Les compagnies aériennes s’élèvent contre une taxation climat

Des avions de différentes compagnies, stationnées à l’aéroport de Colomiers, près de Toulouse en France.
Photo: Remy Gabalda Agence France-Presse Des avions de différentes compagnies, stationnées à l’aéroport de Colomiers, près de Toulouse en France.

L’Association internationale du transport aérien (IATA, en anglais) dénonce le souhait allemand d’étendre à l’Europe l’application d’une taxe environnementale sur les billets d’avion. Concluant à l’inefficacité d’une approche qui soulève le doute chez les voyageurs, les transporteurs militent plutôt en faveur d’initiatives soutenant de nouvelles approches en matière de carburant, de fabrication des appareils et d’exploitation de la flotte.

L’IATA, qui représente 290 compagnies aériennes revendiquant 82 % du trafic aérien global, s’est exprimée mercredi contre le projet du gouvernement allemand d’introduire une taxe « climat » sur le billet d’avion avec, pour objectif, de rallier les autres pays de l’Union européenne. La France l’a également évoqué au début de juin, à l’occasion du Conseil des ministres des Transports de l’Union européenne, appelant à une taxation du transport aérien à l’échelle européenne « afin de renforcer la contribution de ce secteur à la transition énergétique », selon le principe de pollueur-payeur.

Dans sa réaction, l’IATA cite les conclusions d’un sondage indiquant que 64 % des répondants privilégient plutôt la voie d’un appui aux efforts de développement d’un carburant propre, 62 % priorisant l’aide à la recherche et développement de nouvelles technologies et d’un accroissement de l’efficacité opérationnelle. Ils ne sont que 22 % à soutenir l’application d’une taxe environnementale. Ce sondage a été réalisé en ligne auprès du public-passagers en Allemagne, en Suède, aux Pays-Bas et aux États-Unis.

Transmis aux voyageurs

S’il peut aller de soi que les voyageurs rechignent à l’idée de payer une taxe additionnelle sur leur billet, les résultats du second sondage, mené auprès de 5000 voyageurs aériens répartis entre la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Espagne et le Royaume-Uni, font plutôt ressortir le grand scepticisme des répondants de voir les gouvernements appliquer les recettes venant d’une telle taxe à des actions concrètes contre le réchauffement climatique. Le doute atteignait 81 % chez les répondants français, pour osciller entre 53 et 73 % chez les autres.

Au deuxième jour du Salon aéronautique du Bourget, sept des plus importants acteurs de l’industrie mondiale réaffirmaient lors d’une conférence commune leur engagement à tenir la promesse du secteur de stabiliser ses émissions de CO2 au niveau de 2020 avec, pour pièce maîtresse, la mise en place du Régime de compensation et de réduction de carbone pour l’aviation internationale (CORSIA, en anglais), alors que le transport aérien double tous les 15 à 20 ans.

L’aviation représente aujourd’hui 2 % des émissions globales de CO2 et 14 % de celles du secteur des transports. L’IATA a ajouté que les investissements en nouveaux avions ont permis de réduire les émissions par passager de moitié depuis 1990. Mais « la demande de transport aérien croit deux fois plus vite que l’économie », a enchaîné Grazia Vittadini, directrice de l’innovation chez Airbus. « Nous aurons peut-être deux fois plus d’avions dans 20 ans », cela représente 50 000 appareils dans les airs, et donc « deux fois plus » d’émissions de CO2. « Notre plus grand défi commun est de maîtriser cet impact. C’est une nécessité sociétale », a-t-elle ajouté.

Selon Greg Hyslop, le directeur technique de Boeing, chaque nouvelle génération d’avions permet une réduction à deux chiffres de la consommation de carburant. Ce qui n’empêche pas de reconnaître que les architectures actuelles d’avions et de moteurs ne sont plus suffisantes pour résoudre l’équation.