SNC-Lavalin doit «bouger rapidement», maintient la Caisse de dépôt et placement

Selon le président de la Caisse de dépôt, Michael Sabia, les marchés ont des allures de «montagnes russes».
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Selon le président de la Caisse de dépôt, Michael Sabia, les marchés ont des allures de «montagnes russes».

Si la Caisse de dépôt et placement du Québec a réagi aussi vivement aux déboires financiers de SNC-Lavalin il y a deux semaines, c’est parce que l’institution a voulu exprimer à l’entreprise toute l’urgence des gestes à poser pour redresser la situation, a indiqué lundi son président, Michael Sabia.

Et même si les actions de SNC-Lavalin que détient la Caisse ont perdu beaucoup de valeur depuis le début de l’année, le gestionnaire de régimes de retraite affirme être toujours convaincu des perspectives de l’entreprise sur la scène internationale.

« Comme nous l’avons dit il y a deux semaines, la compagnie doit bouger rapidement et mettre l’accent sur l’exécution », a dit M. Sabia lors d’une conférence téléphonique au sujet des rendements généraux de la Caisse de dépôt pour les six premiers mois de 2019.

 
1,6 milliard
C’est la valeur des quelque 35 millions d’actions de SNC que détenait la Caisse au 31 décembre 2018.

« Mais je voudrais réitérer qu’avec les changements à sa stratégie et l’accent sans relâche sur l’exécution, SNC-Lavalin a la capacité d’être une société d’envergure mondiale et prospère. » La Caisse est un investisseur à long terme dans tout ce qu’elle fait, a-t-il ajouté.

Le gestionnaire de régimes de retraite a vu son bloc perdre environ 700 millions de sa valeur au cours du premier semestre de 2019, a indiqué M. Sabia. Au 31 décembre 2018, les quelque 35 millions d’actions de SNC que détenait alors la Caisse valaient environ 1,6 milliard, selon les documents qui accompagnaient son rapport annuel.

SNC-Lavalin, qui devra subir un procès criminel pour fraude et corruption en raison d’événements qui ont eu lieu de 2001 à 2011, a annoncé le 22 juillet l’abandon de « contrats clé en main à prix forfaitaire », la réorganisation de son secteur Ressources et l’inscription d’une charge de 1,9 milliard. Le cours de l’action a perdu près de 7 % ce jour-là, et près de 10 % le lendemain.

Toujours le 22 juillet, la Caisse a publié un communiqué laconique — sept phrases — dans lequel elle reconnaissait certains changements apportés au sein de la compagnie et disait espérer que la « nouvelle orientation stratégique devra couvrir l’ensemble de ses activités et permettre de renverser la tendance actuelle, qui est inacceptable ». L’institution, pour laquelle un tel langage est rare, souhaitait également un « plan d’exécution réaliste ».

Si la Caisse a procédé de la sorte, a dit M. Sabia lundi, c’est notamment parce que « la compagnie et son conseil ont besoin d’un sens accru de l’urgence. Je crois que c’est en cours et que c’est positif, mais je crois aussi que c’était nécessaire. Et c’est pourquoi nous avons posé le geste ».

Le cours de l’action de SNC, qui a récemment vu son président Neil Bruce partir à la retraite au mois de juin, est passé de plus de 45 $ en janvier à moins de 20 $ la semaine dernière. Vendredi, elle a terminé la séance à 17,81 $, en baisse de 6 %.

Gain semestriel

Le rendement de la Caisse au cours des six premiers mois de 2019 a été de 6,1 %, un gain de 18,4 milliards qui porte son actif net à 326,7 milliards, a également indiqué la Caisse. Le portefeuille de référence auquel elle compare ses résultats a généré un rendement de 7,5 %.

L’écart est notamment attribuable aux portefeuilles d’immobilier et d’infrastructures, mais M. Sabia a laissé entendre que l’institution n’accorde qu’une importance relative à une période aussi courte pour ces deux secteurs, « surtout cette année, en raison de la volatilité des indices et des conditions des marchés ».

Sur cinq ans, la performance de la Caisse, qui compte une quarantaine de déposants, dont des régimes de retraite et des fonds d’assurance, est de 8,3 %.

Les marchés ont des allures de « montagnes russes », a dit M. Sabia. Les marchés ont connu une fin 2018 plutôt faible, croyant à un resserrement de la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine. Le changement de cap de la Fed a ensuite entraîné les marchés à la hausse.