L’industrie aérospatiale pourrait connaître un déclin, prévient l’AIAC

Le pays compte environ 500 petites et moyennes entreprises dans le secteur, selon l’Association des industries aérospatiales du Canada.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Le pays compte environ 500 petites et moyennes entreprises dans le secteur, selon l’Association des industries aérospatiales du Canada.

L’industrie aérospatiale canadienne risque d’être doublée par des concurrents étrangers si le gouvernement n’en fait pas une « priorité urgente » et ne collabore pas davantage avec le secteur, fait valoir un rapport dévoilé lundi par l’Association des industries aérospatiales du Canada (AIAC).

Selon le document rédigé par l’ancien premier ministre du Québec Jean Charest, de nouveaux engagements en matière de financement, l’achat de matériel de défense essentiellement canadien et le recrutement de nouveaux talents dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre sont essentiels pour freiner le déclin.

« Nous avons besoin de beaucoup plus de gens dans l’industrie », a expliqué M. Charest à La Presse canadienne, depuis la France, avant l’ouverture du Salon international de l’aéronautique et de l’espace de Paris-Le Bourget. « Nous essayons clairement d’influencer les dirigeants de la prochaine campagne électorale fédérale. Nous ne nous en cachons pas. »

Inquiétude grandissante

Le rapport s’inscrit dans un contexte d’inquiétude grandissante quant à l’état de l’industrie, alors que Bombardier s’apprête à quitter le secteur de l’aviation commerciale et que la production mondiale d’avions se rapproche d’un duopole dominé par Boeing et Airbus. « La concurrence mondiale n’a jamais été aussi rude et nous nous trouvons à un tournant où le Canada doit intervenir ou risquer d’être laissé pour compte », a affirmé M. Charest.

Depuis 2012, les contributions du secteur aérospatial au Canada en emploi et en PIB ont diminué de 5 et 4 % respectivement, calcule le ministère de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique. L’industrie a créé 213 200 emplois l’année dernière et injecté 25,5 milliards dans l’économie, mais elle aura besoin de 50 000 travailleurs supplémentaires dans les quelques prochaines années, indique le rapport, en insistant sur le besoin de talents.

Soutien à la défense nationale 

L’AIAC appelle à la mise en place d’un système national de coordination des stages en coopération, à une immigration accélérée des travailleurs qualifiés de l’aérospatiale et à un partenariat avec les parties prenantes pour créer des centres de formation nationaux. Le rapport recommande également de lancer une « stratégie industrielle en soutien à notre défense nationale » et de réorganiser le processus d’approvisionnement afin de le rendre accessible tant aux petites entreprises qu’aux géants de l’industrie.

« Nous avons jonglé avec l’idée d’une [campagne de type] “Achetez au Canada” », a expliqué M. Charest. Toutefois, environ 40 % des exportations aérospatiales et de la recherche et développement au Canada sont effectués par des sociétés étrangères telles que Pratt & Whitney et Bell Helicopter, a-t-il souligné. Le rapport propose plutôt une approche « Achetez pour le Canada », qui encourage des achats plus « stratégiques ».

La concurrence mondiale n’a jamais été aussi rude et nous nous trouvons à un tournant où le Canada doit intervenir ou risquer d’être laissé pour compte

« Bombardier n’est plus la principale entreprise du secteur de la fabrication d’aéronefs au Canada », a observé Robert Kokonis, président de la société de conseil torontoise AirTrav, mais cela n’est pas désastreux pour les Canadiens, a-t-il fait valoir. Le Canada compte environ 500 petites et moyennes entreprises aérospatiales, selon l’AIAC. Des sociétés de premier plan telles que les québécoises CAE et Heroux-Devtek, la britanno-colombienne Longview Aviation Capital — qui s’est récemment emparée du programme Q400 de Bombardier — et l’ontarienne Magellan Aerospace témoignent toutes de la présence de l’aérospatiale en sol canadien.

Entre-temps, Bombardier continue d’accroître la production du Global 7500, « un avion de premier plan dans le monde », entré en service en décembre.

Le rapport AIAC évalue le marché du transport aérien à 10 000 milliards de dollars. Les pays concurrents traditionnels de l’industrie aérospatiale tels que les États-Unis, la France et le Royaume-Uni conservent de lourdes parts du gâteau, mais les nouveaux entrants affamés tels que l’Inde, le Vietnam et Singapour se présentent également à table.