Trump accuse la Fed de freiner l’économie américaine

Depuis fin 2015, voulant enfin s’éloigner des taux d’intérêt à zéro, la Banque centrale a augmenté le coût du crédit à neuf reprises d’un quart de point de pourcentage (0,25%) entre fin 2015 et décembre 2018.
Photo: Karen Bleier Agence France-Presse Depuis fin 2015, voulant enfin s’éloigner des taux d’intérêt à zéro, la Banque centrale a augmenté le coût du crédit à neuf reprises d’un quart de point de pourcentage (0,25%) entre fin 2015 et décembre 2018.

Le président américain, Donald Trump, a accusé la Réserve fédérale américaine (Fed) de freiner l’économie américaine, qui selon lui pourrait caracoler à 5 % de croissance et prolonger encore la plus longue période d’expansion de son histoire.

Donald Trump, qui vise un second mandat en 2020, a sévèrement pris à partie la Banque centrale américaine lundi, l’accusant d’être un « enfant têtu » qui refuse de baisser les taux d’intérêt pour stimuler la croissance et contrer les concurrents des États-Unis.

Dans deux tweets au ton cinglant, le président américain fulmine contre la Fed qu’il accuse de « ne pas savoir ce qu’elle fait », d’être « un enfant têtu » et d’« avoir tout raté ! ».

Il reproche à l’institut d’émission d’avoir augmenté les taux d’intérêt « beaucoup trop vite » et affirme que si elle avait pris les bonnes décisions l’indice boursier Dow Jones « afficherait des milliers de points de plus et le PIB [grimperait] de 4 voire 5 % ».

 

 

La croissance a atteint 3,1 % au 1er trimestre, le rythme le plus fort en quatre ans, alors que l’économie américaine aura atteint en juillet la plus longue expansion de son histoire.

Elle était sortie en juin 2009 d’une sévère récession dans le sillage de la crise financière liée aux crédits immobiliers à risque (« subprime »).

Depuis fin 2015, voulant enfin s’éloigner des taux d’intérêt à zéro, la Banque centrale a augmenté le coût du crédit à neuf reprises d’un quart de point de pourcentage (0,25 %) entre fin 2015 et décembre 2018.

Se situant autour de 2,50 %, ces taux au jour le jour qui influencent tous les types de crédit sont au plus haut depuis dix ans, mais encore historiquement bas.

Période électorale

Ces tours de vis de 2018 ont provoqué l’ire du président, qui est officiellement entré en campagne électorale alors qu’un ralentissement de la croissance se profile aux yeux de nombreux économistes.

Selon JPMorgan Chase, il y a près d’une chance sur deux (45 %) pour que la première économie mondiale entre en récession l’année prochaine.

« Alors qu’on célèbre la plus longue expansion économique (10 ans en juin), on ne doit pas oublier que l’économie a maintenant largement dépassé son point d’inflexion », notaient les économistes d’Oxford Economics lundi.

« Avec la dissipation du stimulus budgétaire [des réductions massives d’impôts], l’affaiblissement de la croissance mondiale et les tensions commerciales élevées, le risque d’un ralentissement prononcé en 2020 n’est pas négligeable », ont-ils souligné.

Alors que la Maison-Blanche prévoit plus de 3 % de croissance pour 2019, la Fed est restée dans ses projections, autour de 2,1 % cette année et de 2 % en 2020.

Le président n’évoque jamais un ralentissement mais a contrario une poussée de croissance empêchée par la Fed. Depuis déjà un an, rompant avec la tradition d’un respect de l’indépendance de la Banque centrale, il a traité la Réserve fédérale de « folle » et maintenant « d’enfant récalcitrant » parce qu’elle n’a pas encore baissé les taux, alors que l’inflation ne se manifeste pas.

Combattre une trop forte hausse des prix est la mission principale de la politique monétaire de la Fed.

Tout en laissant pour l’instant les taux en l’état, Jerome Powell et son Comité monétaire ont laissé entendre la semaine dernière qu’ils n’écartaient plus l’idée d’un assouplissement de la politique monétaire, notamment si l’inflation restait à des niveaux aussi bas et si la guerre commerciale avec la Chine s’enflammait davantage.

La « patience » vis-à-vis d’un geste sur les taux n’est plus de mise dans le langage officiel du traditionnel communiqué de la Fed. M. Powell a pour sa part indiqué mercredi que « ce qui interviendra sur le dossier commercial de même que les inquiétudes sur la croissance mondiale sont dans nos esprits ».

Le patron de la Banque centrale, pourtant choisi par M. Trump lui-même, est désormais dans le viseur du président qui a récemment démenti avoir voulu le ramener au rang de simple gouverneur. Mais dans un entretien à la chaîne NBC dimanche, il a brandi cette épée de Damoclès : « je serais dans la capacité de le faire si je voulais mais je ne l’ai pas suggéré », a-t-il assuré.