Le p.-d.g. de SNC-Lavalin, Neil Bruce, prend sa retraite

Le p.-d.g. de SNC-Lavalin, Neil Bruce, a annoncé son départ à la retraite mardi après avoir affirmé il y a un mois qu’il n’entendait pas quitter son poste.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le p.-d.g. de SNC-Lavalin, Neil Bruce, a annoncé son départ à la retraite mardi après avoir affirmé il y a un mois qu’il n’entendait pas quitter son poste.

Déjà mouvementée, l’histoire de SNC-Lavalin prend une nouvelle tournure, le président Neil Bruce ayant décidé de prendre sa retraite au moment où l’entreprise, dont le cours de l’action a fondu de moitié depuis cet hiver, tente d’améliorer sa performance et fait face à la tenue d’un procès criminel.

Un mois après avoir exprimé aux journalistes sa fierté de diriger la firme de génie-conseil et affirmé qu’il n’entendait pas partir à ce moment-là, M. Bruce a cédé de manière immédiate mardi les commandes de l’entreprise dont il avait le contrôle depuis octobre 2015. Le poste est désormais occupé de façon intérimaire par Ian L. Edwards, chef de l’exploitation.

« M. Bruce quitte ses fonctions […] afin de retourner auprès de sa famille au Royaume-Uni », a indiqué SNC-Lavalin dans un communiqué. Âgé de 58 ans, l’Écossais sera conseiller auprès du conseil d’administration jusqu’à la fin de 2019. Il ne donnait aucune entrevue mardi.

L’annonce marque un nouveau chapitre pour SNC-Lavalin, qui a vécu des mois difficiles en raison des procédures judiciaires liées à des activités passées en Libye, des tensions diplomatiques entre le Canada et l’Arabie saoudite — qui représente 10 % de ses revenus — et de problèmes liés à un important contrat avec la société d’État chilienne spécialisée dans l’exploitation cuprifère. Cette société, Codelco, a résilié son contrat avec SNC-Lavalin.

Spectre du procès

« Je me mets à sa place », a dit Michel Magnan, titulaire de la Chaire de gouvernance d’entreprise Stephen-A.-Jarislowsky à l’Université Concordia. « Vous êtes p.-d.g. de l’entreprise. Des procès criminels contre des sociétés au Canada, ce n’est pas très courant. Comme p.-d.g., vous risquez fort d’être un des témoins importants, et ça va vous prendre toute votre énergie. Est-ce qu’il se sentait à l’aise dans ce rôle-là ? Le voulait-il ? C’est la question qu’on pourrait se poser. »

Compte tenu des nuages qui s’accumulaient, le cours de l’action a souffert depuis le mois de janvier. Il est passé d’environ 48 $ à un peu plus de 23 $, avant de remonter à 25,35 $ mardi matin grâce à un bond de 7 %. Dans le communiqué, M. Bruce dit qu’il « quitte une entreprise de plus grande taille, plus diversifiée, plus internationale que celle [qu’il a] connue à [son] arrivée, et qui a profondément intégré une approche en matière d’éthique reconnue mondialement ».

C’est le juge Claude Leblond, de la Cour du Québec, qui a déterminé le 29 mai dernier qu’il y avait une preuve suffisante pour justifier la tenue d’un procès criminel. Les chefs d’accusation portent sur des activités passées en Libye de 2001 à 2011.

Depuis le tout début, SNC-Lavalin affirme avoir fait des gestes concrets dès 2012 pour mettre en place un cadre d’éthique et de conformité. Lors de l’assemblée des actionnaires le mois dernier, M. Bruce a expliqué que les procédures portent sur des événements qui ont eu lieu il y a « sept à vingt ans ». « Nous sommes une entreprise très différente de celle de 2012 », a-t-il affirmé.

Le premier mandat de M. Edwards, a précisé l’entreprise, sera d’effectuer une « revue de la direction stratégique de l’entreprise et d’élaborer un plan pour assurer le succès durable » de SNC-Lavalin. M. Edwards avait déjà commencé ce travail. Aux yeux du président du conseil, Kevin Lynch, M. Edwards « sera le moteur d’une nouvelle orientation stratégique ».

Défis de performance

Dès le mois de mai, en marge de l’assemblée annuelle, SNC-Lavalin a indiqué qu’elle tentera de réduire son empreinte dans une quinzaine de pays afin d’améliorer ses rendements. La compagnie a aussi fait passer de sept à quatre le nombre de secteurs qui composent sa structure organisationnelle.

Au cours du premier trimestre de 2019, la compagnie a perdu 1,3 million alors qu’elle avait réalisé un profit de 78 millions l’an dernier. Ses revenus sont passés de 2,43 à 2,36 milliards sur la même période. « Nous sommes conscients que l’année 2019 aurait pu démarrer plus en douceur », a dit Neil Bruce aux actionnaires le 2 mai. « En plus des défis opérationnels que nous devons relever, nous avons toutes et tous subi les profondes répercussions du débat politique très médiatisé faisant référence à notre situation qui a continuellement fait les manchettes au Canada. »

Quant au président sortant, M. Lynch a souligné que Neil Bruce avait contribué à l’élaboration d’un « régime d’éthique et de conformité de calibre mondial » tout en jouant un « rôle de premier plan dans l’importante acquisition d’Atkins » et dans le renouvellement de la direction.

M. Edwards sera probablement confirmé dans ses fonctions, a estimé un analyste de Valeurs mobilières Desjardins, Benoit Poirier. Il est d’avis que l’annonce était plutôt prévisible compte tenu des difficultés que vivait l’entreprise depuis le début de l’année.