La Fed baisse ses taux sans grande conviction

Le recul de l’indice S & P 500 de plus de 1% à Wall Street suggère que les marchés ont réagi durement à l’annonce de la Fed mercredi.
Photo: Andrew Caballero-Wilson Agence France-Presse Le recul de l’indice S & P 500 de plus de 1% à Wall Street suggère que les marchés ont réagi durement à l’annonce de la Fed mercredi.

La Réserve fédérale américaine (la Fed) abaisse ses taux d’intérêt pour la première fois en 11 ans, mais sans grande conviction.

Sans surprise, le comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) a réduit son taux directeur d’un quart de point de pourcentage mercredi pour le placer désormais dans une mince fourchette entre 2 % et 2,25 %. Deux des dix membres votant du FOMC ont toutefois exprimé leur dissidence, les présidents de la Fed de Kansas City et de Boston, Esther George et Eric Rosengren, ayant préféré le statu quo.

Décidée alors que, du propre avis du président de la banque centrale, Jerome Powell, les États-Unis connaissent « une croissance équilibrée » et des gains d’emplois « solides », cette baisse des taux pourrait bien ne pas être la dernière, mais n’annonce pas non plus le début d’un « long cycle » d’assouplissement des conditions monétaires, a-t-il répété en conférence de presse.

La mesure, qui doit stimuler l’économie en réduisant le coût général du crédit, vise trois objectifs, a-t-il expliqué. Il s’agit, en premier lieu, de compenser l’impact négatif qu’ont le ralentissement de l’économie mondiale et les tensions commerciales sur le secteur manufacturier et l’investissement des entreprises. On voudrait aussi aider l’inflation à se rapprocher de la cible de 2 % plutôt que de rester, comme il le fait depuis un an, aux alentours de 1,6 %. On y voit enfin une forme d’assurance dans un climat de grande « incertitude » économique. La Fed n’est pas habituée et a encore du mal à estimer l’impact des tensions commerciales, a notamment expliqué Jerome Powell.

Nous ne prenons jamais en compte les considérations politiques

À l’origine de plusieurs de ces tensions commerciales, notamment avec la Chine, et en campagne de réélection l’année prochaine, Donald Trump soumet depuis des mois la banque centrale et son président à d’intenses pressions et critiques afin qu’ils assouplissent au maximum la politique monétaire. Faisant fi de l’indépendance de la Fed, le président américain en appelait encore, mardi, à « une forte baisse » des taux, et a réagi mercredi en déclarant : « Powell nous a encore déçus comme d’habitude ».

« Nous ne prenons jamais en compte les considérations politiques, avait martelé Jerome Powell quelques minutes auparavant. Nous ne menons pas [non plus] une politique monétaire en vue de prouver notre indépendance. »

Le président républicain n’a apparemment pas été le seul à avoir été déçu mercredi. Le recul de l’indice S & P 500 de plus de 1 % à Wall Street dans la foulée de la conférence de presse du président de la Fed suggère en effet que la baisse de taux de seulement un quart de point de pourcentage, la dissension de deux membres du FOMC et les explications de Jerome Powell ont convaincu les marchés qu’ils ne devaient pas attendre un assouplissement important de la politique monétaire.

Le changement amorcé par la Fed est loin d’être insignifiant lorsqu’on prend en compte le fait qu’elle était encore engagée, à la fin de l’année dernière, dans une longue campagne de relèvement de ses taux enclenchée trois ans auparavant, a fait valoir mercredi Jerome Powell.

À l’instar de leurs confrères des banques canadiennes TD et CIBC, les économistes Jocelyn Paquet et Paul-André Pinsonnault de la Banque Nationale en déduisaient mercredi que la Réserve fédérale américaine réduira probablement quand même son taux d’un autre quart de point de pourcentage d’ici la fin de l’année.

Échos de la crise

L’aggravation de la crise financière aux États-Unis, puis sa transformation en grande récession mondiale, avaient forcé la Fed à ramener son taux directeur de 5,25 % à son plancher absolu de 0 %, entre l’automne 2007 et la fin de 2008, après quoi elle a dû recourir à trois programmes d’achat massifs d’actifs pour continuer d’injecter des liquidités dans l’économie pour doper la reprise. Le long retour à la normalité n’a pas été entrepris avant la fin de 2015 à coup de quelques hausses modestes des taux chaque année.

La Fed en a d’ailleurs aussi profité mercredi pour annoncer la fin, deux mois plus tôt que prévu, de la réduction de l’immense réserve d’actifs qu’elle a constituée durant la crise. Cette autre décision, qui devrait aussi exercer une pression à la baisse sur le coût du crédit, laisse la banque centrale avec un bilan de 3800 milliards au lieu des 1000 milliards qu’elle avait avant la crise et des 4500 milliards qu’elle détenait durant les jours les plus sombres.