Bombardier vend le programme CRJ à Mitsubishi

Environ 400 personnes devront se chercher un nouvel emploi en raison de la vente du programme d’avions régionaux CRJ, a indiqué le président de Bombardier, Alain Bellemare, mardi, en conférence de presse à Mirabel.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Environ 400 personnes devront se chercher un nouvel emploi en raison de la vente du programme d’avions régionaux CRJ, a indiqué le président de Bombardier, Alain Bellemare, mardi, en conférence de presse à Mirabel.

Après avoir cédé le contrôle des appareils CSeries et vendu l’unité qui assemble les Q400, voilà que Bombardier tourne une autre page de son histoire, et non la moindre : l’entreprise laissera entre les mains du groupe japonais Mitsubishi son programme d’avions régionaux CRJ, qui a fait sa gloire dans les années 1990 au moment où l’industrie aérospatiale du Québec prenait son élan.

Mitsubishi, qui mettra son propre avion régional en service l’an prochain, paiera 550 millions $US en argent comptant pour le programme, auquel elle s’intéresse pour le réseau de service à la clientèle et d’entretien que Bombardier a déployé au fil des années. L’entreprise japonaise prendra aussi en charge des dettes d’environ 200 millions $US.

Environ 1600 personnes travaillent actuellement au sein du programme, dont le volet assemblage prendra fin dans la deuxième moitié de 2020, lorsque les 42 appareils devant encore être assemblés auront été livrés aux clients. Mirabel compte 700 de ces employés, dont 300 seront transférés chez Mitsubishi.

En fin de compte, 400 personnes devront donc se chercher un nouvel emploi, ce qui pourrait se faire au sein de Bombardier ou d’Airbus, ou dans l’industrie, a indiqué le président de Bombardier, Alain Bellemare, en conférence de presse à Mirabel.

La transaction est du type « gagnant-gagnant », a dit M. Bellemare. Le sort du programme n’est « pas triste », a-t-il dit. Depuis son arrivée aux commandes de Bombardier en 2015, la direction a voulu donner la priorité aux gammes de produits « qui ont un futur ». Aujourd’hui, « le secteur des avions d’affaires, c’est le coeur de Bombardier », selon M. Bellemare. Cette unité comprend 17 000 employés. L’autre axe de priorité est la division Transport.

« On a eu une belle ride avec le CRJ. On doit en être vraiment fiers. Je pense qu’il faut voir ça de manière positive. Bombardier a créé le segment des avions régionaux. On a produit 2000 avions depuis 25 ans. »

Caractérisé par des avions de 70 à 90 places, le programme CRJ reposait sur une plateforme « qui vieillissait » et avait de la difficulté à vendre ses appareils. Les coûts étaient élevés, a aussi dit M. Bellemare. Celui-ci avait indiqué en novembre 2018 que Bombardier explorait ses options stratégiques pour le programme. Dans le cadre des recherches, d’autres acheteurs potentiels se sont présentés, mais Mitsubishi était le plus logique.

Acquisitions

Plus précisément, Mitsubishi fera l’acquisition des « activités de maintenance, de soutien, de remise à niveau, de marketing et de vente relatives aux avions CRJ Series, y compris les activités du réseau de service et de soutien situées à Montréal, à Toronto, à Bridgeport (en Virginie-Occidentale) et à Tucson (en Arizona), ainsi que les certificats de type ».

La transaction, croit Mitsubishi, contribuera à « fournir aux compagnies aériennes un nouveau potentiel de rentabilité » de même qu’une « nouvelle norme en expérience passager ». Le programme SpaceJet de Mitsubishi a connu des retards, mais le lancement devrait normalement avoir lieu en 2020. Cette famille d’avions se décline en deux versions pour l’instant : 76 ou 88 sièges.

Inquiétudes

Inquiète depuis des mois en raison notamment des liens entre Bombardier et de multiples fournisseurs au Québec, l’Association internationale des machinistes et des travailleurs de l’aérospatiale (AIMTA) a indiqué mardi matin que l’annonce « pourrait bien avoir des impacts sur l’ensemble de l’industrie aérospatiale québécoise ». Le syndicat a rappelé qu’il existe une « entente de réciprocité négociée par l’AIMTA afin d’installer des passerelles entre Bombardier et Airbus ».

« C’est la fin d’une époque et c’est extrêmement malheureux », a affirmé le coordonnateur québécois des machinistes, David Chartrand. « Cela dit, c’est certain que nous demandons d’avoir une rencontre avec Mitsubishi afin de voir s’il a l’intention de s’impliquer davantage dans l’écosystème aérospatial québécois. » Il dit en avoir glissé un mot au ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon.

Tout en rappelant que c’est une « transaction que tout le monde attendait », le ministre, en entrevue à Radio-Canada, s’est dit heureux de voir que des centaines d’employés de Bombardier seront repris par Mitsubishi tandis que les autres « devraient tous se relocaliser dans le secteur aérospatial ici au Québec ». « Alors, a-t-il ajouté, je pense qu’on va protéger nos emplois. »

La transaction prévoit aussi que Bombardier conservera « certains passifs représentant une partie des garanties de crédit et de valeur résiduelle » d’environ 400 millions. Un analyste de Valeurs mobilières Desjardins a calculé que l’« impact net » sur le bilan de Bombardier sera donc de 150 millions, mais que la transaction est positive.

Dans les heures ayant suivi l’annonce, à la Bourse de Toronto, l’action de Bombardier a grimpé de 2,7 % à 2,25 $. Le cours a fondu de moitié depuis l’été 2018.


2 commentaires
  • Alain Lavallée - Inscrit 26 juin 2019 10 h 12

    La fin de l'aviation commerciale au Québec: une des causes, le manque de soutien du gouv. du Canada

    Dans une grande entrevue accordée à LA Presse ce matin. L'ex-VP de Bombardier , Yvan Allaire a dit clairement que l'une des causes de la fin de l'aviation commerciale au Québec (avec la vente du programme CRJ) a été l'absence de soutien du gouvernement du Canada. Voici l'extrait:

    """Est-ce un manque de soutien du gouvernement qui est en cause ?

    Le gouvernement provincial a fait ce qu'il avait à faire avec les ressources qu'il avait. Le gouvernement fédéral a été assez hésitant et, finalement, n'a pas abouti à grand-chose.

    Contrairement à l'industrie automobile de l'Ontario, pour laquelle un soutien implacable du gouv. du Canada a été accompagné des ressources financières nécessaires, il n'y avait pas de volonté du fédéral de faire survivre l'industrie de l'aviation commerciale au pays."""" (sous entendu au Québec, chez Bombardier")

  • Alain Lavallée - Inscrit 26 juin 2019 10 h 22

    Fin de cette aventure au QUébec: à placer dans les coûts du fédéralisme canadien

    Comme le dit Dave Chartrand: ""« C’est la fin d’une époque et c’est extrêmement malheureux »""

    et l'une des causes de cette fin c'est le manque de soutien du gouvernement du Canada à Bombardier dans le cadre de la Serie C .

    Une fois la Serie C donnée à Airbus le programme CRJ ne pouvait que tomber.

    Comme je l'ai longuement analyser il faut ranger ce manque de soutien à l'industrie aérospatiale majoritairement localisée au Québec dans les coûts du fédéralisme pour le Québec.

    https://alainlavallee.com/bombardier-c_series-couts-federalisme-canadien/