Rachat de Transat par Air Canada: quel effet sur les emplois?

Transat compte environ 5000 employés, dont 50 % sont syndiqués
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Transat compte environ 5000 employés, dont 50 % sont syndiqués

Même si Air Canada dit vouloir maintenir le siège social de Transat et sa marque, l’annonce d’une entente formelle entre les deux entreprises soulève des questions sur la suite des choses, selon des experts, notamment au chapitre de l’intégration des effectifs. L’union des forces pourrait-elle aboutir à des abolitions de postes ?

« Air Canada pourrait vouloir, pour un certain temps, laisser Transat fonctionner de façon indépendante », dit le professeur en gestion du transport Jacques Roy, de HEC Montréal. « Surtout qu’intégrer des employés avec des conventions collectives différentes, ce n’est pas de tout repos. Air Canada a vécu ça avec Canadien international au début des années 2000 et ç’a été extrêmement laborieux. »

Cela ne veut pas dire qu’il ne pourrait pas y avoir « de petites incursions dans la gestion » de Transat, ajoute M. Roy. « On peut penser à toutes sortes de fonctions : les gens qui s’occupent de la tarification, des horaires, etc. Il y a sûrement des synergies à mettre en oeuvre là. On peut imaginer qu’il y a une certaine consolidation de ces activités. Est-ce que ça entraînera des mises à pied ? Il faudra voir. »

Transat compte environ 5000 employés, dont 50 % sont syndiqués, indique le rapport annuel 2018 de la compagnie. Ces syndiqués sont couverts par six conventions collectives différentes.

Conventions collectives

Dans un bref communiqué, le Syndicat canadien de la fonction publique, qui représente 9500 agents de bord chez Air Canada/Rouge et 2000 chez Transat, a promis jeudi de s’assurer que « les conventions collectives négociées avec les deux compagnies aériennes continuent d’être respectées ».

Je pense que là où il va y avoir une rationalisation, s’il y en a une, ça va être dans le personnel administratif au siège social, par exemple d’Air Transat

« Je pense que là où il va y avoir une rationalisation, s’il y en a une, ça va être dans le personnel administratif au siège social, par exemple d’Air Transat », croit Mehran Ebrahimi, professeur et directeur du Groupe d’étude en management des entreprises de l’aéronautique (GEME Aéro) de l’UQAM.

Quant à d’autres catégories, la situation ne sera peut-être pas la même. Les deux flottes d’avions, par exemple, ne sont pas identiques, ce qui entraîne des besoins différents dans l’embauche de mécaniciens, a-t-il fait remarquer.

De manière générale, les dernières années ont été très rentables pour l’industrie de l’aviation civile, mais un éventuel ralentissement pourrait entraîner des surprises : les transporteurs pourraient alors être tentés de réduire leurs effectifs pour contrôler les coûts, ajoute Jacques Roy.

Il faudra également surveiller les conséquences de l’examen du Bureau de la concurrence sur les stratégies d’Air Canada. Cet examen prévu par la loi doit analyser la transaction et ses impacts sur la compétition.

Pour les destinations transatlantiques pendant l’été, la création d’une entreprise regroupant Air Canada et Transat aurait pour effet de concentrer 62 % des parts de marché dans les mains d’une seule entreprise.

Si jamais Air Canada décidait de réduire le nombre de vols sur une ou l’autre des destinations communes, rien n’empêcherait un concurrent de combler le vide, estime M. Roy, en mentionnant notamment Air France et British Airways.

« C’est un peu ce que le Bureau de la concurrence va devoir étudier. »