Un accès encore plus difficile à l'assurance-emploi pour les travailleurs à faible revenu

D’environ 80% durant la période allant des années 1960 aux années 1990, la proportion de chômeurs ayant droit à l’assurance-emploi a été coupée de moitié ensuite avec le resserrement des règles du programme.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir D’environ 80% durant la période allant des années 1960 aux années 1990, la proportion de chômeurs ayant droit à l’assurance-emploi a été coupée de moitié ensuite avec le resserrement des règles du programme.

Déjà restreint pour l’ensemble des chômeurs, l’accès aux prestations d’assurance-emploi se révèle encore plus difficile pour les travailleurs à faible revenu, rapporte une étude.

Il est désormais bien connu que moins de la moitié des chômeurs au Canada parviennent à se qualifier pour recevoir de l’assurance-emploi, rappelle d’entrée de jeu une étude du Centre canadien de politique alternative (CCPA) qui doit être dévoilée jeudi. Ce taux de couverture moyen, qui s’élevait à 42 % en 2017, cache toutefois un fossé immense entre les travailleurs gagnant 15 $ l’heure ou moins — avec seulement 28 % — et les autres, où cette proportion atteint 65 %.

Cet écart s’explique principalement par les règles de fonctionnement des secteurs économiques où se concentrent les travailleurs à faible revenu. Plus de la moitié d’entre eux au Canada se retrouvent en effet dans les domaines du commerce de détail et de l’hébergement et des services de restauration où, entre la moitié et les deux tiers des travailleurs gagnent 15 $ l’heure ou moins. Ces secteurs sont notamment marqués par de fortes proportions (de 33 % à 41 %) d’emplois à temps partiel et de plus courtes durées moyennes d’embauche (de 22 à 38 mois) que dans l’ensemble des industries (59 mois), deux facteurs qui viennent compliquer la capacité des travailleurs à remplir les conditions minimales leur permettant de se qualifier pour des prestations d’assurance-emploi.

Que ceux qui se rassureraient en se disant qu’il est sûrement question, ici, « d’adolescents qui vont à l’école et qui habitent encore chez leurs parents » se détrompent, dit l’étude du CCPA, un centre de recherche de gauche basé à Toronto. Moins de 13 % des travailleurs à faible revenu sont des étudiants à temps plein. Il s’agit bel et bien de travailleurs, majoritairement féminins (59 %), qui, en plus d’occuper le bas de l’échelle salariale, se trouvent dans des secteurs où la présence syndicale est trois fois plus faible que la moyenne canadienne (11 %, contre une moyenne canadienne de 30 %), ce qui se traduit généralement aussi par moins d’avantages sociaux et moins de contrôle sur son horaire.

Plus large part du revenu

Ironiquement, comme les règles de l’assurance-emploi prévoient que tous les travailleurs y contribuent jusqu’à l’atteinte du plafond du maximum de salaire assurable, ces travailleurs à faible revenu versent au programme une plus large proportion de leurs revenus d’emploi (1,8 %) que les autres travailleurs canadiens (1,1 %) même s’ils en bénéficient finalement moins qu’eux.

« Il existe un décalage entre les règles d’admissibilité à l’assurance-emploi et la réalité du travail faiblement rémunéré », résume dans un communiqué l’auteur de l’étude et chercheur principal au CCPA, Ricardo Tranjan. « Les travailleurs à faible revenu contribuent de manière significative au programme d’assurance-emploi et à l’économie, mais sont largement laissés à eux-mêmes lorsqu’ils doivent faire face à l’adversité. »

D’environ 80 % durant la période allant des années 1960 aux années 1990, la proportion de chômeurs ayant droit à l’assurance-emploi a été coupée de moitié ensuite avec le resserrement des règles du programme. Passée sous la barre des 40 % à la fin du règne du gouvernement conservateur à Ottawa, elle a légèrement remonté de quelques points depuis.

Réforme

Le CCPA admet volontiers que des progrès ont été faits depuis 2015 en matière notamment de réduction de la période d’attente, d’assouplissement des prestations parentales et d’adaptation aux besoins des secteurs des pêches et de la forêt. Il serait temps, dit-on, d’en faire de même pour les travailleurs à faible revenu.

Les conditions d’admissibilité qui fixent un nombre minimal d’heures travaillées plus élevé dans les villes (700 heures) que dans certaines régions plus éprouvées par le chômage (420 heures) s’avèrent « particulièrement discriminatoires » pour les travailleurs urbains des secteurs de la vente au détail et de la restauration, fait-on valoir. Par exemple, il n’en coûterait pourtant que de 1,2 % à 1,7 % de prestations de plus par année pour ramener tout le monde à l’exigence la plus basse.