Les syndiqués d’ABI rendent les armes

Le vote de mardi a lieu après presque 18 mois de lockout chez ABI.
Photo: Ryan Remiorz Archives La Presse canadienne Le vote de mardi a lieu après presque 18 mois de lockout chez ABI.

De guerre lasse, les quelque 900 syndiqués de l’Aluminerie de Bécancour ont accepté à 79,8 % l’offre finale de leur employeur, ce qui met fin à près de 18 mois de lockout. Démissionnaire, le président du syndicat local déplore que cet appui ait été arraché par épuisement, sous la pression et la menace.

Clément Masse ne présidera plus la section locale 9700 du syndicat des Métallos. Il ne peut travailler à la mise en place de la convention collective issue d’une offre qu’il recommandait de rejeter. Réunis en assemblée à Trois-Rivières mardi, les quelque 900 travailleurs syndiqués ont voté à 79,8 % pour l’offre patronale finale déposée le 26 juin sous la menace de la fermeture des cuves restantes, que les cadres font fonctionner. Le taux de participation à cette assemblée est évalué à 88 %.

Ce règlement survient après deux offres rejetées, dont la plus récente, dite globale et finale, soumise en mars avait reçu un vote défavorable de 82 %. La première, faite en janvier 2018, avait été rejetée à plus de 80 % après un vote à 97 % accordant un mandat de grève. En avril dernier, une contre-proposition soumise par les syndiqués essuyait un refus de la direction, le tout ayant été suivi au cours du même mois par le rejet de l’hypothèse de règlement venant du ministre du Travail.

En ce qui concerne la dernière proposition dite finale présentée le mois dernier, « j’ai recommandé de rejeter cette offre qui se voulait irrespectueuse des travailleurs. Ils ont décidé autrement. Je respecte ce choix », a dit Clément Masse. À ses yeux, l’appui a été obtenu par épuisement. « La pression sociale était très forte. Elle venait de partout : du maire, du premier ministre, du ministre du Travail, du député, des réseaux sociaux… Et même, récemment, de Raymond Bachand, dans une lettre aux médias. S’ajoutent à cela la menace de fermeture et le fait que ce conflit était inégal, avec une partie patronale aux poches profondes. Je peux vous assurer que l’acceptation ne s’est pas faite de gaieté de coeur. »

L’employeur a présenté le 26 juin un contrat de travail d’une durée de six ans. Parmi les éléments compris dans la liste des améliorations depuis l’offre précédente de mars figure un protocole de retour au travail plus rapide, des limites concernant la sous-traitance, une injection de 8 millions dans le régime de retraite à prestations déterminées et le retrait d’un grief patronal de 19 millions. Le segment salarial demeurait inchangé, prévoyant des augmentations totales de 15,3 % sur six ans. Advenant l’acceptation de l’offre, « toutes les personnes actuellement en arrêt de travail auront un emploi lors du redémarrage de l’usine », avait souligné le président d’Alcoa Canada, Jean-François Cyr. La date de reprise des activités de l’aluminerie avait été fixée au 26 juillet, et 85 % des employés syndiqués seront de retour au travail dans les six mois qui suivent, selon M. Cyr.

« Ce n’est pas un bon contrat de travail », dit M. Masse. Tout au plus contient-il des avancées par rapport à la dernière offre patronale « et à l’hypothèse de règlement du ministre Boulet, qui était à certains égards pire que l’offre patronale de mars ». Mais il y a énormément de recul par rapport à la convention collective. « Sur les régimes de retraite, sur l’organisation du travail et des horaires, sur la sous-traitance, sur la libération syndicale… », énumère Clément Masse. Le protocole de retour au travail est également assorti d’un « paquet de conditions » qui rendent le processus arbitraire et composé d’éléments non couverts par la convention, quoiqu’il y ait amélioration par rapport à la version précédente, qui prévoyait de s’étirer sur plusieurs années avec droits syndicaux suspendus. « Beaucoup d’employés vont demeurer sans travail, donc sans salaire et sans assurance, pendant plusieurs mois encore. J’interpelle donc le ministre Jean Boulet à tenir cette promesse qu’il a faite de venir en aide aux travailleurs touchés », dit M. Masse.

Le ministre du Travail se disait soulagé mardi du règlement et proposait l’accompagnement de son ministère dans l’exercice de réconciliation et de rétablissement des liens de confiance entre les parties déchirées par ce long conflit.

En réaction, chez Québec solidaire, le responsable en matière de travail, Alexandre Leduc, retenait également le thème de la pression sociale. « Bas prix de l’aluminium, clause de force majeure dans le contrat d’Hydro-Québec, stratégie d’usure de la partie patronale, bris de promesse et propos inexacts répétés par le premier ministre : le contexte était aride pour les travailleurs d’ABI. » Il a relevé le fort appui syndical et la résilience des travailleurs en lockout, qui sortent malgré tout d’un conflit « avec une entente contenant moins de reculs que celle proposée précédemment par l’employeur et par l’hypothèse de règlement du ministre du Travail ».

« Le côté positif de cette aventure est cette grande solidarité syndicale exprimée par plus de 500 sections locales, accompagnée d’une aide financière venant même du Guatemala », retient Clément Masse.