L’OPEP scelle une entente de coopération avec la Russie

De gauche à droite: le ministre russe de l’Énergie, Alexander Novak, le ministre vénézuélien du Pétrole, Manuel Quevedo, le secrétaire général de l’OPEP, Mohammed Barkindo, et le ministre saoudien de l’Énergie, Khaled al-Faleh
Photo: Ronald Zak Associated Press De gauche à droite: le ministre russe de l’Énergie, Alexander Novak, le ministre vénézuélien du Pétrole, Manuel Quevedo, le secrétaire général de l’OPEP, Mohammed Barkindo, et le ministre saoudien de l’Énergie, Khaled al-Faleh

Demande morose et boom du schiste américain lui ont forcé la main : l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) a formalisé mardi ses fiançailles avec la Russie — une alliance nécessaire pour conserver son influence sur les cours, quitte à conforter l’ascendant controversé de Moscou sur la politique du cartel.

Réunis à Vienne, les 14 membres de l’OPEP et leurs dix partenaires, dont la Russie, ont approuvé une « charte de coopération » pérennisant leurs relations. Le document doit encore être ratifié par chaque État. Leur alliance, jusqu’alors informelle, remonte à la fin de 2016 : confrontés à l’effondrement des cours du brut, les membres de l’OPEP s’étaient mis d’accord avec un groupe de producteurs tiers, dont la Russie, le Mexique et le Kazakhstan, pour limiter l’offre.

Sans surprise, ces 24 pays, rassemblés sous l’appellation « OPEP + » et qui pompent la moitié du pétrole mondial, ont confirmé mardi qu’ils vont reconduire pour neuf mois leur accord visant à réduire leur offre cumulée de 1,2 million de barils par jour (Mb/j) par rapport à octobre 2018. Le suspense était limité : le président russe, Vladimir Poutine, avait annoncé, en marge du G20 d’Osaka, s’être entendu avec Riyad pour prolonger les baisses de production… avant même les réunions à Vienne. Et lundi, dans la capitale autrichienne, c’est le ministre russe de l’Énergie, Alexandre Novak, qui a dévoilé devant la presse « le soutien unanime » pour une extension jusqu’à mars 2020.

La Russie — deuxième pays producteur de pétrole, derrière les États-Unis et devant l’Arabie saoudite — « n’a pas simplement dominé le timing des annonces, elle a carrément contrôlé l’issue de la réunion », a déclaré à l’AFP John Hall, du cabinet Alfa Energy.

Mais à l’heure où les prix du pétrole restent sous pression, entre offre mondiale abondante et demande en berne, l’OPEP n’a d’autre choix que de jouer collectivement. Après une poussée lundi à la faveur des premières annonces de l’OPEP, le baril de Brent valait 62,86 $US mardi, accélérant ses pertes depuis la fin de la réunion de Vienne.

« L’OPEP seule, c’est moins de 30 % de la production mondiale [de brut]. L’influence de la Russie est la bienvenue » et la charte sera ouverte à d’autres producteurs, a-t-il dit, assurant « avoir déjà parlé à un certain nombre de pays ». Une vision pragmatique : sans la Russie et les nouveaux alliés, « les Saoudiens auraient perdu la main et l’OPEP aurait échoué à faire face au boom de la production américaine, obligeant les membres du cartel à des coupes encore plus draconiennes » pour maintenir les prix, observe M. Hall.

Selon l’Adence internationale de l’énergie, les États-Unis pompaient en mai 2017,04 Mb/j, en nette augmentation par rapport au niveau moyen de 2018 (15,49 Mb/j). La production saoudienne n’était, elle, que de 9,70 Mb/j.

L’ouverture de l’OPEP ne se fait pas sans difficulté : elle a donné lieu à Vienne à des discussions « houleuses », de l’aveu même du ministre saoudien. Lundi, le ministre iranien du Pétrole, Bijan Namdar Zanganeh, a violemment fustigé « l’unilatéralisme » de l’entente Moscou-Riyad, prédisant que l’OPEP en tant que telle pourrait « en mourir ». L’Iran, qui pilotait traditionnellement le cartel de concert avec Riyad, son grand rival régional, se voit désormais isolé du fait de la chute de ses exportations liée aux sanctions américaines.

Khaled al-Faleh a néanmoins vigoureusement défendu l’accord bilatéral d’Osaka : « Saoudiens et Russes assurent les plus grosses réductions de production ! Nous nous entendons d’abord, cela contribue au consensus ultérieur » de tous les États membres, a-t-il martelé.

Les militants du climat, la «pire menace»

À mesure que le réchauffement climatique déclenche des épisodes météorologiques « extrêmes », « on voit croître une mobilisation de masse de l’opinion mondiale […] contre le pétrole, complètement non scientifique », s’est lamenté le Nigérian Mohammed Barkindo, secrétaire général de l’OPEP. « La société civile est induite en erreur, de sorte qu’on lui fait croire que le pétrole est la cause du changement climatique ! C’est peut-être la pire menace pour notre industrie à l’avenir. » Il a aussi fait allusion à l’adolescente suédoise Greta Thunberg et au mouvement « Fridays for Future » à l’initiative de marches organisées dans le monde entier pour alerter la population sur l’urgence de lutter contre les dérèglements climatiques. « On a vu dans les capitales européennes, y compris à Vienne [où l’OPEP a son siège, NDLR], des enfants se mobiliser pour manifester dans les rues, au parlement, devant les sièges des grands groupes pétroliers, lors des assemblées générales d’entreprises, en campagne contre notre industrie et le pétrole », s’est enflammé M. Barkindo.

Pour lui, cette mobilisation de l’opinion publique « prend graduellement en otage la transition énergétique elle-même, s’infiltrant dans les conseils d’administration et les gouvernements », jusqu’à « façonner certaines politiques ou décisions d’entreprises, y compris en matière d’investissement ». À l’inverse, « nous croyons, nous, que l’industrie pétrolière fait partie de la solution au fléau du changement climatique », a conclu, sans autre détail, le secrétaire général de l’OPEP. 
Agence France-Presse