L’UE-MERCOSUR prend forme

L’UE et le MERCOSUR échangent annuellement 88 milliards d’euros de biens, avec une balance très légèrement favorable aux Européens.
Photo: Juan Mabromata Agence France-Presse L’UE et le MERCOSUR échangent annuellement 88 milliards d’euros de biens, avec une balance très légèrement favorable aux Européens.

Âprement négocié depuis 20 ans, l’accord commercial conclu vendredi entre l’UE et le MERCOSUR (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay) sera l’un des plus importants du monde. Mais les deux parties ont dû faire des concessions pour s’entendre.

Si l’on prend en compte le PIB de tous les pays concernés, l’accord conclu par l’UE en 2018 avec le Japon est légèrement plus important (19 500 milliards d’euros) que celui avec le MERCOSUR (18 000 milliards d’euros).

Mais en matière de population, l’accord UE-MERCOSUR est numéro un (770 millions de personnes) devant le celui avec le Japon (630 millions). L’UE et le MERCOSUR échangent annuellement 88 milliards d’euros de biens, avec une balance très légèrement favorable aux Européens (+2,5 milliards d’euros).

Ces échanges situent le MERCOSUR entre l’Inde et le Canada, aux alentours de la 10e place parmi les principaux partenaires commerciaux de l’UE. Mais ils restent modestes par rapport aux 675 milliards d’euros échangés chaque année par les Européens avec les États-Unis, leur premier partenaire. L’UE est à l’inverse le deuxième partenaire commercial du MERCOSUR, derrière la Chine.

L’accord négocié par la Commission avec le MERCOSUR doit maintenant obtenir l’approbation des 28 États membres, ce qui n’est pas une mince affaire dans un contexte européen tendu, où l’opinion s’interroge sur le bien-fondé du libre-échange et son impact sur le climat, y compris dans les pays traditionnellement favorables au commerce.

En 2016, la Belgique avait à elle seule failli faire capoter la signature de l’accord commercial avec le Canada, le très controversé AECG. Mais la volonté de placer l’UE en championne du libre-échange face aux États-Unis de Donald Trump, engagés dans une guerre commerciale, en particulier avec la Chine, pourrait jouer en faveur d’une validation rapide.

À contre-courant

Car l’accord va à contre-courant de la vague protectionniste alimentée par Donald Trump depuis deux ans.

« Dans un contexte de turbulences et de tensions géopolitiques, le message transmis par cet accord est qu’il y a encore des gens qui tablent sur plus de collaboration renforcée et plus d’ouverture commerciale », s’est félicitée auprès de l’AFP Arancha Gonzalez, directrice du Centre du commerce international, une agence conjointe de l’Organisation mondiale du commerce et de l’ONU, basée à Genève.

À un moment où les échanges commerciaux sont en berne, « il s’agit d’un signal fort que d’annoncer un accord comme celui-là au cours du sommet du G20 où Donald Trump et le président chinois, Xi Jinping, doivent se rencontrer samedi en pleine guerre commerciale », a expliqué à l’AFP une source européenne.

« Il ne faut pas oublier que plusieurs des États du G20, dont le Japon, qui accueille cette année le sommet, ont signé le Partenariat transpacifique » et ont décidé d’aller de l’avant sans les États-Unis, a rappelé Mme Gonzalez.

Le Canada, qui a conclu l’AECG avec l’UE, est aussi présent, a-t-elle rappelé.