Le yuan remonte, Wall Street respire

Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement Trump a procédé lui-même à cinq examens semestriels qui ont tous conclu que la Chine ne manipulait pas sa devise.
Photo: STR / AFP / China OUT Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement Trump a procédé lui-même à cinq examens semestriels qui ont tous conclu que la Chine ne manipulait pas sa devise.

Wall Street a pu se remettre un peu, mardi, de ses émotions de la veille après que Pékin a fait signe de resserrer le contrôle sur sa devise pour l’empêcher de fléchir.

Le principal indice de la Bourse de New York, le S & P 500, a gagné 1,32 % au lendemain de sa pire journée de l’année (-3 %) qui avait été marquée par une nouvelle escalade de la tension commerciale entre les États-Unis et la Chine. L’embellie est survenue après que la banque centrale chinoise a signalé, durant la nuit, son intention de faire remonter sa devise, son gouverneur affirmant que la Chine ne comptait pas se lancer dans une politique de dévaluation compétitive.

Lundi, le yuan était descendu à son plus bas niveau depuis 2008, dans ce qui était perçu comme un geste prémédité de Pékin en riposte à l’annonce, quelques jours auparavant, de nouveaux tarifs américains contre ses exportations. La manoeuvre chinoise avait rapidement déclenché une contre-attaque de Washington, le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, indiquant lundi soir que, « sous les ordres du président Donald Trump », il avait conclu que la Chine avait manipulé sa devise et qu’il allait, par conséquent, en saisir les autorités nationales et internationales compétentes.

La plupart des gens ne pensaient pas que les Chinois utiliseraient l’arme de la monnaie et ils l’ont utilisée, chirurgicalement

L’annonce du Trésor ne devrait pas avoir de conséquences concrètes immédiates, sinon de donner une raison de plus à la première économie mondiale de poursuivre sa guerre commerciale contre la deuxième économie. La monnaie chinoise n’est pas entièrement convertible et la banque centrale chinoise fixe chaque jour un taux pivot autour duquel elle entend la garder ancrée.

Goûter à sa propre médecine

Il y a moins de trois semaines toutefois, le Fonds monétaire international (FMI) a jugé que la valeur du yuan correspondait aux fondamentaux économiques de la Chine. Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement Trump a procédé lui-même à cinq examens semestriels qui ont tous conclu que la Chine ne manipulait pas sa devise.

En fait, a observé mardi la revue The Economist, s’il est vrai que Pékin exerce un contrôle étroit sur les cours de sa devise, cette action consiste depuis des mois non pas à déprécier le yuan, mais à le soutenir coûte que coûte en dépit du ralentissement de son économie et de la guerre commerciale que lui mènent les États-Unis. Le fonctionnement normal de l’économie voudrait, en effet, que l’imposition de tarifs aux exportations chinoise plombe la valeur du yuan aux yeux des marchés, a rappelé la revue britannique. Ainsi, ce que les autorités chinoises ont fait lundi, c’est seulement de donner un aperçu des conséquences logiques des politiques commerciales américaines.

En dépit de l’avantage que cela peut lui conférer en réduisant le prix de ses exportations, Pékin cherche plutôt à garder sa devise à un niveau élevé, pour éviter une fuite de capitaux, et stable, alors que la croissance chinoise s’essouffle au point d’avoir connu, au deuxième trimestre, sa plus faible performance depuis au moins 27 ans (+6,2 %).

Cette image de force et de stabilité est d’autant plus importante pour le régime chinois qu’approche la date hautement symbolique du 1er octobre prochain : le 70e anniversaire de la fondation de la Chine communiste.

La Chine pourrait en revanche augmenter la pression sur les États-Unis en réduisant sa montagne de bons du Trésor américain — estimée à plus de 1000 milliards de dollars.

« La plupart des gens ne pensaient pas que les Chinois utiliseraient l’arme de la monnaie et ils l’ont utilisée, chirurgicalement », relève Stephen Roach, chercheur à l’Université Yale, cité par l’agence Bloomberg.

« Ils envisagent d’autres options et on ne peut pas exclure l’option des bons du Trésor », prévient-il, rappelant que Pékin est le premier créancier des États-Unis.

Avec l’Agence France-Presse