Transat critique sévèrement l’offre du Groupe Mach

Air Canada offre 13$ pour chaque action de Transat dans le cadre d’une transaction chiffrée à 520 millions.
Photo: Joel Saget Agence France-Presse Air Canada offre 13$ pour chaque action de Transat dans le cadre d’une transaction chiffrée à 520 millions.

Tout en incitant ses actionnaires à ignorer l’offre du Groupe Mach, Transat ne mâche pas ses mots pour décrire la proposition, estimant qu’il s’agit en gros d’une « tactique d’hameçonnage » qui vise à « perturber » le processus de mariage avec Air Canada.

Dans un long message à ses investisseurs à deux semaines d’une assemblée extraordinaire portant sur l’offre d’Air Canada, Transat y affirme que l’offre de Mach, qui souhaite acquérir 19,5 % des actions, est « hautement abusive, coercitive, trompeuse et conditionnelle ».

La société montréalaise a aussi déposé « une demande auprès du Tribunal administratif des marchés financiers pour contester le stratagème de Mach », tout en évaluant « d’autres procédures judiciaires éventuelles », sans toutefois offrir de précisions.

 
11,84$
C’était la valeur du titre de Transat à la fermeture de la Bourse de Toronto mardi.

En discussion avec Transat depuis l’automne 2018, Air Canada offre 13 $ pour chaque action de la compagnie dans le cadre d’une transaction chiffrée à 520 millions.

Or le Groupe Mach, spécialisé dans l’immobilier, a indiqué vendredi qu’il propose 14 $ l’action pour 19,5 % des actions de catégorie B à droit de vote, ce qui lui coûterait près de 97 millions. Développeur du Quartier des lumières, Mach veut exercer ces droits de vote pour s’opposer à la transaction d’Air Canada. La date limite pour déposer les actions a été fixée au 13 août.

« Sentiment d’incertitude »

D’après la compréhension de Transat, selon la lettre envoyée à ses actionnaires, « Mach a conçu un stratagème qui lui permet d’exercer tous les droits de vote des actionnaires qui déposent leurs actions de catégorie B, avant de s’engager à en acheter la totalité ou même une partie ». Le voyagiste estime que le geste de Mach cause un préjudice aux actionnaires, qu’il est « conçu pour les presser abusivement dans le temps et crée un faux sentiment d’incertitude et de risque afin de les amener à agir rapidement, contre leurs propres intérêts ».

Selon le communiqué publié vendredi par Mach, dont la première expression publique d’intérêt pour Transat remonte au mois de mai, la proposition mise en avant par Air Canada est problématique car elle sous-évalue Transat et « comporte un important risque lié à la réglementation ».

Le titre de Transat a reculé de 1,3 % à 11,84 $ mardi à la Bourse de Toronto. Le titre se situait à 5,60 $ à la fin du mois d’avril, juste avant que la direction de la compagnie fasse état des discussions avec des acquéreurs potentiels.

L’issue du vote des actionnaires sera suivie de près, car le plus gros actionnaire de Transat, la firme Letko Brosseau (environ 20 %), a déjà dit publiquement que l’offre d’Air Canada était selon elle insuffisante. Le deuxième actionnaire, le Fonds FTQ (environ 12 %), n’a pas dit comment il entendait voter, pas plus que la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Selon un analyste de Valeurs mobilières Desjardins, Benoit Poirier, l’offre de Mach augmente « la probabilité que Transat sera acquise à un prix supérieur à 13 $ l’action ». Il n’exclut pas non plus que l’investisseur Onex puisse s’intéresser au volet transporteur de Transat une fois que l’achat de WestJet sera conclu à l’automne. « Il pourrait y avoir des avantages mutuels pour Mach [qui s’intéresse à la division hôtelière] et Onex [intérêt pour les activités aériennes] s’ils s’unissaient pour acquérir Transat », a-t-il écrit dans une note aux clients lundi soir.