L’idée d’une récession mondiale évoquée à Wall Street

Morgan Stanley a indiqué qu’elle verrait une récession mondiale «d’ici neuf mois» si le président Donald Trump applique des tarifs douaniers sur de nouveaux produits chinois.
Photo: Drew Angerer Getty Images/AFP Morgan Stanley a indiqué qu’elle verrait une récession mondiale «d’ici neuf mois» si le président Donald Trump applique des tarifs douaniers sur de nouveaux produits chinois.

L’escalade potentielle des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine commence à influer sur les prévisions de certaines institutions, celles-ci ne voyant d’autre choix que de réviser leurs attentes ou, dans au moins un cas, à évoquer le risque d’une récession à court terme.

À la lumière des derniers affrontements verbaux, la firme Morgan Stanley a fait jaser Wall Street lundi après avoir indiqué la veille qu’elle verrait une récession mondiale « d’ici neuf mois » si le président Donald Trump appliquait des tarifs douaniers sur de nouveaux produits chinois.

« Les investisseurs sont généralement d’avis que le conflit commercial pourrait s’étirer, mais ils semblent oublier l’impact potentiel sur l’horizon plus macro », a écrit dans une analyse l’économiste en chef de la banque d’affaires, Chetan Ahya, selon plusieurs médias.

Dans l’éventualité où le président américain passerait à l’action avec des droits de 25 % sur des produits pas présentement touchés, d’une valeur de 300 milliards, « nous pourrions nous retrouver avec une récession dans trois trimestres », a-t-il précisé. Cela dit, le résultat final du conflit est « très incertain ».

L’économie mondiale a connu quatre récessions depuis la Seconde Guerre mondiale : 1975, 1982, 1991 et 2009. La dernière a surpassé les autres par sa gravité des conséquences et son ampleur. Une récession est généralement définie comme une contraction de l’économie sur deux trimestres ou plus.

Une autre banque, Goldman Sachs, a fait passer de 2,5 % à 2 % sa prévision de croissance économique pour les États-Unis.

Les marchés, où les investisseurs s’efforcent constamment de distinguer le bruit des tendances véritables, ont terminé en légère baisse lundi après avoir digéré ces informations. L’indice S & P 500, baromètre boursier de choix aux États-Unis, a cédé 0,3 % à 2744,45. Le Dow Jones a passé la majeure partie de la journée dans le rouge avant d’enregistrer un léger gain de 0,2 % à 24819,78. Le Nasdaq a perdu 2,1 % à 6978,02, en raison des analyses antitrust qui semblent se profiler à Washington. À Toronto, le TSX s’est replié de 0,13 % à 16015,89.

Problème de confiance

Au minimum, a renchéri la Banque Nationale lundi dans une note à ses clients, « le brouillard de la guerre commerciale continue de réduire la visibilité des entreprises américaines pour leurs projets d’expansion commerciale, ce qui risque de ralentir l’économie ».

L’institution financière a fait remarquer que l’indice de confiance des chefs de direction tel qu’il est mesuré par le Conference Board se trouve à un creux de dix ans et que cela freine généralement les décisions d’investir.

« La dernière récession a été causée par l’endettement des consommateurs », ont écrit les économistes de la Banque Nationale. « Cette fois-ci, l’endettement qui menace est celui des entreprises. » Selon eux, l’économie est plus sensible aujourd’hui qu’en 2007 à l’augmentation de l’écart entre les taux d’intérêt que les entreprises doivent payer sur leurs obligations et les taux d’intérêt des obligations gouvernementales.

L’OCDE a récemment signalé que les entreprises qui ont émis des obligations sur le marché font face à des remboursements de capital importants au cours des prochaines années. En tout, des obligations totalisant 4000 milliards $US arrivent à échéance d’ici trois ans, ce qui veut dire que les entreprises devront trouver l’argent nécessaire pour honorer leurs engagements.

En plus, 54 % des obligations d’entreprises se trouvent au niveau BBB, du jamais vu depuis 1980. Sous cette note figurent les obligations de pacotille, c’est-à-dire des titres considérés spéculatifs avec divers degrés de risque. « Dans ces circonstances, une détérioration de la conjoncture économique pourrait dégrader beaucoup plus les conditions de liquidité si une récession devait se produire », a écrit la Banque Nationale.