GES: la tarification carbone manque de mordant, dit la Banque mondiale

En Alberta, le nouveau gouvernement de Jason Kenney s’est donné comme objectif d'abandonner le programme de taxation fixé il y a deux ans à 30$ la tonne par le NPD de Rachel Notley.
Photo: Mark Ralston Agence France-Presse En Alberta, le nouveau gouvernement de Jason Kenney s’est donné comme objectif d'abandonner le programme de taxation fixé il y a deux ans à 30$ la tonne par le NPD de Rachel Notley.

Les pays ont encore beaucoup de chemin à faire pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris, car à peine 5 % des émissions polluantes sont couvertes par une tarification du carbone suffisamment vigoureuse pour avoir un effet de levier.

Dans son rapport annuel portant sur cette question, la Banque mondiale affirme que le nombre de systèmes de tarification a augmenté en 2018 et en 2019, mais que les prochains mois représentent une étape « cruciale » dans la mise en oeuvre de ces mécanismes qui figurent au coeur de la concertation mondiale.

« Nous sommes encore très loin d’où il faudrait être pour atteindre les objectifs de Paris », a écrit la Banque mondiale dans son rapport, dont la publication est passée inaperçue le 6 juin. « La couverture et les niveaux de prix de la tarification du carbone sont encore insuffisants. »

Sur les 185 parties prenantes qui ont soumis leurs « contributions déterminées au niveau national » — les objectifs de réduction d’émissions de chaque pays —, 96 ont indiqué qu’elles ont mis en place un système de tarification du carbone ou songent à le faire, soit 8 de plus que l’an dernier. Ces 96 participants comptent pour 55 % des émissions planétaires, a indiqué la Banque mondiale.

À l’heure actuelle, il y a dans le monde 57 systèmes de tarification en place ou en voie d’être lancés, 11 de plus que l’an dernier, en partie grâce à l’entrée en vigueur du plan du gouvernement Trudeau auquel participent plusieurs provinces. L’ensemble des systèmes couvre 20 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) et a permis aux gouvernements d’amasser 44 milliards, selon l’institution.

Nous sommes encore très loin d’où il faudrait être pour atteindre les objectifs de [l’Accord de] Paris

En analysant les systèmes dans le détail, la Banque mondiale en vient à la conclusion qu’ils manquent nettement de mordant. En ce moment, seulement 5 % des émissions (comparativement à 1 % l’an dernier) sont tarifées à un niveau qui s’inscrit dans les objectifs de l’Accord de Paris, soit entre 40 $ et 80 $US la tonne d’ici l’an prochain, et entre 50 $ et 100 $US d’ici 2030.

Or, pour la moitié des émissions mondiales couvertes, le prix de la tonne se situe en deçà de 10 $US. Lors des dernières enchères conjointes organisées par le Québec et la Californie, qui ont unifié leur système de plafonnement et d’échange de droits d’émissions il y a quelques années, les unités ont été vendues à 23,48 $ la tonne.

Refus de collaboration

Le plan du gouvernement Trudeau, entré en vigueur au mois de janvier 2019, consiste à fixer un prix initial de 10 $ la tonne en 2018, lequel augmentera de 10 $ par année pour atteindre 50 $ en 2022. Il s’agit là de la pièce maîtresse visant à réduire les émissions de 30 % d’ici 2030 par rapport au niveau de 2005.

Les provinces n’ayant pas encore de plan avaient l’obligation de s’en procurer un, à défaut de quoi le gouvernement fédéral se permettait d’imposer le sien. Certains gouvernements refusent de collaborer, comme l’Alberta, l’Ontario, le Nouveau-Brunswick et la Saskatchewan.

Le prix en Alberta, en vertu d’un programme instauré il y a deux ans par le Nouveau Parti démocratique de Rachel Notley, est de 30 $ la tonne ces temps-ci. Le nouveau gouvernement de Jason Kenney s’est toutefois donné pour objectif de l’abandonner.

En Europe, le prix d’une tonne a longtemps traîné sous les 10 euros, mais les autorités ont mis en oeuvre un train de mesures pour réformer le système afin de forcer une augmentation. Les prix se situaient l’an dernier entre 20 et 25 euros la tonne, a souligné la Banque mondiale.