Divergences sur la transition énergétique à la Conférence de Montréal

Les Émirats arabes unis visent à produire la moitié de leur énergie avec des sources renouvelables d’ici 30 ans.
Photo: Nasser Nasser Associated Press Les Émirats arabes unis visent à produire la moitié de leur énergie avec des sources renouvelables d’ici 30 ans.

De l’Alberta aux Émirats arabes unis, en passant par les vendeurs de pipelines et de panneaux solaires, tous se disaient d’accord, mercredi, à la Conférence de Montréal, sur la nécessité d’une transition vers les énergies renouvelables. C’est sur l’ampleur et le rythme de cette transition qu’ils divergeaient. Et pas toujours de la façon à laquelle on s’attendrait.

Se disant d’entrée de jeu bien conscient « de notre responsabilité à tous de contribuer à la lutte contre les changements climatiques », l’un des conférenciers vedettes à la dernière journée de la 25e édition de l’événement organisé par le Forum économique international des Amériques, le premier ministre albertain, Jason Kenney, s’est dépêché d’y apporter des nuances. « Il faut être réaliste. »

Il a d’abord rappelé que, selon les prévisionnistes, la demande d’énergie va augmenter de plus de 25 % au cours des 20 prochaines années dans le monde et que le pétrole, mais surtout le gaz, est destiné à répondre à une partie de cette hausse. Il a poursuivi en rappelant le poids dans l’économie et dans les revenus de l’État de l’industrie fossile au Canada, y compris au Québec, par l’entremise, notamment, des paiements de péréquation.

Après avoir vanté les progrès réalisés par son industrie en matière d’émission de GES par baril de pétrole produit, le nouveau premier ministre conservateur, en conflit ouvert avec les libéraux d’Ottawa et leurs règles environnementales, a fait valoir qu’il y a quand même des limites aux économies d’énergie qu’on peut espérer faire dans un pays nordique tel que le Canada. « Aucune taxe carbone ni restriction réglementaire n’obligera les Canadiens à geler dans le noir l’hiver. » De toute manière, le Canada ne compte que pour une infime proportion des émissions mondiales de GES, a-t-il ajouté. Et ces GES ne sont pas les seuls facteurs de développement durable dont il faudrait tenir compte quand on sait, par exemple, le peu de considération pour les droits de la personne qu’ont les pays du golfe Persique, la Russie ou le Venezuela.

Présidente et chef de la direction d’ATCO, une multinationale canadienne spécialisée dans la construction et la gestion d’infrastructures énergétiques, Nancy Southern en appelle à une extrême prudence dans le rythme et l’ampleur de la transition énergétique à venir. Après tout, l’industrie des énergies fossiles génère environ près de 500 milliards $US par année en Amérique du Nord et la valeur de l’ensemble des infrastructures énergétiques existantes s’élèverait à 4000 milliards. Il faut bien prendre garde, a-t-elle dit, de ne pas mettre nos économies « à genoux ». « Il faut rester pratique. »

Autre son de cloche

« Le premier ministre Kenney va devoir remettre de l’ordre dans ses chiffres », a déclaré Kerry Adler, président et chef de la direction de SkyPower, un important constructeur et opérateur de panneaux solaires à travers le monde. « On ne va pas continuer de polluer juste parce qu’on est pris avec des infrastructures existantes. Vos pipelines, vous les utiliserez pour exporter de l’eau potable. » Et puis, l’énergie solaire coûte déjà jusqu’à deux fois moins cher que l’électricité produite par les meilleures centrales au gaz, et le moment où la demande de pétrole va cesser d’augmenter est prévue en 2026.

À l’évidence, l’Alberta et le Canada tout entier ne réalisent pas l’ampleur des progrès qu’ils doivent réaliser s’ils veulent atteindre les niveaux de réduction requis pour sauver la planète, a observé Sean Kidney, cofondateur et chef de la direction de Climate Bonds Initiative, une organisation britannique qui cherche à canaliser l’investissement vers des projets d’infrastructures vertes. « Ils ne semblent pas voir non plus le fantastique potentiel économique que cela pourrait représenter » pour un pays aussi bien doté en ressources naturelles et en expertise technologique et qui abrite, par exemple, l’un des plus grands fabricants de trains au monde (Bombardier).

Du pétrole au solaire

Ayant une économie qui dépend pour plus du quart de ses exportations de pétrole et de gaz, les Émirats arabes unis ont bien l’intention, de leur côté, de ne pas manquer leur transition énergétique. « Il serait facile pour nous de nous asseoir sur les revenus de nos réserves, tranquilles, mais nous avons décidé de faire croître et de diversifier notre économie », a expliqué mardi son ministre de l’Énergie et de l’Industrie, Suhail Al Mazrouei. Pour ce faire, le pays s’est fixé pour objectif que, d’ici 30 ans, au moins la moitié de son énergie produite viendra de sources renouvelables. Et cette nouvelle énergie, principalement solaire, pourra être exportée dans les pays voisins, mais aussi jusqu’en Europe.