Libre-échange: les PME indifférentes aux accords d’Ottawa

Les entreprises européennes ont davantage profité des ouvertures outre-Atlantique créées par l’AECG que leurs vis-à-vis canadiennes.
Photo: Jean-Pierre Clatot Agence France-Presse Les entreprises européennes ont davantage profité des ouvertures outre-Atlantique créées par l’AECG que leurs vis-à-vis canadiennes.

Presque les trois quarts des petites et moyennes entreprises (PME) canadiennes disent avoir entendu parler de ce traité de libre-échange avec l’Europe, mais seulement 9 % disent en avoir profité.

Une enquête réalisée pour le compte du gouvernement fédéral montre tout le travail qui reste encore à abattre avant que les PME apprivoisent tous ces accords commerciaux conclus par Ottawa au fil des ans.

Alors que le premier ministre Trudeau admettait, cette semaine, que les PME canadiennes étaient encore loin de profiter autant qu’elles le pourraient de l’Accord commercial et économique global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne, un sondage, dont les principales conclusions ont été rapportées par La Presse canadienne vendredi, vient donner une idée de l’ampleur du défi. Réalisée de mars à avril par Internet auprès de 507 PME exportatrices, l’enquête révèle que si moins des trois quarts disent avoir entendu parler de l’AECG, seulement 7 % en connaissent les détails, 9 % estiment en avoir bénéficié et 17 % prévoient de le faire à l’avenir.

Ces proportions se révèlent très similaires à celles se rapportant à un autre important traité de libre-échange récemment signé par le Canada, le Partenariat transpacifique. Exception faite que, pour cet autre accord conclu avec une dizaine d’autres pays, dont le Japon, le Vietnam et l’Australie, une plus grande proportion de répondants (30 %) espèrent en profiter un jour. Ces résultats se révèlent malgré tout meilleurs que ceux obtenus pour une dizaine d’autres accords bilatéraux entre le Canada et la Corée du Sud, le Chili, Israël, la Colombie ou l’Ukraine, dont la majorité des répondants déclarent n’avoir jamais entendu parler.

17%
C’est la proportion des PME canadiennes sondées qui entendent bénéficier de l’AECG.

« Au sein des [PME canadiennes], les accords de libre-échange conclus par le Canada sont relativement peu connus, analysent les auteurs de l’enquête. Peu d’entreprises [y] ont recours, à l’exception de [l’Accord de libre-échange nord-américain]. »

Les PME, une priorité

Une meilleure participation des PME dans le commerce international est perçue au Canada et dans de nombreux autres pays comme un enjeu de plus en plus important, à tel point qu’on prévoit des dispositions spéciales, et même des chapitres entiers, à la question dans l’AECG, le Partenariat transpacifique et le tout récent Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). Au moment de la signature de l’AECG, Ottawa soulignait, par exemple, que les PME comptaient pour plus de 99 % des entreprises et près de 90 % de la main-d’oeuvre du secteur privé au Canada et que les 12 % de PME exportatrices de biens et de services en 2017 représentaient 42 % de la valeur totale des marchandises canadiennes vendues à l’étranger.

Mais l’essentiel de ces exportations prend la route des États-Unis. Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, a admis jeudi, en tombée de rideau du sommet Canada-Union européenne, que les compagnies européennes avaient été les plus rapides, jusqu’à présent, à tirer parti de l’entrée en vigueur provisoire de l’AECG, il y a presque deux ans.

« Effectivement, on a encore du travail à faire pour permettre aux entreprises canadiennes, surtout aux petites et moyennes entreprises, de profiter pleinement des avantages que nous avons. » Pour aider la cause, le ministre du Commerce international, Jim Carr, annonçait, au même moment, l’ajout de 11 nouveaux postes de délégués commerciaux aux 160 que le Canada avait déjà en Europe.

Dans le sondage, qui s’appuie aussi sur une quarantaine d’entretiens téléphoniques, on apprend que, pour 69 % des répondants, la valeur élevée du dollar canadien serait le principal frein à leur exploration des marchés étrangers. Les résultats mettent en lumière d’autres problèmes, a rapporté La Presse canadienne, notamment la réglementation incertaine dans d’autres pays, le manque de contacts locaux, les tarifs commerciaux, les barrières linguistiques et culturelles ainsi que les taxes et permis d’exportation au Canada.