Quel sera l’effet de l’arrivée de Mitsubishi sur le secteur aérospatial québécois?

Un avion Bombardier CRJ-900 de la société Eurowings, filiale de Lufthansa, atterrit à l'aéroport de Toulouse-Blagnac, en 2014.
Photo: Pascal Pavani Agence France-Presse Un avion Bombardier CRJ-900 de la société Eurowings, filiale de Lufthansa, atterrit à l'aéroport de Toulouse-Blagnac, en 2014.

L’arrêt du programme CRJ dans la deuxième moitié de 2020 marque la fin d’une époque, mais l’arrivée de Mitsubishi dans le paysage québécois pourrait ouvrir les portes de l’Asie aux actuels fournisseurs de Bombardier, croit la présidente de la grappe Aéro Montréal. Et qui sait, donner une longueur d’avance au Québec si jamais la compagnie japonaise voulait un jour construire une chaîne de montage nord-américaine pour son nouvel avion régional.

« C’est une bonne nouvelle pour l’écosystème québécois », a dit lors d’un entretien la présidente de l’organisme, Suzanne Benoît. « Le fait que ce soit MHI [Mitsubishi Heavy Industries] qui prenne ça, ça vient ouvrir de nouveaux marchés. On sait que le marché asiatique va se développer énormément, et ça va permettre à certaines de nos entreprises d’être plus visibles et d’entrer dans l’écosystème de MHI. »

 
550 millions $US
C’est le montant que paiera Mitsubishi pour acquérir le programme d’avions régionaux CRJ de Bombardier.

L’avion régional SpaceJet, qui se décline en deux versions de 76 et 88 sièges avec un moteur provenant de Pratt & Whitney, devrait normalement être mis en service l’an prochain. Assemblé au Japon, l’appareil représente pour Mitsubishi, déjà présent dans les secteurs de l’automobile, de l’énergie et du navire, un premier grand pas comme constructeur aéronautique.

Le Québec compte environ 42 000 travailleurs dans l’industrie, qui fait face à une rareté de main-d’oeuvre de plus en plus criante. Selon le ministère de l’Économie, environ 185 entreprises du Québec agissent comme fournisseurs pour les grands maîtres d’oeuvre de l’industrie aérospatiale. Ces PME savent depuis longtemps que le programme CRJ arrivait à la fin de sa vie, insiste Suzanne Benoît.

« Ça fait dix ans qu’on en parle. On leur disait qu’il fallait travailler sur de nouveaux clients », a dit Mme Benoît. « Dans 18 mois, quand le programme va s’arrêter, les compagnies ne fermeront pas. La demande est tellement forte, l’industrie roule à plein régime, on a besoin de main-d’oeuvre, et les compagnies refusent des contrats. » Les 400 personnes dont le poste ne sera pas transféré chez Mitsubishi « vont se replacer rapidement ».

L’enjeu de la main-d’oeuvre

Si l’on estime que l’industrie québécoise devra pourvoir 37 000 postes d’ici 2028, le chiffre pour le Canada au complet avoisine 50 000 postes « dans les prochaines années », selon les prévisions de l’Association des industries aérospatiales du Canada (AIAC). Dans un document dirigé par Jean Charest afin de sensibiliser les partis fédéraux à l’absence d’une stratégie pancanadienne sur l’aérospatiale, l’AIAC a fait de la formation un enjeu central, lequel ne sera résolu que si l’on redouble les efforts afin d’attirer des travailleurs et de faciliter l’immigration.

Depuis 2012, selon l’AIAC, « l’emploi dans le secteur de la fabrication aérospatiale au Canada a diminué de 5 % », alors que sa « contribution au PIB a aussi diminué de 4 % ».

2 commentaires
  • Gilles Bonin - Inscrit 26 juin 2019 02 h 47

    Enrichir

    les gros actionnaires dont les Baudoin-Bombardier et «tiens-toé!» pour une autre tranche de l'aéronautique du Québec. D'ici 20 ans, l'aéronautique au Québec et à Montréal ne sera plus qu'un épiphénomène. Et Armand Bombardier sera retourné à son hangar de petit inventeur car le reste de l'entreprise va prendre le même chemin avec ces «brillants» administrateurs qui la gère.

  • Serge Lamarche - Abonné 26 juin 2019 19 h 22

    $550 millions

    Pour quelque chose tellement haut de gamme, il me semble que c'est pas cher. Un oléoduc qui ne fait que transporter du bitume s'est vendu à $4,5 milliards.
    Et c'est quoi l'idée de vendre Bombardier par sections comme ça? Faudrait-il créer une autre entreprise québécoise de l'aéronautique? Il semble y avoir toute l'expertise requise...