Retour des déficits structurels à Québec dès cette année

Eric Girard a rapporté vendredi que ses surplus budgétaires devraient s’élever à 4,4 milliards au terme de l’exercice financier terminé le 31 mars, soit 1,9 milliard de plus que prévu.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Eric Girard a rapporté vendredi que ses surplus budgétaires devraient s’élever à 4,4 milliards au terme de l’exercice financier terminé le 31 mars, soit 1,9 milliard de plus que prévu.

Québec replongera dans les déficits budgétaires structurels dès cette année, estime une étude.

L’économie québécoise croît, depuis deux ans, à un rythme supérieur à sa capacité fondamentale à long terme, constate la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke dans une étude qui doit être dévoilée mercredi. Un gouvernement qui se fierait à cette vitesse de croisière insoutenable pour équilibrer son budget s’engagerait sur une voie bien incertaine.

Ces conclusions prennent des allures de mise en garde quelques jours seulement après l’annonce par le ministre des Finances de surplus budgétaires presque deux fois plus importants que prévu l’an dernier. Eric Girard a rapporté vendredi que ses surplus budgétaires devraient s’élever à 4,4 milliards au terme de l’exercice financier terminé le 31 mars, soit 1,9 milliard de plus que prévu, même après le versement de 3,5 milliards au Fonds des générations. Il avait alors expliqué qu’environ la moitié des revenus inattendus depuis un an était le fait de facteurs « ponctuels et non récurrents » alors que l’autre moitié devait être consacrée aux mesures annoncées dans son budget du mois de mars et sa mise à jour financière de l’automne. Il n’a pas dérogé de l’engagement de son gouvernement d’équilibrer son budget jusqu’en 2024.

Importante transparence

Tout le monde comprendra l’importance de distinguer les déficits et les surplus attribuables aux aléas de la conjoncture économique et ceux qui découlent d’une mauvaise adéquation générale entre les revenus et les dépenses, a fait valoir en entretien téléphonique au Devoir le professeur Luc Godbout, coauteur, avec Julie S. Gosselin, de l’étude qui compare le Québec aux neuf autres provinces canadiennes. Les gouvernements le font pourtant rarement.

« C’est la première fois que j’entends le gouvernement du Québec statuer publiquement sur les déficits conjoncturels et structurels, a-t-il dit des déclarations de vendredi du ministre Girard. C’est une bonne nouvelle. C’est quand même fondamental de savoir où on se situe par rapport à notre potentiel de croissance économique avant de poser des gestes permanents comme une hausse des dépenses ou une baisse des impôts. »

Un retour en arrière montre comment, depuis au moins 1981, les déficits structurels étaient la règle au Québec, bien plus que les déficits conjoncturels, jusque vers la fin des années 90 et, notamment, la quête du fameux déficit zéro du gouvernement Bouchard. Ils sont réapparus par la suite au début des années 2000, puis de nouveau après la crise de 2008, avant de disparaître en 2015.

Mieux au Québec... pour l'instant

Aujourd’hui, le Québec s’en tire mieux que les autres provinces. L’Ontario a connu des déficits structurels bien plus marqués à la suite de la dernière crise et n’en est toujours pas ressorti. La Colombie-Britannique, de son côté, tient ses maigres surplus seulement à une conjoncture favorable, alors qu’en l’Alberta, l’essentiel des déficits n’a rien à voir avec le passage à vide de son économie.

Inspirée notamment par des travaux de l’OCDE et du directeur parlementaire du budget à Ottawa, l’étude de la Chaire en fiscalité ne se projette pas à plus long terme. La Chaire le faisait toutefois dans une autre étude mettant en garde contre l’impact sur les finances publiques du vieillissement de la population québécoise, qui ne fera pas seulement exploser les dépenses en santé, mais qui plombera aussi la croissance économique et, par conséquent, les revenus de l’État de 2022 à 2058.