ABI fait une offre finale aux Métallos

Les 1030 travailleurs d’ABI ont été mis en lockout par la direction le 11 janvier 2018.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Les 1030 travailleurs d’ABI ont été mis en lockout par la direction le 11 janvier 2018.

La direction de l’Aluminerie de Bécancour inc. (ABI) a présenté aux Métallos mercredi une offre « globale et finale » en envisageant de fermer les dernières cuves toujours en activité si les syndiqués décidaient de la rejeter.

Détenue à 75 % par le géant américain Alcoa, ABI estime avoir fait des ajustements substantiels par rapport à l’offre soumise en mars que les employés, en lockout depuis un an et demi, avaient alors refusée à 82 %.

Selon la p.-d.g. d’ABI, Nicole Coutu, l’offre est une « ultime tentative pour parvenir à régler le conflit et obtenir un nouveau contrat de travail ». Lors d’une conférence de presse à Trois-Rivières — la toute première de l’employeur depuis le début du conflit —, Mme Coutu a précisé qu’« aucune meilleure offre ne sera faite ».

Parmi les éléments présentés par la partie patronale comme des améliorations depuis l’offre de mars, il y a un protocole de retour au travail plus rapide, des limites autour de la sous-traitance et une injection de 8 millions dans le régime de retraite à prestations déterminées. La portion salariale est la même : la proposition porte sur des augmentations totales de 15,3 % sur six ans.

ABI a aussi mentionné l’idée d’abandonner la poursuite de 19 millions intentée contre le syndicat pour des gestes survenus dans les semaines précédant le lockout, déclenché le 11 janvier 2018 après le rejet d’une offre patronale.

« Nous devons parvenir à une résolution, maintenant. Cette usine doit améliorer sa productivité et rattraper le retard qu’elle a sur l’industrie. Le contrat proposé assurera sa pérennité », a dit Mme Coutu.

Les 1030 employés syndiqués qui travaillaient au sein de l’usine en janvier 2018 sont aujourd’hui environ 900, selon la p.-d.g. d’ABI. L’établissement, plus grand employeur du secteur privé de la région, entraîne des retombées économiques d’un demi-milliard par année. La part de 25 % qui n’est pas détenue par Alcoa repose entre les mains de Rio Tinto Alcan.

Le gouvernement Legault a mis sur pied un conseil de médiation comprenant notamment Lucien Bouchard à l’automne 2018, mais les efforts visant à rapprocher les parties ont échoué.

« On va étudier l’offre et on va la présenter à nos membres dans les prochains jours », a dit le président de la section locale 9700 des Métallos, Clément Masse, aux médias locaux rencontrés après une réunion avec la partie patronale en matinée. « D’ici là, on ne fera aucun commentaire, par respect pour nos membres. »

ABI souhaite que le syndicat lui revienne avec la réponse des membres d’ici le 5 juillet.

Suspension des opérations

Dans l’éventualité où ces employés syndiqués choisissaient de ne pas donner leur approbation à l’offre, la compagnie pense à la suite des choses. « Si l’offre est rejetée, on va devoir faire des plans pour la suspension des opérations, qui inclut la fermeture des cuves, a dit le président d’Alcoa Canada, Jean-François Cyr. Après 18 mois, on est à la croisée des chemins et il faut entrevoir cette éventualité. »

Le ministre du Travail, Jean Boulet, a souvent répété qu’il ne souhaite pas imposer une solution. Par ailleurs, le lancement d’un processus d’arbitrage doit d’abord bénéficier de l’appui des deux parties.

M. Boulet a tenté de dénouer l’impasse en avril avec une « hypothèse de règlement ». Cependant, le document a vite été rejeté par les Métallos, lesquels l’ont simplement décrit comme étant un « copier-coller » de l’offre patronale du 4 mars.

« Ce que je souhaite, c’est que les salariés aient l’opportunité de s’exprimer librement et volontairement et qu’ils analysent de façon sérieuse cette offre-là », a dit M. Boulet sur les ondes de Radio-Canada mercredi. Lorsqu’il compare l’offre présentée mercredi avec ce que la partie patronale a déposé en mars et ce que le ministre lui-même a soumis dans son hypothèse de règlement, « il y a eu des améliorations », a-t-il dit. Celles-ci « apparaissent assez significatives ».

Selon Jean-François Cyr, l’offre est « raisonnable et équitable ». Selon lui, le protocole de retour au travail a été resserré et prévoit que 85 % des syndiqués seraient de retour au boulot dans les six mois suivant le redémarrage du 26 juillet. « Tout le monde sera de retour dans les huit mois, ce qui est plus tôt que ce que prévoyait notre offre du 4 mars. » L’entreprise dit aussi vouloir limiter « davantage » la sous-traitance par rapport à sa dernière proposition.