La Banque du Canada surprise par l’ampleur de l’impact des conflits commerciaux

«L’escalade des conflits commerciaux et les tensions géopolitiques nuisent encore plus aux échanges commerciaux et aux investissements des entreprises que nous nous y attendions», a reconnu la première sous-gouverneure de la Banque du Canada, Carolyn Wilkins.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne «L’escalade des conflits commerciaux et les tensions géopolitiques nuisent encore plus aux échanges commerciaux et aux investissements des entreprises que nous nous y attendions», a reconnu la première sous-gouverneure de la Banque du Canada, Carolyn Wilkins.

La Banque du Canada admet être surprise par l’ampleur de l’impact économique des conflits commerciaux. Elle n’est pas encore prête, toutefois, à envisager d’y répondre par une baisse de ses taux d’intérêt à l’instar de sa voisine, la Fed américaine.

Comme prévu par les marchés financiers, la banque centrale canadienne a laissé, mercredi, son taux directeur inchangé à 1,75 % pour une sixième fois consécutive depuis le mois d’octobre. Elle a profité de l’occasion pour mettre à jour ses perspectives économiques et financières.

La Banque s’est réjouie du rebond plus vigoureux qu’attendu de l’économie canadienne après son passage à vide de la fin de 2018 au début de 2019 et alors que l’économie américaine accuse, au contraire, une baisse de régime.

L’institution a toutefois surtout insisté sur la dégradation du climat international et son impact sur la croissance mondiale. « L’escalade des conflits commerciaux et les tensions géopolitiques nuisent encore plus aux échanges commerciaux et aux investissements des entreprises que nous nous y attendions », a reconnu la première sous-gouverneure de la Banque du Canada, Carolyn Wilkins, après que son institution eut réduit ses prévisions de croissance du mois d’avril pour l’économie mondiale de 3,2 % à 3 % cette année et de 3,3 % à 3,2 % l’an prochain. En réaction à ce contexte, plusieurs grandes banques centrales, notamment aux États-Unis et en Europe, « se sont dites prêtes à mener une politique monétaire plus expansionniste ou sont déjà intervenues », a-t-elle reconnu. Mais la Banque du Canada n’est pas encore prête à faire ce pas.

Convergence avec les États-Unis

Sur le front intérieur, l’économie canadienne profite pour le moment d’un taux de chômage à son creux historique, d’un renforcement de la croissance des salaires et d’un assainissement du marché de l’habitation. La chute du secteur pétrolier devrait enfin ralentir, à la faveur notamment de l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain, alors que les ventes et les investissements des autres exportateurs continueront de faire les frais de l’incertitude considérable du secteur commercial. La Banque du Canada prévoit ainsi une croissance de 1,3 % cette année (contre 1,2 % en avril), de 1,9 % l’an prochain (2,1 %) et de 2 % en 2021. L’inflation, quant à elle, devrait rester légèrement sous la cible de 2 % encore un an.

Aux États-Unis, où s’atténue l’effet des baisses d’impôt du gouvernement Trump et commencent à faire mal toutes les guerres commerciales qu’il a déclarées, la tendance semble inverse avec un ralentissement graduel de la croissance économique de 2,9 % l’an dernier, à 2,5 % cette année (2,3 %), 1,7 % l’an prochain et 1,6 % en 2021, prévoit la banque centrale canadienne. « Le fait que notre économie se redresse alors que celle des États-Unis ralentit semble être un cas de divergence, mais c’est en réalité un processus de convergence, a-t-elle fait valoir. En effet, les deux pays se retrouvent à des points différents du cycle économique. Les États-Unis ralentissent pour passer à un rythme plus soutenable, tandis que le Canada remonte pour retourner à sa croissance tendancielle. »

Hausse ou baisse des taux ?

À ceux qui ne comprennent pas qu’elle puisse rester sur les lignes de touche pendant que la Réserve fédérale américaine s’apprête, vraisemblablement, à réduire son taux directeur d’au moins 0,25 point de pourcentage peut-être dès la fin du mois, la Banque du Canada rappelle également que son taux directeur (1,75 %) est déjà bien en deçà de celui de la Fed (2,5 %). Elle ne laisse plus entendre, toutefois, que son prochain changement de taux sera nécessairement à la hausse, et les marchés semblent même plutôt s’attendre à un mouvement à la baisse, a observé Josh Nye, économiste à la Banque Royale.

« Le contexte commercial demeure le principal élément imprévisible de nos perspectives », a-t-elle martelé. Ses experts ont procédé à une simulation qui a montré que l’économie canadienne, bien plus encore que l’économie mondiale, avait beaucoup plus à perdre d’une nouvelle escalade de la crise qu’à gagner d’un éventuel retour à la paix.

Cet équilibre entre les risques internationaux et l’embellie au pays amènera la Banque du Canada à laisser inchangée sa politique monétaire au cours des prochains trimestres, a estimé l’économiste du Mouvement Desjardins, Francis Généreux.