Un chômage en veilleuse au Québec

Selon la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, le Québec connaît la pénurie de main-d’œuvre la plus sévère au Canada, avec un taux de postes vacants atteignant les 4,1% dans le secteur privé au premier trimestre.
Photo: iStock Selon la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, le Québec connaît la pénurie de main-d’œuvre la plus sévère au Canada, avec un taux de postes vacants atteignant les 4,1% dans le secteur privé au premier trimestre.

L’emploi qui se porte bien au Québec et le chômage qui établit, pour sa part, de nouvelles marques à la baisse. Bref, c’est l’ensemble du marché du travail qui affiche de la vigueur dans cette démographie placée sur le thème du vieillissement, dans cette conjoncture dominée par une pénurie de main-d’oeuvre poussant les postes vacants à leur record.

Mardi, l’Institut du Québec (IdQ) publiait un rapport proposant une observation plus élargie de la qualité du marché du travail au Québec. « Les taux d’emploi des travailleurs de 25 à 54 ans, des femmes, des jeunes, des immigrants et des personnes plus âgées atteignent des sommets. Le travail à temps partiel involontaire est aussi en recul, les inégalités de revenus restent plus faibles au Québec qu’en Ontario, et même les salaires augmentent plus vite que l’inflation », lit-on dans le texte du Devoir. En avril, le taux de chômage est tombé à 4,9 %, sous la barre des 5 % pour la première fois depuis 1976, soit depuis que ces données sont compilées, rappelait mercredi l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), qui ajoute : « En 2018, le nombre de chômeurs se fixe pour la première fois sous la barre des 250 000. »

Dans sa note de juin, l’ISQ propose une comparaison avec le portrait du chômage d’il y a 20 ans. On dénombrait 375 000 chômeurs en 1998, année où le taux de chômage atteignait les 10,3 %, contre 247 000 en 2018 et un taux de chômage de 5,5 %, sur une population active de 3,5 millions contre 4,5 millions aujourd’hui. Selon les groupes d’âge, le recul est généralisé sauf dans le segment des 55 ans et plus, qui voit ainsi sa part plus que doubler sur l’horizon, d’une personne sur dix à une sur cinq. La diminution se vérifie également davantage parmi les personnes cherchant un emploi à temps plein. Ce faisant, la part des personnes reluquant un emploi à temps partiel passe de 15,9 à 28,3 %.

Dans sa comparaison sociodémographique, l’ISQ souligne que les chômeurs sont plus scolarisés, plus de la moitié d’entre eux détenant au minimum un diplôme d’études postsecondaires, contre un tiers en 1998. Aussi, la durée moyenne du chômage s’est fortement résorbée, passant de 30,8 à 18,7 semaines.

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Autre élément d’intérêt, le rapport greffe à la population de chômeurs n’entrant pas dans la définition officielle, soit les personnes découragées ou n’étant pas à la recherche active d’un emploi tout en désirant travailler, et le temps partiel involontaire. « Pourtant, ces personnes ont, comme les chômeurs, un besoin d’emploi qui n’est pas satisfait. » L’ISQ compte 143 000 personnes travaillant involontairement à temps partiel et 64 000 personnes désirant travailler sans avoir cherché activement de travail, constituant ainsi une main-d’oeuvre potentielle. Là encore, leur nombre a diminué par rapport à 1998. « Le nombre de personnes travaillant involontairement à temps partiel a reculé de 24 %, moins rapidement que le nombre de chômeurs (–34 %). À l’inverse, le nombre de personnes composant la main-d’oeuvre potentielle a diminué plus rapidement, de 44 %. »

Ce portrait de 2018 et sa comparaison sur 20 ans doivent être mis dans la perspective des 1,2 million de personnes à remplacer sur le marché québécois du travail au cours des dix prochaines années. Et dans une conjoncture de postes vacants à leur record. La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante soulignait la semaine dernière que le Québec vivait la pénurie de main-d’oeuvre la plus sévère au Canada, avec un taux de postes vacants atteignant les 4,1 % dans le secteur privé au premier trimestre, un record. Les postes à pourvoir toucheraient les 120 800, contre 314 200 dans le reste du Canada.

Ratissant plus large, Statistique Canada chiffrait mardi à 506 000 le nombre de postes vacants sur l’ensemble canadien au cours des trois premiers mois de 2019, en hausse de 9,6 % par rapport au premier trimestre de 2018. L’Enquête sur les postes vacants et les salaires de l’agence fédérale retenait pour le Québec un chiffre de 114 215, en hausse de 23 % sur un an.