizaine de jours avant l’assemblée des actionnaires de Transat, mais quiconque voudra surenchérir pour contrecarrer les plans d’Air Canada devra avoir les poches profondes, ont estimé des observateurs lundi après avoir vu le transporteur bonifier son offre de près de 40 %.

En sortant l’artillerie lourde, Air Canada, qui met maintenant 720 millions sur la table, a convaincu le plus important actionnaire de Transat, la firme Letko Brosseau, de déposer le bloc d’actions de 19,3 % qu’il détient dans le voyagiste.

En réfléchissant au prix idéal pour obtenir l’aval de l’assemblée, le transporteur a discuté avec « plusieurs autres grands actionnaires ».

Air Canada a fait passer le prix de 13 $ à 18 $, une somme qui serait versée en argent comptant. Le titre de Transat a grimpé de 42 % à 16,75 $ à la Bourse de Toronto, soit le triple du cours qu’il affichait ce printemps.

« Ils ont sans doute l’appui de 50 % des gens, c’est garanti », a dit Louis Hébert, professeur de stratégie à HEC Montréal, où il se spécialise notamment dans les fusions et acquisitions. « Ça va prendre une offre nettement supérieure pour changer le cours des choses. […] Ils sont allés chercher la partie de 20 % du vote qui leur manquait, et ça, ça peut venir bloquer une autre offre. »

Revers pour Mach

À peine 12 heures après l’amélioration de l’offre d’Air Canada, le Groupe Mach a appris de son côté que son propre plan visant à mettre la main sur 19,5 % des actions de Transat ne pouvait pas aller de l’avant.

Dans une décision très attendue, le Tribunal administratif des marchés financiers a décrit sa proposition comme étant « abusive » tout en souffrant d’un « manque de clarté ».

Avec son offre partielle, Mach, qui possède des adresses telles que l’édifice Sun Life et la Place Victoria, souhaitait exercer les droits de vote de ces actions pour bloquer le projet d’Air Canada. Il offrait 14 $ l’action et faisait valoir que les actionnaires recevraient leur paiement au plus tard trois jours après l’assemblée, et non en 2020 comme le prévoit Air Canada.

Le Tribunal, dont la décision rendue dimanche a été publiée lundi matin (sur son site en format PDF), a écrit que « les courts délais pour permettre la prise de décision éclairée, la structure de l’offre considérée dans son ensemble et le manque de clarté de sa divulgation font en sorte que l’offre est abusive et coercitive envers les actionnaires et les marchés financiers ». Un des trois membres du tribunal a tenu à inscrire sa dissidence en plaidant notamment pour le « libre marché ».

Un joueur non stratégique

Mach affirme depuis des mois que l’offre d’Air Canada sous-évalue Transat, que l’union des deux compagnies posera problème sur le plan réglementaire et que les actionnaires devraient attendre des mois pour recevoir leur paiement. Transat a fait valoir au tribunal que l’offre était assortie de plusieurs conditions qui auraient pu permettre à Mach de retirer son plan.

En entrevue, le premier vice-président aux fusions et acquisitions chez Mach, Alfred Buggé, a dit que « toutes les options sont sur la table », sans entrer dans les détails. « On va laisser la poussière retomber. »

La décision du tribunal est erronée, a-t-il dit, et envoie le message que « le marché des capitaux au Québec ne respecte pas les droits fondamentaux d’un actionnaire ». Quant à l’offre bonifiée à 18 $, les actionnaires de Transat peuvent remercier Mach « d’avoir provoqué cette réaction d’Air Canada ».

« Le conseil d’administration de Transat […] réitère à l’unanimité que le plan d’arrangement entre Transat et Air Canada est dans le meilleur intérêt de Transat et de ses parties prenantes et est équitable pour les actionnaires de Transat », a affirmé le voyagiste dans un bref communiqué après la décision publiée lundi.

La nouvelle offre d’Air Canada, a écrit un analyste de Valeurs mobilières Desjardins dans une note aux clients, est « hors de portée pour un joueur non stratégique comme Mach ». « Nous nous attendons à ce que les investisseurs votent en faveur de la transaction proposée », a ajouté Benoit Poirier. Le Fonds FTQ (environ 12 %) n’a pas dit publiquement ce qu’il entendait faire, tout comme la Caisse de dépôt et placement du Québec (6 % au 31 décembre 2018).

Relativement discrets depuis le début du processus, les pilotes de Transat ont par ailleurs décidé d’appuyer le regroupement des deux compagnies. « Nous croyons qu’une transaction avec Air Canada offrira une plus grande protection de la main-d’oeuvre et de sécurité d’emploi à long terme aux employés de première ligne d’Air Transat, tout en offrant à nos clients plus de possibilités de voyages de classe mondiale », ont-ils indiqué dans un communiqué publié par l’Air Line Pilots Association.