Transat et Mach croisent le fer devant le tribunal

Air Canada propose d’acquérir Transat pour 13$ l’action, ou 520 millions.
Photo: Getty Images Air Canada propose d’acquérir Transat pour 13$ l’action, ou 520 millions.

La bataille autour de Transat s’est déplacée devant la justice jeudi, les avocats de l’entreprise et du Groupe Mach, qui tente de faire dérailler le mariage proposé entre le voyagiste et Air Canada, ont tenté tour à tour de convaincre les membres du Tribunal administratif des marchés financiers.

Tandis que les représentants de Mach ont fait valoir que les actionnaires de Transat ont le droit de pouvoir choisir entre deux offres, ceux de Transat ont dépeint le geste de la firme immobilière comme un exercice sans précédent qui place les actionnaires dans une situation « impossible ».

L’audience, qui a aussi entendu les arguments d’Air Canada, s’est poursuivie en soirée. Il était attendu que les trois membres du Tribunal publient une décision rapidement compte tenu du fait que l’assemblée des actionnaires de Transat doit avoir lieu dans seulement deux semaines.

Air Canada propose d’acquérir Transat pour 13 $ l’action, ou 520 millions. Mach souhaite acquérir 19,5 % des actions à droit de vote de catégorie B de Transat, au prix de 14 $ l’action, afin d’exercer les droits de vote contre le projet de transaction avec Air Canada. Si Mach faisait l’acquisition des 6,9 millions d’actions visées, cela lui coûterait environ 97 millions.

Les avocats de Transat ont affirmé devant le Tribunal que l’offre de Mach lui permettrait d’être une sorte d’« actionnaire virtuel » en exerçant des droits de vote liés à des actions qu’il n’aurait pas encore payées. L’offre « coercitive » de Mach « place les actionnaires dans une position impossible », a dit Me Alain Riendeau. Transat demande au Tribunal de bloquer l’offre. Aux yeux d’Air Canada, la proposition est « illégale », a dit son avocat plus tard.

Du côté de Mach, une firme dirigée par l’homme d’affaires Vincent Chiara, Me James Douglas a rétorqué que la « tactique défensive » de Transat est le signe d’une entreprise et de son acheteur, Air Canada, qui ont peur. L’offre de Mach est tout à fait légale, a-t-il affirmé. « Cette cause ne porte pas sur un “stratagème”, mais sur une offre partielle et entièrement permise. » La proposition ne vise qu’à offrir un choix aux actionnaires, a-t-il ajouté.

La journée a débuté sur les chapeaux de roue par la publication par Mach d’un communiqué de presse selon lequel Transat en est rendue « à l’adoption de tactiques de défense abusives », de même qu’à « un effort désespéré et impulsif » afin de bloquer l’offre de Mach.

« Plutôt que d’être franche et d’aborder les principales faiblesses de l’arrangement proposé, ainsi que les insatisfactions généralisées des actionnaires à l’égard de celui‑ci, Transat a plutôt choisi de soumettre un litige frivole et sans fondement auprès des autorités en valeurs mobilières afin d’empêcher une offre bonifiée attrayante faite aux actionnaires de Transat », a écrit le Groupe Mach, qui développe actuellement le Quartier des lumières et détient des adresses comme Place Victoria et l’édifice Sun Life.

Selon Mach, l’offre d’Air Canada pose problème en raison d’enjeux de réglementation et du prix offert, qui sous-évalue Transat.

L’assemblée des actionnaires de Transat aura lieu le 23 août. Le principal actionnaire, la firme Letko Brosseau (environ 20 %), a déjà fait savoir publiquement que le prix est insuffisant. Le Fonds FTQ (12 %) n’a pas dit comment il entend voter, tout comme la Caisse de dépôt et placement du Québec. Pour que l’offre d’Air Canada soit acceptée, elle doit obtenir un appui de 66 % à l’assemblée des actionnaires.

À la Bourse de Toronto, l’action de Transat a terminé la séance de jeudi à 11,71 $, en légère baisse.