Transat A.T. promeut l’offre d’Air Canada

Le vote sur l’offre d’Air Canada doit se faire lors d’une assemblée des actionnaires de Transat A.T. fixée au 23 août.
Photo: Getty Images Le vote sur l’offre d’Air Canada doit se faire lors d’une assemblée des actionnaires de Transat A.T. fixée au 23 août.

Pour l’instant seule dans la course, Air Canada apporte la meilleure valeur pour les actionnaires et la garantie la plus élevée pour le maintien des emplois. Transat A.T. ajoute qu’en cas de statu quo, la capacité d’atteindre son plan stratégique exigerait du temps et comporterait des risques importants.

La circulaire de sollicitation accompagnant l’offre de 520 millions d’Air Canada, soit 13 $ l’action de Transat, a été déposée mardi. Le voyagiste intégré y consacre de larges chapitres à la chronologie des événements. Ainsi, l’approche d’Air Canada s’est faite le 5 octobre 2018, suivie du dépôt d’une proposition non contraignante le 13 décembre. Le transporteur a révisé une première fois, à la baisse, son offre potentielle, le prix ayant été ramené à 11,50 $ en raison notamment de résultats financiers décevants, d’une correction à la baisse des perspectives du voyagiste et d’une « réduction importante » de sa position de trésorerie au cours des premiers mois de 2019. Transat venait de rater ses cibles au terme de l’exercice clos le 31 octobre 2018. Il indiquait alors que « la capacité de réaliser son plan stratégique et d’atteindre les résultats prévus nécessiterait plusieurs années et comporterait des risques importants ». Pour sa part, le premier semestre clos le 30 avril s’est soldé par une perte de 44,8 millions, contre un bénéfice de 7,9 millions un an plus tôt. La trésorerie et les équivalents se chiffraient à 796 millions, contre 903 millions au 31 octobre 2018.

Mach se manifeste

Dans l’intervalle, Groupe Mach a manifesté son intérêt au début de janvier, pour envoyer sa lettre d’intention non contraignante le 7 février. Le promoteur immobilier concoctait alors une offre entre 8,50 et 9,50 $ l’action. Quelques jours plus tard, la direction de Transat recevait également un appel intéressé d’un groupe ayant des opérations internationales, un dossier qui n’évoluera que peu ou prou. La Financière Banque Nationale, conseiller financier de Transat, concluait rapidement à une proposition de Mach inadéquate et ne reflétant pas la valeur fondamentale de l’entreprise convoitée. Mach haussera son prix à 9-10,50 $, pour le fixer ensuite à 10 $, peut-on lire.

Puis, le 30 avril dernier, Mach remettait sa proposition directement à plusieurs actionnaires, forçant le président et chef de la direction de Transat à effectuer une sortie publique. Craignant une fuite d’information Jean-Marc Eustache, annonçait alors, avant l’assemblée des actionnaires, que des discussions préliminaires étaient en cours. En Bourse, l’action de Transat bondissait du coup à 8,29 $, contre 5,67 $ la veille.

Les discussions avec Mach ont été suspendues le 6 mai. Trois jours plus tard, Air Canada accouchait d’une deuxième proposition augmentant le prix à 12,50 $, la proposition définitive à 13 $ l’action venant le 12 mai. Mach a donné dans la surenchère le 4 juin, publiant un communiqué dans lequel le prix de 14 $ était avancé et alimentant une poussée de l’action de Transat à 14,19 $ en Bourse. L’envoi d’une lettre d’intention a suivi, le 13 juin. La lettre renfermait plusieurs conditions, dont l’obtention d’un financement de 120 millions venant d’Investissement Québec, et ne contenait aucun engagement de soutien ni de preuve d’un niveau de liquidité suffisant pour mener à bien la transaction, souligne à quelques reprises Transat, une position que le voyagiste maintient depuis. Mach s’est retiré.

Dans sa circulaire, Transat dit de la transaction avec Air Canada qu’elle est « made in Quebec ». Qu’elle repose sur l’intention du transporteur de préserver les marques Transat et Air Transat et de maintenir le siège social montréalais, sans qu’on puisse y lire toutefois un engagement ferme. Le voyagiste ajoute qu’elle représente la meilleure possibilité de maintenir les emplois à long terme […], « notamment les pilotes, les mécaniciens et les agents de bord », ces employés représentant 3050 des 5000 emplois que compte Transat. Au demeurant, l’engagement d’Air Canada sur la question des emplois couvre une période de 12 mois suivant l’heure de prise d’effet.

Le vote doit se faire lors d’une assemblée des actionnaires fixée au 23 août. Si elle va de l’avant, la transaction devrait être réalisée au début de l’an prochain, avec une date butoir fixée au 27 juin 2020. L’offre est conditionnelle à l’obtention d’au moins les deux tiers des actions visées et prévoit, le cas échéant, un retrait de Transat de la cote de la Bourse de Toronto.

35 millions pour les dirigeants

Si elle va de l’avant l’offre d’Air Canada permettra à 23 hauts dirigeants, administrateurs ainsi qu’à d’autres cadres du voyagiste québécois de se partager une somme d’au moins 35,1 millions en échange des actions de la société mère d’Air Transat ainsi que des autres instruments financiers, comme des options et autres unités sur des titres, qu’ils détiennent. À ce montant il faut ajouter des indemnités de départ totalisant près de 9,76 millions qui pourraient être octroyées aux cinq principaux dirigeants si on leur montre la porte une fois la transaction conclue.

Le président et chef de la direction de Transat A.T., Jean-Marc Eustache, est admissible à recevoir près de 11,7 millions, soit 5,55 millions pour ses actions détenues et 6,1 millions en échange d’options et d’autres primes. Il aurait également droit à une indemnité de 5,5 millions s’il quitte l’entreprise. À cela s’ajouterait un traitement de 15,6 millions pour la retraite du dirigeant de 71 ans figurant parmi les fondateurs de l’entreprise créée en 1987. Philippe Sureau, un autre des cofondateurs, pourra toucher plus de 4,5 millions — le deuxième montant en importance qui serait versé dans la foulée de la transaction.
La Presse canadienne