Les tarifs douaniers inquiètent les entrepreneurs américains

Jusqu’à présent, les droits de douane ont augmenté sur plus de 250 milliards de dollars de marchandises chinoises mais cela n’a pas encore entraîné une hausse de prix importante des biens de consommation.
Photo: Justin Sullivan Getty Images / Agence France-Presse Jusqu’à présent, les droits de douane ont augmenté sur plus de 250 milliards de dollars de marchandises chinoises mais cela n’a pas encore entraîné une hausse de prix importante des biens de consommation.

Les entrepreneurs américains comptent donner de la voix lors d’auditions organisées par le gouvernement américain à partir de lundi, contre une éventuelle nouvelle vague de droits de douane sur les importations chinoises.

Au cours de ces audiences publiques de sept jours à Washington, les entreprises américaines devraient lancer des avertissements, craignant licenciements, manque à gagner et pertes de parts de marché. Si certaines industries, comme la production d’acier et d’aluminium, ont bénéficié de la politique commerciale du président Donald Trump et soutiennent fermement les droits de douane, la majeure partie lui demande d’épargner les importations dont elles dépendent.

S’ils entraient en vigueur dans le sillage de l’interruption des négociations avec Pékin en mai, les nouveaux droits de douane sur 300 milliards de dollars de marchandises signifieraient que la totalité des plus de 500 milliards de dollars de biens achetés par les États-Unis à la Chine chaque année serait taxée. Dans une lettre adressée jeudi à M. Trump, des centaines d’entreprises américaines — dont les géants de la distribution Target et Wal-Mart — ont averti que cette nouvelle salve pourrait coûter deux millions d’emplois et réduire la croissance du PIB américain d’un point de pourcentage.

Jusqu’à présent, les droits de douane ont augmenté sur plus de 250 milliards de dollars de marchandises chinoises mais cela n’a pas encore entraîné une hausse de prix importante des biens de consommation. Pour William Reinsch, expert au Center for Strategic and International Studies, les nouvelles taxes risquent d’affecter davantage les consommateurs. « Contrairement à la fois précédente, je pense qu’il y aura une vive réaction négative du public », a-t-il déclaré à l’AFP. « Si ces mesures entrent en vigueur en juillet, il y aura des hausses assez immédiates du prix de nombreux produits, au moment où les gens font leurs achats pour la rentrée. »

Le président américain espère trouver une solution lors de la rencontre prévue avec son homologue chinois, Xi Jinping, fin juin au sommet du G20 au Japon. Wilbur Ross, son secrétaire au Commerce, a toutefois tempéré les espoirs d’une solution en indiquant dimanche à Paris qu’« au mieux », les deux hommes tomberaient d’accord « pour reprendre les discussions ». « Ce n’est pas au niveau présidentiel qu’ils vont discuter des détails de l’application d’un accord », a-t-il indiqué dans une entrevue au Wall Street Journal.

Plus de 300 personnes doivent témoigner à Washington lors des audiences publiques. Et le bureau du représentant américain au Commerce a aussi recueilli plus de 1200 commentaires écrits.

« Nous ne sommes pas en mesure de transférer rapidement toute la fabrication vers d’autres pays fournisseurs, ce qui va entraîner une hausse des prix pour le consommateur américain moyen », a averti Patrice Louvet, p.-d.g. de Ralph Lauren. Le géant des services pétroliers Halliburton a mis en garde contre des suppressions d’emplois et une réduction de l’exploration pétrolière et gazière si les droits de douane devaient augmenter de 25 % sur la barytine, un minéral crucial utilisé dans les fluides de forage dont la Chine possède les plus grandes réserves.

Les petites entreprises se sont également manifestées. « Le secteur de la distribution s’apprête à subir un grand coup et nous prions pour que le gouvernement actuel consulte Dieu », a confié un importateur de sièges et d’arbres de Noël artificiels du Kentucky.

Thé chinois

Lu Yu, vice-présidente de la Chambre de commerce chinoise des produits alimentaires, a estimé que taxer le thé chinois n’avait aucun sens : « Les États-Unis ne sont pas un pays producteur de thé. » « L’industrie du thé des États-Unis n’a pas besoin d’être protégée par des droits de douane », a-t-elle ajouté.

Kevin Hassett, conseiller économique en chef sur le départ du gouvernement Trump, a assuré à CNBC vendredi que la rencontre entre MM. Trump et Xi pourrait apporter des améliorations rapides. « L’espoir est que lors du G20, les deux présidents puissent commencer à se rapprocher du point où ils étaient il y a quelques mois, alors que nous étions vraiment proches d’un accord », a-t-il déclaré.

Le spectre de l’impact des nouveaux droits de douane sur le portefeuille des consommateurs constitue aussi un danger politique pour Donald Trump. Des sondages réalisés par les universités de Monmouth et de Quinnipiac en mai montrent qu’une majorité d’Américains désapprouve sa politique commerciale.

Selon M. Reinsch, le président Trump se retrouvera face à un dilemme dans la mesure où il est improbable que Pékin accepte ses exigences les plus strictes. « Le président a le choix : accepter un accord plus faible ou poursuivre la guerre », a-t-il souligné. « Il n’y a pas de solution facile en vue. »