Bombardier CRJ: les Machinistes inquiets des répercussions potentielles de la vente

L’intérieur d’un entrepôt de fabrication d’avions de Bombardier, à Toronto
Photo: Aaron Vincent Elkaim La Presse canadienne L’intérieur d’un entrepôt de fabrication d’avions de Bombardier, à Toronto

Au-delà d’un impact potentiel sur les emplois, le spectre de la vente du programme d’avions CRJ à la société japonaise inquiète aussi le syndicat des Machinistes en raison des liens entre Bombardier et la constellation de sous-traitants au Québec.

Ces craintes exprimées mercredi surviennent dans la foulée d’une entrevue donnée par le président de Bombardier à La Presse+, au cours de laquelle il a dit qu’« on arrive à un point où le niveau d’incertitude est très élevé, avec nos employés d’abord, mais aussi avec les clients et les fournisseurs ».

Il y a maintenant sept mois que Bombardier a annoncé que son programme d’avions régionaux de 70 à 90 places, son grand succès des années 1990 et 2000, cherchait un partenaire ou un acheteur.

Conclusion à venir

Le site spécialisé The Air Current a rapporté il y a deux semaines que Bombardier est présentement en discussion avec Mitsubishi, ce que l’entreprise montréalaise a rapidement confirmé.

« Je dirais que les discussions progressent. On a vu la réaction de l’industrie après la rumeur, les gens pensent qu’il y a une entente possible qui serait intéressante pour Mitsubishi, et qui peut aussi être bonne pour nous, qui peut être profitable pour tous. Je ne pense pas que ça va tarder, j’aimerais prendre une décision sur le futur du programme CRJ dans les prochaines semaines », a ajouté le président de Bombardier, Alain Bellemare, à La Presse+.

Si la transaction avait bel et bien lieu, elle « pourrait devenir encore plus préoccupante si elle nous expose à des pertes de contrats pour les équipementiers ou les fournisseurs québécois », selon le coordonnateur québécois du syndicat des Machinistes, David Chartrand.

« On comprend que le CRJ est en fin de vie, mais il y a des occasions qui se présentent pour Mitsubishi, a dit M. Chartrand en entrevue. Pourquoi ne pas être proactif, approcher Mitsubishi et voir s’il y a des moyens de les attirer pour avoir une chaîne d’assemblage [de leurs appareils] à Mirabel ? »

Travailleurs concernés

C’est le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, qui devrait lancer un appel du côté de la société japonaise, selon M. Chartrand, qui entendait s’entretenir avec lui mercredi soir au Salon aéronautique du Bourget, en France.

Le programme CRJ compte environ 600 à 800 employés syndiqués auprès des Machinistes, sans compter ceux qui travaillent au sein des nombreux fournisseurs, de même que les cadres.

Mitsubishi met la dernière touche à son premier appareil, le SpaceJet, qui devrait normalement être mis en service l’an prochain après plusieurs retards. La société vise notamment le marché américain, très lucratif. Ce programme est en développement depuis plusieurs années et constitue pour l’entreprise japonaise, déjà impliquée dans l’assemblage de moteurs, une nouvelle avancée dans le secteur aérospatial.

Le nouvel appareil, qui doit être assemblé au Japon, se décline en deux versions, selon les informations de Mitsubishi : 76 ou 88 sièges. Le moteur provient de Pratt & Whitney, partenaire de longue date de Bombardier. L’appareil consomme 20 % moins de carburant que les avions régionaux des concurrents, affirme Mitsubishi en ajoutant qu’il est aussi plus silencieux.

En vue du lancement, le groupe japonais est en train de mettre sur pied un réseau de service à la clientèle, un processus qui se fait avec Boeing et la société montréalaise CAE.

À ce jour, la société japonaise a reçu un peu plus de 200 commandes fermes pour la version de 88 sièges, de même que près de 200 options. Au Salon du Bourget, la compagnie a indiqué qu’une troisième version un peu plus longue serait prête en 2023.