Mexique: Trump mis en garde par son propre parti

Le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnel, a affirmé sans détour qu’il s’opposait aux tarifs que le président souhaite imposer au Mexique.
Photo: Susan Walsh Associated Press Le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnel, a affirmé sans détour qu’il s’opposait aux tarifs que le président souhaite imposer au Mexique.

Le président américain, Donald Trump, faisait face mardi à une profonde opposition dans ses rangs républicains à la menace de tarifs douaniers contre le Mexique.

À Washington, la grogne était palpable dans les couloirs du Sénat contrôlé par les républicains, qui ont fait part sans détour à la Maison-Blanche de leur malaise sur cette initiative menaçant de frapper durement l’économie américaine. Prenant même de court ses alliés au Congrès, le milliardaire républicain a créé la surprise la semaine dernière en liant les dossiers du commerce et de l’immigration.

Engagés depuis dans des négociations, Washington et Mexico ont exprimé mardi des sensibilités bien différentes, à la veille d’un rendez-vous crucial à Washington entre le chef de la diplomatie mexicaine, Marcelo Ebrard, et son homologue américain, Mike Pompeo. Signe de l’importance donnée à cette réunion ? Elle est désormais prévue à la Maison-Blanche, sous la houlette du vice-président Mike Pence.

Les deux pays ont jusqu’à dimanche soir pour s’entendre s’ils veulent éviter une escalade qui inquiète les milieux économiques des deux pays et menace de perturber le processus de ratification du nouvel accord de libre-échange entre les États-Unis, le Mexique et le Canada. Le président de la Réserve fédérale américaine, Jerome Powell, a d’ailleurs mis en garde contre cette multiplication des fronts de la guerre commerciale, face à la Chine et au Mexique. « Nous surveillons de près l’impact que peuvent avoir les développements [dans ce domaine] sur les perspectives de croissance de l’économie américaine », a-t-il dit dans un discours à Chicago.

Pour la Banque mondiale, la persistance des tensions commerciales, l’accroissement de la dette publique ainsi qu’un ralentissement plus marqué que prévu dans plusieurs économies avancées imposent une révision à la baisse de ses prévisions de croissance dans le monde pour 2019 et 2020, qui va ralentir à 2,6 % cette année (–0,3 point par rapport aux prévisions de janvier) et atteindre 2,7 % en 2020 (–0,1 point).

Au Congrès américain, l’initiative de Donald Trump a provoqué une grande colère dans les rangs républicains. Le chef de sa majorité au Sénat, Mitch McConnell, l’a affirmé sans détour : « Nous ne soutenons pas les tarifs et nous espérons encore qu’ils puissent être évités. » Le malaise est tel que certains élus ont brandi la menace d’un vote pour bloquer cette mesure. Mitch McConnell, qui aurait le pouvoir d’autoriser un tel vote, a cependant esquivé cette hypothèse, en martelant qu’il espérait que les tarifs ne seraient tout bonnement pas appliqués.

Interrogé sur ce point à Londres, Donald Trump a estimé qu’il serait « insensé » pour les républicains de voter contre lui, compte tenu de son immense popularité auprès de la base républicaine. Une déclaration qui n’a rien fait pour apaiser les sénateurs de son camp. « J’espère que nous n’en arriverons pas là, mais nous verrons ce qu’il se passera si le président appuie sur la gâchette », a mis en garde le républicain Pat Toomey.