Les commissaires à la vie privée du Québec et du Canada enquêtent sur Desjardins

Le Mouvement Desjardins se retrouvera sous la loupe de la Commission d’accès à l’information du Québec et du Commissariat à la protection de la vie privée du Canada en raison de l’importante fuite de données survenue.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le Mouvement Desjardins se retrouvera sous la loupe de la Commission d’accès à l’information du Québec et du Commissariat à la protection de la vie privée du Canada en raison de l’importante fuite de données survenue.

La fuite de données personnelles au Mouvement Desjardins, qui touche 40 % des membres de l’institution, fait désormais l’objet d’enquêtes de la part de la Commission d’accès à l’information du Québec et du Commissariat à la protection de la vie privée du Canada.

Les deux organismes veulent « déterminer si l’organisation a respecté » les différentes lois sur la protection des renseignements personnels au Québec et au Canada.

« Bien que Desjardins exerce l’essentiel de ses activités au Québec et est assujetti à la loi provinciale, il est également assujetti à la loi fédérale pour les activités qu’il exerce dans d’autres provinces », ont-ils indiqué dans un communiqué publié conjointement. « Les commissariats ont donc décidé de collaborer pour les fins de ces enquêtes. » Aucun autre détail n’a été fourni.

Le Mouvement Desjardins entend collaborer « pleinement », a-t-il indiqué de son côté.

Les deux enquêtes représentent le dernier chapitre d’une fuite massive d’informations personnelles touchant 2,7 millions de membres particuliers et 173 000 entreprises, une situation sans précédent pour la plus grande institution financière au Québec.

La semaine dernière, Desjardins a annoncé de nouvelles mesures pour accompagner ses membres dans l’activation du service de surveillance d’Equifax. Cette mesure a été mise en place lundi. Le temps d’attente dans les centres d’appels était plus long qu’à l’habitude, mais « raisonnable », a estimé l’institution.

Temps d’attente

La possibilité de passer par Desjardins pour activer le programme de surveillance de cinq ans chez Equifax a entraîné comme prévu une hausse du nombre d’appels.

« Nous n’avons pas de bilan officiel à fournir, mais le délai de réponse est actuellement de 5 à 10 minutes, a affirmé en fin d’après-midi un porte-parole de Desjardins, Jean-Benoit Turcotti. C’est quand même raisonnable, vu la situation. »

L’établissement financier souhaite idéalement que ces gens se rendent directement sur le site d’Equifax pour activer le service de surveillance.

La possibilité de le faire par téléphonie en passant par Desjardins a été mise en oeuvre face à l’incapacité d’Equifax de répondre à la demande. Au milieu de la semaine, Desjardins compte permettre à ses clients d’activer le service en passant par les plateformes d’AccèsD.

Environ 170 000 clients de Desjardins sont maintenant inscrits au programme d’Equifax, a indiqué au Devoir la société, dont le siège canadien est à Toronto. « Nous reconnaissons que nos systèmes ont été mis à rude épreuve [dans les jours suivant l’annonce] et pour ça, nous présentons nos excuses », a indiqué un porte-parole. La compagnie dit travailler « jour et nuit » afin d’améliorer le service offert aux membres de Desjardins.

Quand le président de Desjardins a indiqué vendredi que les membres pourraient appeler l’institution plutôt qu’Equifax, il n’a pas caché qu’il fallait à tout prix que les centres d’appel puissent être en mesure de répondre à cette demande supplémentaire.

Les membres de Desjardins ont été de plus en plus nombreux lundi à signaler la réception de textos frauduleux les invitant à cliquer sur un lien pour « confirmer vos détails » afin d’« assurer une protection accrue » des informations personnelles. Dans ses communications sur les réseaux sociaux et sur son propre site, l’institution a répété qu’elle ne contacte ses membres ni par téléphone ni par courriel ou message texte.

Une enquête policière est en cours pour comprendre comment les renseignements d’un aussi grand nombre de clients ont pu se retrouver à l’extérieur de l’organisation. L’enquête est menée par la police de Laval et la Sûreté du Québec. Le Mouvement Desjardins, pour lequel cette situation est sans précédent, a congédié un employé après avoir découvert la fuite d’informations.

En point de presse lundi, le premier ministre François Legault a dit qu’il n’y avait pas lieu d’imposer une pénalité financière à l’institution. « Desjardins fait un bon travail », a-t-il affirmé. De son côté, le ministre des Finances, Eric Girard, s’est dit « très satisfait » de la façon dont Desjardins a jusqu’ici géré la situation. En point de presse lundi, il n’a pas voulu tirer de conclusions ou dire si des moyens devraient être pris pour éviter qu’une telle situation se répète.

Chaque chose en son temps, a dit M. Girard, ex-trésorier de la Banque Nationale. « Présentement, on est dans la gestion de l’incident. »

Avec Mylène Crète et La Presse canadienne