Climat: la finance a un rôle à jouer, mais des efforts seront nécessaires

Le mois dernier, la Banque du Canada a établi les changements climatiques comme sources de risques pour le système financier, notamment les manifestations de phénomènes atypiques et extrêmes comme les inondations.
Photo: Biju Boro Agence France-Presse Le mois dernier, la Banque du Canada a établi les changements climatiques comme sources de risques pour le système financier, notamment les manifestations de phénomènes atypiques et extrêmes comme les inondations.

L’économie canadienne a ce qu’il faut pour contribuer à la transition énergétique mondiale, mais il faudra nécessairement tisser des liens plus forts entre le monde des affaires, le gouvernement et la société civile afin d’accélérer le mouvement, a souligné vendredi un groupe d’experts, dont les 15 recommandations ont été saluées par le milieu financier.

Si Ottawa a mis en place un plan de lutte contre les changements climatiques de manière à réduire les émissions, « le rôle des marchés financiers pour stimuler ce changement n’est toujours pas entièrement mis à profit », a indiqué le Groupe d’experts sur la finance durable, créé en 2018, dans son rapport final de 70 pages. « La finance ne résoudra pas le problème des changements climatiques, mais celle-ci a un rôle essentiel à jouer pour soutenir l’économie réelle tout au long de la transition. »

Un rapport d’étape avait été présenté en octobre 2018. Parmi les 15 recommandations dévoilées vendredi figurent l’établissement de pratiques claires sur ce que doivent divulguer les entreprises au chapitre des risques climatiques, la création d’un « centre canadien d’information et d’analyse climatiques », qui serait l’autorité en matière de données, l’intégration des risques climatiques à la surveillance du système financier et l’appui au secteur des hydrocarbures pour qu’il réduise ses émissions.

Le rapport survient un mois après que la Banque du Canada eut décidé d’établir les changements climatiques comme sources de risques pour le système financier. L’institution a indiqué que ces risques sont d’une double nature, d’abord pour les manifestations de phénomènes atypiques et extrêmes, puis pour le risque associé à la transition énergétique. La création du groupe s’inscrit aussi dans la foulée des travaux d’un comité sur la divulgation des risques climatiques pour le monde financier, dirigé par l’ancien maire de New York, Michael Bloomberg.

Faciliter l’accès aux données

L’idée du centre d’analyse sur le climat avancée par le Groupe d’experts est venue du fait que les données sont actuellement éparpillées un peu partout. « L’accès à ces données est ardu et coûteux pour les grandes institutions, et le coût est souvent prohibitif pour les plus petites institutions, a-t-il écrit. Il n’existe à peu près aucun outil pour faire ressortir les conséquences concrètes de cette information pour une entreprise, une ville ou un portefeuille donné. »

Le rapport mentionne également que la notion d’investissement durable devrait dorénavant faire partie de l’ordre normal des choses au sein des pratiques d’investissement des gestionnaires.

« Pour que le Canada atteigne ses objectifs à long terme, la finance durable doit devenir simplement la finance, peut-on lire. En d’autres termes, les occasions liées aux changements climatiques et la gestion des risques doivent aller de soi dans le domaine des services financiers et s’intégrer aux décisions, aux produits et aux services d’affaires courants. »

Initiative saluée

Le groupe était composé de Tiff Macklem, ancien numéro deux de la Banque du Canada, Kim Thomassin, première vice-présidente aux affaires juridiques de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Andrew Chisholm, membre du conseil d’administration de la Banque Royale, et Barbara Zvan, chef des risques et de la stratégie au Régime de retraite des enseignants de l’Ontario (Teachers).

Le rapport a rapidement été salué par l’Association pour l’investissement responsable, qui compte une centaine de membres institutionnels, comme toutes les grandes banques, la Caisse de dépôt, Desjardins, Addenda Capital, AGF, l’Industrielle Alliance et Jarislowsky Fraser.

CPA Canada, qui milite depuis plusieurs années pour une meilleure divulgation des risques climatiques dans les finances, a également applaudi aux travaux du Groupe d’experts.