Nouvelles sanctions américaines contre Cuba

Washington accuse plus largement La Havane de jouer un «rôle déstabilisateur» en Amérique latine.
Photo: Yamil Lage Agence France-Presse Washington accuse plus largement La Havane de jouer un «rôle déstabilisateur» en Amérique latine.

Les États-Unis ont imposé mardi de nouvelles sanctions à l’industrie touristique cubaine, un secteur essentiel pour l’économie de l’île des Caraïbes accusée d’ingérence au Venezuela pour son soutien au régime du président Nicolas Maduro.

Washington, qui accuse plus largement La Havane de jouer un « rôle déstabilisateur » en Amérique latine, interdit désormais aux Américains de se rendre à Cuba en voyages de groupe. Les sanctions visent également les bateaux de croisière ou de plaisance et les avions privés ou commerciaux.

Ces sanctions « sont directement liées » à l’industrie touristique cubaine, déjà visée par de précédentes sanctions, a précisé le département d’État dans un communiqué. Les États-Unis « tiennent le régime cubain responsable de sa répression du peuple cubain, de son ingérence au Venezuela et de son rôle direct dans la crise orchestrée par Nicolas Maduro », selon la diplomatie américaine. « Ces actes aideront à garder les dollars américains hors de portée de l’armée, des services de renseignement et de sécurité cubains », a expliqué dans un autre communiqué le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin.

Ces mesures s’attaquent à un secteur clé pour le pays, alors que le nombre de touristes américains dans l’île a presque doublé entre janvier et avril par rapport à la même période en 2018. Cuba est soumise à un embargo américain depuis 1962, qui limite notamment les voyages des citoyens américains sur l’île communiste. Ils pouvaient néanmoins jusqu’ici s’y rendre pour 12 raisons différentes, notamment des projets professionnels, artistiques, sportifs, de « soutien au peuple cubain », ou encore des activités religieuses.

Collin Laverty, le président de Cuba Educational Travel, une agence de voyages spécialisée, a dénoncé « un spectacle politique » du président Trump destiné à la communauté exilée cubaine de Floride, un État qui pourrait faire basculer le scrutin « dans l’optique des élections de 2020 ». Le chef de la diplomatie cubaine, Bruno Rodriguez, a dénoncé sur Twitter la décision des États-Unis, qui ont « l’intention d’asphyxier l’économie et de nuire au niveau de vie des Cubains pour nous arracher des concessions politiques ». « Ils vont encore échouer », a-t-il prédit.

Mais pour le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, « Cuba reste communiste et les États-Unis, sous les précédents gouvernements, ont fait trop de concessions à l’un de nos adversaires historiques les plus agressifs ».

Les États-Unis ont ajouté en avril plusieurs sociétés cubaines sur leur liste noire d’entreprises qui ne peuvent pas bénéficier de transactions financières américaines directes, dont Gaviota, branche de l’armée cubaine consacrée au tourisme. Par ailleurs, Washington a activé début mai le chapitre III de la loi Helms-Burton qui permet aux exilés cubains de poursuivre devant les tribunaux américains les entreprises qui ont réalisé des gains grâce à des sociétés nationalisées après la révolution cubaine de 1959.

Bond des touristes américains

Le nombre de touristes américains à Cuba a bondi au cours des quatre premiers mois de l’année, malgré les relations de plus en plus tendues de l’île avec le gouvernement de Donald Trump, a annoncé un responsable cubain du secteur au début de mai. Avec 275 500 arrivées sur l’île entre janvier et avril (+93,5 % par rapport à la même période en 2018), les Américains occupent la deuxième place derrière les Canadiens, au nombre de 624 530 (+3 %), avait indiqué Michel Bernal, directeur commercial du ministère du Tourisme, cité par le journal d’État Granma. Il rappelait que « Cuba était toujours le seul pays au monde où les citoyens américains ne peuvent pas faire de tourisme librement ».

Au total, 1,9 million de touristes se sont rendus à Cuba durant cette période de quatre mois, soit une hausse de 7 % par rapport à 2018. Cuba, qui a fait du tourisme l’une de ses grandes priorités, espère recevoir 5 millions de visiteurs cette année.