Des «mégatendances» touristiques à l’image de notre monde

Deux touristes chinoises à Amritsar, en Inde. Une des mégatendances en tourisme sera le doublement des dépenses de la classe moyenne de 2015 à 2030, mais qui sera de plus en plus issue des économies émergentes, comme la Chine et l’Inde, et qui demandera qu’on s’adapte à ses intérêts et à ses besoins.
Photo: Narinder Nanu Agence France-Presse Deux touristes chinoises à Amritsar, en Inde. Une des mégatendances en tourisme sera le doublement des dépenses de la classe moyenne de 2015 à 2030, mais qui sera de plus en plus issue des économies émergentes, comme la Chine et l’Inde, et qui demandera qu’on s’adapte à ses intérêts et à ses besoins.

En pleine explosion ces dernières décennies, le tourisme mondial devra apprendre à s’adapter, comme les autres secteurs, aux économies émergentes, au vieillissement de la population, aux défis du développement durable et aux nouvelles technologies.

On recensait un total de 680 millions de touristes internationaux au tournant de l’an 2000, mais ce nombre frôlait déjà 1 milliard en 2010, dépassait 1,4 milliard l’an dernier et devrait toucher 1,8 milliard à l’horizon 2030, selon l’Organisation mondiale du tourisme.

L’activité économique générée par cette industrie n’a pas été en reste, observait l’OCDE dans un rapport à la fin de l’année dernière. Les dépenses mondiales consacrées aux voyages sont en effet passées de 495 milliards $US en 2000 à 1200 milliards en 2016, soit 7 % des exportations mondiales de biens et services.

Au Canada, le tourisme comptait alors pour 2 % du produit intérieur brut (contre une moyenne de 4,2 % dans l’OCDE), presque 4 % des emplois (7 % dans l’OCDE) et 22 % des exportations de services (21,7 % dans l’OCDE), parce que de vendre à des étrangers des nuits à l’hôtel, des repas au restaurant et des sorties de traîneau à chiens équivaut à exporter ces services dans leurs pays.

Portée, entre autres, par l’essor de la mondialisation, la multiplication des compagnies à bas prix avec la libéralisation du transport aérien ainsi que la révolution numérique qui facilite l’organisation des voyages, la croissance des dernières années pourrait être accélérée ou freinée, mais sera assurément transformée par ce que l’OCDE qualifie de « mégatendances » dans son rapport.

Transformations en cours

L’une de ces mégatendances sera le doublement des dépenses de la classe moyenne de 2015 à 2030, mais qui sera de plus en plus issue des économies émergentes, comme la Chine et l’Inde, et qui demandera qu’on s’adapte à ses intérêts et à ses besoins. Un autre phénomène important en cours est le vieillissement de la population, qui aggravera le problème de rareté de main-d’oeuvre, mais qui grossira aussi les rangs d’une population d’aînés plus riches et plus enclins à consommer des loisirs que les générations précédentes, à condition qu’on tienne compte de leur mobilité plus réduite et de leur goût, par exemple, pour les voyages multigénérationnels et le tourisme médical.

Les générations Y, Z et suivantes constitueront malgré tout la majorité des voyageurs en 2040 et risquent d’imposer leur prédilection pour les voyages plus « authentiques », personnalisés et écologiques qui pourrait se traduire par un abandon progressif du tourisme balnéaire ou centré sur la visite de sites. Fortement influencée par les médias sociaux, dit l’OCDE, cette clientèle a toutefois été durement frappée par la dernière crise et sera confrontée à la précarisation et à l’automatisation du monde du travail, ce qui pourrait expliquer son goût pour les voyages courts et les formules moins coûteuses.

Les enjeux de développement durable auront aussi un impact important. Le tourisme serait responsable d’environ 5 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, dont près des trois quarts découlent du transport aérien (40 %) et automobile (32 %). Les événements météorologiques extrêmes frappent, quant à eux, durement les régions côtières où se concentre l’offre touristique de nombreux pays. Et puis, la « surfréquentation touristique » peut aussi infliger des dommages, tant à l’environnement qu’au tissu économique, social et culturel des communautés d’accueil. Toutefois, le tourisme peut également « sensibiliser aux valeurs culturelles et environnementales », en même temps que contribuer économiquement au maintien de communautés locales et de leur culture, fait valoir l’OCDE.

Son rapport se demande également si, en cette ère d’hyperconnectivité technologique, mais de tensions géopolitiques et sécuritaires, le monde penchera plus vers « une citoyenneté mondiale » ou « le repli sur soi ».

Bienvenue aux visiteurs

Un récent sondage réalisé dans une quinzaine de pays pour le compte de l’Organisation mondiale du tourisme laisse croire que les populations gardent pour le moment une perception généralement plus positive que négative des touristes qui viennent dans leurs villes. Une majorité estime, par exemple, qu’ils contribuent de façon importante ou modérée à la création de richesses et aux revenus (52 % en moyenne et 56 % au Canada), ainsi qu’aux échanges interculturels (51 % en moyenne et 53 % au Canada).

Une forte proportion juge toutefois aussi leur contribution importante ou modérée à la congestion des rues, des transports et des commerces (46 % en moyenne et 43 % au Canada) ainsi qu’à l’augmentation du prix des logements (45 % en moyenne et 41 % au Canada).

Placés devant la perspective d’une augmentation du nombre de touristes, les répondants au sondage en appellent bien plus à l’amélioration des infrastructures d’accueil (72 % en moyenne, 68 % au Canada) ou à la création d’attractions qui profiteraient autant aux résidents locaux qu’aux visiteurs étrangers (71 % en moyenne et 82 % au Canada), qu’à une limitation du nombre de visiteurs étrangers (12 % en moyenne et 13 % au Canada) ou de lieux d’hébergement (16 % en moyenne et 10 % au Canada).