Québec n’a pas l’intention d’injecter de l’argent dans SNC-Lavalin

«Je ne vois pas, pour le gouvernement du Québec, le besoin d’intervenir sur le plan financier, a dit le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, en marge d’une annonce. Ce qu’il faut faire, c’est la restructuration des activités.»
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «Je ne vois pas, pour le gouvernement du Québec, le besoin d’intervenir sur le plan financier, a dit le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, en marge d’une annonce. Ce qu’il faut faire, c’est la restructuration des activités.»

Québec n’injectera pas, pour le moment, d’argent public dans SNC-Lavalin même si la firme a vu sa valeur boursière plonger de plusieurs milliards de dollars au cours des derniers mois, ce qui l’expose davantage à une prise de contrôle.

À Montréal, mercredi, le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a reconnu que l’entreprise était aux prises avec des « problèmes opérationnels qui sont évidents », mais il estime qu’elle n’a pas besoin d’une injection de capital. « Je ne vois pas, pour le gouvernement du Québec, le besoin d’intervenir sur le plan financier, a-t-il dit en marge d’une annonce. Ce qu’il faut faire, c’est la restructuration des activités. »

SNC-Lavalin a été secouée à la Bourse de Toronto après avoir annoncé, lundi, qu’elle abandonnera les contrats à prix fixe — qui peuvent plomber les bénéfices lorsqu’il y a des dépassements de coûts —, la comptabilisation d’une charge de 1,9 milliard et le retrait de ses prévisions pour l’exercice.

Ces déboires s’ajoutent aux accusations criminelles qui pèsent sur elle pour des gestes qui auraient été faits en Libye. Un verdict de culpabilité pourrait empêcher la firme de construction et d’ingénierie d’obtenir des contrats fédéraux pendant 10 ans.

Sur le parquet de Bay Street, mercredi en fin de séance, le titre de la firme québécoise cotait à 21,29 $, en recul de 22 ¢, ou 1 %. Cela conférait une valeur boursière d’environ 3,74 milliards à la société, par rapport à environ 8 milliards au début de l’année. Il n’y a pas d’actionnaire de contrôle chez SNC-Lavalin, mais la Caisse de dépôt et placement du Québec détient une participation d’environ 20 %, ce qui n’est pas suffisant pour bloquer une offre hostile.

« Écoutez, s’il y avait une opération requise pour sauver [la compagnie] en raison d’une offre hostile, nous pourrions intervenir, a expliqué M. Fitzgibbon. Mais à ce moment-ci, nous sommes plutôt des observateurs. »

Néanmoins, le ministre de l’Économie a insisté pour rappeler que SNC-Lavalin n’avait pas de problèmes de liquidités, citant la vente de sa participation dans l’autoroute à péage 407 en Ontario. Les deux autres propriétaires de l’autoroute 407 — l’Office d’investissement du Régime de pensions du Canada et Cintra Global, une filiale de l’espagnole Ferrovial S.A. — sont au coeur d’une bataille judiciaire pour savoir qui mettra la main sur la participation de SNC-Lavalin, qui pourrait valoir jusqu’à 3,25 milliards. « Pour moi, le problème n’est pas s’ils auront l’argent, mais quand ils vont l’obtenir », a dit M. Fitzgibbon.

Si SNC-Lavalin est plus à risque de faire l’objet d’une offre hostile en raison de la chute de sa valeur boursière, le professeur Karl Moore, du Département de gestion de l’Université McGill, s’est demandé qui voudrait mettre la main sur une compagnie dont la réputation a été entachée et qui a de la difficulté à tourner la page sur son passé trouble. Il croit toutefois que d’autres compagnies pourraient avoir l’oeil sur la firme québécoise lorsqu’elle aura fait le ménage dans ses activités. « Quand la société sera mieux organisée, qu’elle aura mis derrière elle toutes les mauvaises nouvelles […], elle pourra devenir plus intéressante dans un an ou deux », a expliqué le professeur Moore au cours d’un entretien téléphonique.

Dans la foulée des turbulences qui plombent la performance de SNC-Lavalin, la Caisse est sortie de sa réserve habituelle lundi, qualifiant la tendance d’« inacceptable » et exigeant des « actions décisives ».

Décote de DBRS

L’agence de notation DBRS a annoncé dans la foulée un abaissement de la cote de la dette de SNC, qui passe de BBB à BBB (bas). Les perspectives passent de stables à négatives, DBRS pointant l’anticipation de résultats financiers inférieurs.

Avec Le Devoir