Une taxe carbone ne sera pas suffisante

Le Canada est en train de complètement rater ses cibles de réduction de GES annoncées dans le cadre de l’Accord de Paris bien qu’elles soient plus modestes que celles de nombreux pays en voie de tenir promesse.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Le Canada est en train de complètement rater ses cibles de réduction de GES annoncées dans le cadre de l’Accord de Paris bien qu’elles soient plus modestes que celles de nombreux pays en voie de tenir promesse.

Le temps n’est plus, pour le Canada, à se demander s’il devrait avoir une taxe carbone ou adopter, à la place, d’autres sortes de politiques de lutte contre les changements climatiques, préviennent les experts, mais d’augmenter le niveau prévu de sa taxe carbone ET de mettre en place toutes les autres mesures qui pourraient l’aider à rattraper son retard.

Les politiques du Canada en matière de changements climatiques ont occupé l’avant-scène cette semaine. Cela a commencé, mardi, avec la décision, largement anticipée, du gouvernement fédéral de donner le feu vert au controversé projet de pipeline Trans Mountain. Le lendemain, c’est l’opposition conservatrice qui dévoilait son plan de lutte contre les changements climatiques. Se faisant le porte-étendard des opposants à la taxe carbone fédérale, Andrew Scheer a promis d’abolir la mesure et de la remplacer notamment par des crédits d’impôt à la rénovation domiciliaire verte et l’obligation pour les entreprises les plus polluantes d’investir dans des technologies vertes.

Rappelons que, selon les chiffres qu’il rapportait lui-même à l’ONU en avril, le Canada est en train de complètement rater ses cibles de réduction de gaz à effet de serre (GES) annoncées dans le cadre de l’Accord de Paris, bien qu’elles soient plus modestes que celles de nombreux pays en voie de tenir promesse. Pourtant, l’enjeu « est le plus grand défi existentiel de notre époque », répétait, le mois dernier, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, lors du dévoilement d’une analyse d’une centaine de pages sur le sujet.

Taxe carbone et compagnie

Visant à indiquer aux gouvernements des moyens pratiques d’aider leurs pays à réduire leurs GES, l’analyse du FMI constatait notamment « un consensus de plus en plus large » autour de l’idée « que la tarification du carbone est l’instrument le plus efficace pour atténuer les changements climatiques » en raison de son impact au quotidien sur les décisions des plus grandes entreprises aux plus humbles consommateurs. Une taxe sensiblement inférieure à 35 $US la tonne (en dollars de 2015, soit environ 50 $CAN) serait suffisante pour que la plupart des pays du G20, Chine et États-Unis compris, tiennent leurs engagements pour 2030.

Mais il y a un problème. Même si elles étaient tenues, les promesses actuelles nous permettraient, au mieux, de limiter le réchauffement prévu « au niveau effrayant de 3 degrés Celsius, au lieu de l’objectif de 1,5 à 2 degrés figurant dans l’Accord de Paris ». Une taxe deux fois plus élevée pourrait être efficace dans plusieurs pays, au moins jusqu’en 2030, mais pas partout. Au Canada, où la taxe carbone fédérale s’élève actuellement à 20 $CAN et doit augmenter graduellement jusqu’à 50 $CAN en 2022, même une taxe de 70 $ US (100 $CAN) ne suffirait pas, ne serait-ce que pour atteindre ses modestes cibles de 2030, tellement le pays est sur une mauvaise trajectoire.

Dans tous les cas, les gouvernements devront multiplier les moyens d’action pour poursuivre leurs efforts, prévient le FMI. Il évoque entre autres le resserrement de la réglementation environnementale, l’aide à la recherche de nouvelles technologies, l’investissement dans des infrastructures vertes, une meilleure protection des forêts et la mise en place de règles forçant les investisseurs privés à mieux refléter et prendre en compte les enjeux de développement durable.

Tous ces outils d’intervention n’auront pas le même impact, admettent les experts du FMI. Ils estiment, par exemple, qu’un renforcement des règles d’efficacité énergétique dans l’ensemble des secteurs équivaudrait, au mieux, au Canada, au tiers de l’effet d’une taxe carbone de 100 $CAN.

Cadeaux aux énergies fossiles

Les gouvernements pourraient commencer par réduire leurs subventions aux énergies fossiles, rappelait l’OCDE mardi dans une étude déplorant une récente remontée à ce chapitre. Mais il n’y a pas que les subventions directes qui posent problème, observait le mois dernier une autre étude du FMI. En fait, si ces subventions directes sont généralement à la baisse et s’élevaient, au total, à 270 milliards $ US, ou 0,36 % du PIB mondial, en 2016, ces sommes sont 15 à 20 fois inférieures à celles assumées par les pouvoirs publics en coûts de santé, d’infrastructures et de pertes de revenus infligés par la pollution de l’air, la congestion routière ou encore les changements climatiques.

Au total, disait le FMI, il faudrait plutôt parler d’une aide gouvernementale de 5200 milliards, équivalant à 6,5 % du PIB mondial. Au Canada, cette aide s’élevait, en 2015, à 43 milliards, soit 2,7 % de l’économie et près de 1200 $ par personne.