Un salaire minimum à 15 dollars éliminerait 1,3 million d’emplois aux États-Unis

La hausse du salaire horaire minimum fait débat aux États-Unis.
Photo: Spencer Platt Getty Images / AFP La hausse du salaire horaire minimum fait débat aux États-Unis.

Démocrates et républicains ont trouvé de quoi se rassasier dans le rapport du Bureau du budget du Congrès américain. S’il est évoqué une perte de 1,3 million d’emplois résultant d’une éventuelle hausse du salaire minimum au fédéral à 15 $US l’heure, les cibles et impacts sont à ce point nuancés que le rapport ouvre la porte à une récupération partisane.

Le Congressionnal Budget Office (CBO) a publié lundi un rapport d’une cinquantaine de pages venant documenter l’actuel débat au Congrès autour d’un projet de loi, le « Raise the Wage Act », ciblant une hausse du salaire minimum au fédéral à 15 $ d’ici cinq ans, pour le lier ensuite à l’évolution du revenu médian. Ce projet de loi démocrate a reçu suffisamment d’appui pour franchir l’étape permettant de le soumettre au vote, soutient le magazine Politico.

Le CBO a examiné un scénario à 10, 12 et 15 $. Si l’on retient la cible faisant débat à l’heure actuelle, une hausse du salaire minimum au fédéral à 15 $ l’heure d’ici 2025 entraînerait une perte de 1,3 million d’emplois, conclut l’agence non partisane. Elle ajoute toutefois qu’il s’agit d’une estimation médiane, l’intervalle allant d’une perte de 3,7 millions d’emplois à l’absence d’impact sur l’emploi.

Récupération partisane

Si les représentants républicains retenaient lundi le thème des pertes d’emploi et de l’appauvrissement inhérent, l’on soutenait chez les démocrates que les gains et avantages sont de loin supérieurs au coût. Ainsi, le CBO concluait qu’un salaire minimum à 15 $ augmenterait les revenus de 17 millions de travailleurs qui, autrement, recevraient une rémunération horaire inférieure en 2025. S’y greffent 10 millions de travailleurs gagnant déjà 15 $ l’heure, qui verraient leur salaire augmenter. Au fédéral, le salaire minimum se situe à 7,25 $. Il a été augmenté pour la dernière fois en 2009, et son pouvoir d’achat subit l’érosion de l’inflation depuis.

Le rapport de l’agence reprend également les arguments des impacts classiques sous forme d’une hausse du coût du travail refilée aux consommateurs et d’une diminution de la production nationale sous le coup d’une perte potentielle de 0,8 % de l’emploi et d’une contraction correspondante du stock de capital sous forme d’équipements et de machinerie. L’effet net serait une baisse du revenu réel des familles de quelque 9 milliards d’ici 2025, soit 0,1 % du total, venant essentiellement de transfert de la ponction anticipée dans les revenus des entreprises.

Sortir de la pauvreté

Plus en détail, les familles affichant un revenu sous le seuil de pauvreté verraient leur situation s’améliorer de 8 milliards en 2025, soit l’équivalent d’une hausse moyenne de 5,3 % du revenu de ces familles. Grosso modo, 1,3 million de personnes sortiraient ainsi de la pauvreté. En revanche, le revenu réel diminuerait d’environ 16 milliards pour les familles dont le revenu se situe au-dessus du seuil de pauvreté, soit une réduction moyenne de 0,1 %.

Et ces observations valent au niveau fédéral. Le CBO indique dans son rapport qu’en 2019, 29 États et le District de Columbia appliquaient une politique de salaire minimum plus élevé, indexé à l’inflation dans 17 d’entre eux.

Certaines municipalités composent également cet univers, dont San Francisco, qui vient d’adopter un salaire minimum à 15,59 $ l’heure. Aussi, 60 % des travailleurs habitent dans des États retenant un salaire minimum plus élevé qu’au niveau fédéral et en 2025, selon les lois actuelles, 30 % vivront dans des États retenant un salaire minimum horaire de 15 $ ou plus.