L’aide d’Ottawa jugée insuffisante par les producteurs québécois

Depuis la fin du mois de juin, les producteurs de porc d’ici sont frappés par une interdiction d’entrée en Chine.
Photo: Sebastien St-Jean Agence France-Presse Depuis la fin du mois de juin, les producteurs de porc d’ici sont frappés par une interdiction d’entrée en Chine.

Les producteurs agricoles québécois mêlés, malgré eux, aux tensions commerciales et diplomatiques entre le Canada et la Chine sont loin de trouver suffisante l’aide apportée jusqu’à présent par Ottawa.

Il y a deux semaines, Martin Lavoie était à Guelph, en Ontario, aux côtés de la ministre canadienne de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, Marie-Claude Bibeau, alors qu’elle annonçait l’octroi d’une aide financière maximale de 6 millions à Canada Porc International, l’agence de promotion des exportations du porc canadien qu’il dirige, en vue de renforcer et de diversifier les exportations de porc canadien sur les marchés étrangers. « L’annonce n’avait rien à voir avec notre situation en Chine et les problèmes qui en découlent », a-t-il dit dans un entretien téléphonique au Devoir mardi. Or, il est « certain » qu’une aide substantielle devra être apportée aux producteurs frappés, depuis la fin du mois de juin, par une interdiction d’entrée en Chine qu’on continue, toutefois, de qualifier de « problème technique » qui pourrait être réglé « d’une semaine à l’autre ». « Tout dépendra du temps qu’il faudra encore pour régler le problème […] mais, en attendant, la situation nous coûte environ 10 millions par semaine. »

Les producteurs de porc ne sont pas les seuls au Québec à avoir hâte qu’Ottawa leur offre une aide plus substantielle. Victimes collatérales du contentieux agricole entre le Canada et la Chine, les producteurs de soya ne se sont fait offrir jusqu’à présent qu’une augmentation des montants que le gouvernement fédéral est prêt à leur avancer sur les recettes de leurs futures récoltes. « Ce qu’on offre aux producteurs, ce n’est pas de l’aide financière, c’est la possibilité de s’endetter encore plus en attendant la vente de leurs prochaines récoltes. Et alors qu’il y a fort à parier que l’impact du conflit les frappera encore plus durement », déplore Ramzy Yelda, analyste principal des marchés aux Producteurs de grains du Québec.

La situation nous coûte environ 10 millions par semaine

Ottawa assure de son côté qu’il travaille sur tous les fronts afin de soutenir les producteurs touchés tout en poursuivant des négociations intensives avec Pékin pour résoudre le conflit.

À Québec, le cabinet du ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, répétait au Devoir mardi « qu’à défaut d’une résolution rapide [du] problème, le fédéral doit prendre des mesures de soutien significatives pour les producteurs ».

La souris entre deux éléphants

Rappelons que la Chine a fermé ses frontières aux importations de viande du Canada à la fin du mois de juin, invoquant la découverte de porc canadien contenant des résidus d’un additif alimentaire interdit sur son territoire. Selon les autorités canadiennes, les certificats canadiens d’exportation de cette cargaison étaient des faux et la viande provenait peut-être même d’un autre pays. Le Canada a ouvert une enquête qui n’est pas terminée.

Cette affaire venait s’ajouter à une autre histoire, cette fois de semences de canola canadiennes que les autorités chinoises auraient trouvé, cet hiver, infestées de parasites et qui vaut aussi depuis à leurs producteurs une interdiction d’importation en Chine. Pour plusieurs observateurs, ces décisions de Pékin découlent directement du fossé grandissant entre les deux pays depuis que le Canada a arrêté Meng Wanzhou, fille du fondateur du géant des télécommunications Huawei, à la demande des États-Unis en guerre commerciale ouverte avec la Chine depuis plus d’un an.

Un conflit qui fait mal

La fermeture du marché chinois n’a pas eu de grands impacts dans le secteur du boeuf canadien, peu présent en Chine, et encore moins au Québec, où l’on y était presque totalement absent. Il en va tout autrement des quelque 1800 fermes porcines québécoises, qui comptaient pour un peu moins de la moitié des 4 milliards d’exportations canadiennes dans le secteur l’an dernier, dont 20 à 25 % vers la Chine.

La fermeture de la Chine tombe particulièrement mal parce que le plus grand pays consommateur de viande de porc est aux prises avec une épidémie de peste porcine africaine qui l’oblige à se tourner encore plus que d’habitude vers les importations. « On prévoyait d’y réaliser, cette année, des ventes d’un milliard », dit Martin Lavoie, parlant de l’ensemble des exportateurs canadiens. Ces derniers peuvent évidemment se tourner vers d’autres marchés d’exportation, mais les autres acheteurs potentiels savent les Canadiens en position de faiblesse et en profitent. De plus, les clients chinois ont cette grande qualité d’aimer certaines parties du porc (tête, pattes…) qui se vendent mal ailleurs.

Du côté des grains, le Québec produit peu et exporte encore moins de canola, contrairement aux provinces de l’Ouest. Il est par contre un grand producteur et exportateur de soya, avec 6500 producteurs, qui font eux aussi indirectement les frais du contentieux agricole entre la Chine et le Canada, explique Ramzy Yelda. « Depuis le début du conflit, plus personne n’ose charger un navire de soya canadien pour aller le vendre en Chine de peur d’y rester bloqué avec son chargement ou de devoir rebrousser chemin. » Or, l’an dernier, 60 % des exportations canadiennes de soya prenaient justement le chemin de la Chine. Encore une fois, les autres acheteurs étrangers n’ont pas manqué de profiter de la situation, faisant baisser les prix d’environ 10 %.

« Heureusement, lorsque la crise a éclaté, une grande part de la production avait déjà été vendue, observe l’analyste. On n’aura pas cette chance avec la prochaine récolte en septembre-octobre. »