L’avenir de la croissance américaine s’assombrit

Le FMI s’est dit préoccupé par le fait que près de 45 millions d’Américains vivent toujours dans la pauvreté.
Photo: Spencer Platt Agence France-Presse / Getty Images Le FMI s’est dit préoccupé par le fait que près de 45 millions d’Américains vivent toujours dans la pauvreté.

L’économie américaine a démarré 2019 sur les chapeaux de roues, mais la conjoncture pourrait se détériorer en raison de l’intensification de la guerre commerciale menée par Donald Trump et d’une inflation toujours au ralenti malgré le plein-emploi.

Signe que l’horizon économique est loin d’être complètement dégagé, des responsables de la banque centrale ont laissé entendre cette semaine qu’une baisse des taux n’était plus à exclure pour soutenir la croissance.

Pour l’heure, le Fonds monétaire international (FMI) a revu à la hausse les prévisions de croissance de 2019 et de 2020 des États-Unis : +2,6 % cette année (+0,3 point) et +2 % (+0,1 point) l’an prochain, prenant acte d’une activité plus forte que prévu au premier trimestre. « Les risques sont globalement équilibrés », a résumé l’institution de Washington dans son rapport annuel sur la première économie du monde. Au mois de juillet, note-t-il, les États-Unis auront enregistré la plus longue période d’expansion de leur histoire, tandis que le taux de chômage reste exceptionnellement bas, et même inédit en 50 ans, à 3,6 %.

Pour autant, tous les économistes s’attendent à un ralentissement de l’économie américaine cette année, alors que les effets des mesures de stimulation de l’activité prises par le gouvernement Trump (baisse des impôts, investissements) s’estompent. Plus inquiétant, l’aggravation des tensions commerciales avec la Chine et un nouveau conflit avec le Mexique risquent de compromettre l’expansion.

Baisse du déficit commercial

La guerre des tarifs douaniers se ressent désormais dans les échanges, avec un déficit commercial qui a baissé de 2,1 % en avril par rapport au mois précédent, dont le chiffre a été révisé à la hausse (51,9 milliards contre les 50 milliards initialement annoncés). En avril, les exportations et les importations ont baissé dans les mêmes proportions (–2,2 %).

Fait marquant, le déficit des biens avec Pékin a rebondi de 7,6 % à 29,41 milliards, mais depuis le début de l’année, il s’inscrit en nette baisse de 10,8 %.

Il a nettement diminué avec le Canada (–32,2 %), avec le Mexique (–6,4 %) ainsi qu’avec l’Union européenne (–6 %).

Parmi les importations en diminution, le département du Commerce relève la baisse des biens de consommation, des voitures et des pièces automobiles ou encore des moteurs.

Dans son rapport de conjoncture publié mercredi, la Fed a en outre déjà fait état de baisses d’activité dans l’industrie manufacturière dans les régions de Boston et de Cleveland, tandis que, dans la région de Saint Louis, des baisses légères à modérées ont été constatées dans les secteurs bancaire, immobilier et agricole. La veille, son président, Jerome Powell, avait assuré qu’il surveillait « de près » les effets de l’intensification du conflit commercial et était, « comme toujours », prêt à agir « de manière à soutenir l’expansion » en abaissant les taux.

Il anticipait ainsi les recommandations de la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, qui a invité les décideurs du G20 « à se tenir prêts à agir » si la croissance s’avérait particulièrement décevante. Outre les incertitudes commerciales, le Fonds a mis en avant de nombreuses lacunes sur le plan social, en matière d’éducation et en matière de santé.

Pauvreté

« Les bénéfices de cette croissance enregistrée depuis une décennie n’ont pas été largement partagés », constate le FMI. Le PIB réel par habitant est à son plus haut niveau historique, mais un ensemble d’indicateurs sociaux donne une image plus préoccupante. « Le revenu médian des ménages américains, corrigé de l’inflation, n’est aujourd’hui que de 2,2 % supérieur à celui enregistré à la fin des années 1990 », alors que le PIB par habitant a augmenté de 23 %, détaille-t-il. De plus, les 40 % des ménages les plus pauvres ont un niveau de richesse nette inférieur à celui de 1983. Le taux de pauvreté reste proche de celui précédant la crise financière, avec près de 45 millions d’Américains vivant dans la pauvreté.

Le FMI souligne aussi que, si une part importante du PIB est consacrée à l’éducation comparativement aux pays de l’OCDE, les résultats en la matière sont « décevants ». Les États-Unis enregistrent en outre un taux élevé d’abandon scolaire à l’université, si bien que moins de la moitié des 25-34 ans disposent d’un diplôme de premier cycle. Et quand les jeunes font des études, c’est au prix d’un surendettement important.

« Il y a beaucoup de choses positives et de quoi être fier en ce qui concerne l’économie, mais si on regarde les indicateurs sociaux, il y a une grande marge d’amélioration », a résumé Christine Lagarde lors d’un point de presse.

La BCE reporte le moment de relever ses taux

La Banque centrale européenne a reporté jeudi à la mi-2020 le moment de relever ses taux, laissés depuis mars 2016 à leur plancher historique, tant les inquiétudes économiques s’accumulent en zone euro. Jusqu’en mars, la BCE promettait un statu quo monétaire « jusqu’à l’été 2019 » au moins, avant d’évoquer « la fin de 2019 » lors de ses deux dernières réunions, alors que les marchés tablaient d’ores et déjà sur une première hausse de taux à la mi-2020, voire en 2021. Les menaces protectionnistes « se sont intensifiées au-delà de ce que nous pensions en mars », a indiqué le président de l’institut, Mario Draghi, dans une allusion au durcissement du bras de fer entre Pékin et Washington, désormais bien loin de l’accord espéré depuis des mois par les milieux économiques. Plus largement, a souligné M. Draghi, la multiplication des conflits commerciaux met en question « tout l’ordre multilatéral dans lequel nous vivons depuis la Seconde Guerre mondiale », créant une inquiétude dépassant de loin l’impact immédiat sur la croissance. S’y ajoutent « l’incertitude sur la négociation du Brexit », renforcée par la démission de la première ministre britannique Theresa May, et « les fragilités de certains marchés émergents », a-t-il énuméré.